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Sur la piste d'Ernestine

Ernestine Ajar ?
 
(...)il m'est venu comme une idée farfelue d'écrivain... Figurez-vous que soudain, je vous ai imaginée être un personnage de fiction ! Si authentique, au parler si châtié et exotique à la fois, très légèrement décalé ! Vous m'avez parue un un instant être de ces personnages de satire, inventé par un pamphlétaire malicieux et de talent pour piéger des auteurs que je crois savoir, vous avez entrepris pour votre ouvrage.(...)

Récit de voyage (Internet) Si l'auteur veut donner son nom...

Samedi 12 juin, j'avais l'occasion de passer dans les Coteaux du Layon, (un vin blanc mœlleux, qu'on trouve encore facilement en vrac, ce qui fait moins cher !) avec ma femme comme co-pilote (elle aussi lectrice enthousiaste de Ernestine, mais encore plus sceptique que moi sur la réalité de la personne). Je ne pouvais pas manquer l'occasion d'aller enquêter sur Ernestine, et - pourquoi pas ?- avoir la chance de la rencontrer, en me présentant comme le professeur de français qui avait fait découvrir ses lettres au collège Anne-Frank…

 En même temps, je ne pouvais pas écarter l'idée qu'il pouvait s'agir d'une parfaite supercherie, comme celle qui avait été montée avec Emile Ajar, dont on a su après que c'était Romain Gary, et qui est ainsi le seul écrivain à avoir reçu deux fois le prix Goncourt. (à mon avis, Ernestine le mériterait bien, elle aussi).

Revenons à nos moutons

Du Layon

… (une rime que Ernestine m'enviera peut-être)… Nous n'avions pas eu le temps de préparer l'itinéraire, ni même de relire toutes les indications de lieux des Lettres… et quand j'ai scruté mon atlas routier sur la page du Maine-et-Loire, garé sur le bord de la route du coté de Saint-Lambert-du-Lattay, je n'ai pas trouvé Coutures (je devais être inconsciemment influencé par l'idée que c'était une supercherie, ce que ne cessait de me répéter ma femme). Et dans la table des matières de l'atlas, pas non plus de Coutures dans le 49 (et là, vraiment, Coutures n'y était pas)! Restait l'hypothèse qu'il s'agissait d'un hameau, que nous allions essayer de trouver dans un certain rayon, autour de Baulieu-sur-Layon, où je me rappelais que se trouvait la pharmacie de garde.

 Nous avons beaucoup erré, sans résultat, avant de nous retrouver à Cossé-Brissac, à l'heure du déjeuner.

Sur une petite place, nous avons trouvé un restaurant, très agréable, et comme nous attendions les menus, j'ai aperçu, juste à coté, une sorte de Maison de la Presse, très ancienne, un peu hors d'âge. Je m'y suis précipité, elle était encore ouverte, et au milieu des journaux présentés, un livre trônait, un seul, le tome deux de "Ernestine écrit partout". Avec un sourire de connivence au patron, je lui ai expliqué ma recherche, et lui ai demandé s'il pouvait me confirmer l'existence réelle d'Ernestine. Ce qu'il a fait, allant même jusqu'à me dire qu'elle habitait tout près d'ici, que Coutures, c'était tout droit devant, à quelques kilomètres, que c'était marqué, qu'il n'y avait pas à se tromper… ça, c'était un peu menteur, parce qu'après le déjeuner -et nous être fait expliquer avec précision l'itinéraire par la serveuse du restaurant- nous avons beaucoup erré… au point que l'idée d'être victime d'une supercherie particulièrement habile s'est à nouveau imposée à moi. Il faut dire que dans tous les endroits où nous nous arrêtions pour nous faire expliquer la route de Coutures, on nous répondait que c'était très simple, tout droit, et que c'était marqué… Et ce n'était jamais marqué ! Nous étions sur le point de renoncer quand nous avons vu le panneau Coutures… A quelques centaines de mètres avant d'y arriver.

 Il ne nous restait plus beaucoup de temps (surtout qu'il faisait très chaud, et qu'il ne fallait pas laisser trop longtemps le cubi de Coteaux -du-Layon dans la chaleur du coffre de la voiture), impossible de chercher une maison troglodyte avec une Minicomtesse garée devant. Nous sommes rentrés dans le café, sur la place de l'église : et là, la patronne, et les cinq habitants de la commune qui se trouvaient là, nous ont confirmé que Ernestine existait bien. Certains ont laissé entendre qu'ils la connaissaient, mais qu'ils ne nous diraient pas où elle habitait, même seulement pour prendre une photo de la maison ou de la Minicomtesse. Après une longue conversation surtout riche en sous-entendus, ils nous ont souhaité bonne chance dans nos recherches, d'un air un peu moqueur. Ils nous ont dit que les petits chemins de la campagne étaient très agréables…

Une chose me trouble, quand j'y repense : La patronne n'a pas accepté que je paie les cafés avec des timbres-poste ; je crois même qu'elle a été un peu surprise.


(...)Il y en a même qui croient à une blague, d’après ce qu’on m’a répété.(...)

Le 7 janvier an deux mille

à Elsa de Bagneux


Chère Elsa,

Tu n'es pas la seule à douter de mon existence, je t'envoie la photocopie du journal. Le journaliste fait des mystères, pourtant il m'a vue en chair et en os, même que c'était le jour de la gastro, alors la conversation a été un peu dérangée, je te donne pas tous les détails.
Si ton papou te lit mes lettres à la veillée, tu ne dois pas t'ennuyer avec lui. Il a dû te dire qu'il est venu me voir mais qu'il m'a pas trouvée, comme je suis troglodyte, c'est pas facile. Je te recopie une lettre que j'ai envoyée l'année dernière à cause des cornichons, comme ça si ton papou veut te lire des lettres tu pourras lui en lire une aussi qu'il connaît pas. Voilà je te souhaite une bonne rentrée, tu dois être au collège. Travaille bien, c'est ce que disent toujours les vieux, mais amuse-toi bien aussi et surtout pas trop de sport, ça déforme les muscles et à quoi ça sert d'arriver la première, vaut mieux aider les derniers c'est plus utile.
Il y a d'autres enfants qui m'écrivent, mais c'est pas de Bagneux, c'est de Montreuil, à côté de Paris aussi. Je t'embrasse et j'espère que ma lettre te trouvera de même,
 

Ernestine Chassebœuf


(...)Tu devais croire que je t’avais oublié, ou peut-être même que tu doutais de mon existence comme certains, mais c’est juste que j’ai disparu comme tu pourras le lire dans le volume 3 de mes lettres(...)

Le 15 décembre an deux mille

à M. D., le détective de Godewaersvelde


Cher monsieur Maurice,

C'est une drôle d'histoire que vous me racontez là. Je reprends votre courrier en main pour bien répondre à tout. D'abord sur le sommeil, pas besoin de somnifère, la télé ça suffit, mais moi je lis pas au lit, à cause des chats qui supportent pas, surtout le petit rouquin. Pour les bibliothèques payantes, on tient le bon bout, il y a même un livre qui dit comme moi et qui coûte que dix francs, je l'ai commandé, mais je l'ai pas encore reçu. Pour le colissimo, c'est pas si cher que ça, rassurez-vous et en plus c'est l'éditeur qui paye. Je vous envoie des photocopies de quelques lettres nouvelles que j'ai reçues trop tard, vous verrez, ils sont pas tous très gentils, on voit bien que je les agace un peu. Mon ami Jules reste fidèle à Bernard Clavel, mais pour moi c'est comme Jonquet, je le lirai plus. Il gagne trop d'argent, ça lui monte à la tête. Je lui ai montré votre lettre à Jules, c'est un ancien facteur, il passe ses journées à écrire. Il est natif de pas loin de chez vous, à Marchiennes, en 1912, il m'a dit que le mont des Cats c'était le Mont des chats, ça fait pas trop de bruit, si près de chez vous ? Vous pouvez lui écrire, il adore ça et il répond toujours. Vous avez quand même été malin pour me trouver. J'avais entendu parler de votre visite par le boulanger qui l'a dit à la mère T.  qui l'a dit au facteur, et en venant pour essayer de me vendre un calendrier, il me l'a expliqué, et comme j'avais la photo ça confirme que la voiture était bien du 59. Alors comme ça vous connaissez du monde par ici ? M. et Mme B. les libraires de Gennes,  je les connais pas, mais je vais y passer de votre part pour voir s'ils veulent vendre mon livre. Vous avez dû bien dormir chez Monsieur et Madame A. , il paraît que le matelas est bon, j'y ai déjà envoyé de la famille , ceux qu'ont des rhumatismes ils veulent pas dormir troglodyte chez moi. Ça m'étonne pas qu'ils vous aient rien dit au tabac, je leur ai fait le mot, s'ils m'envoient du monde je leur vends plus d'œufs de mes poules. Depuis ils sont muets comme des carpes, sinon avec le livre maintenant, j'aurai plus le temps de rien. D'aller à la cave littéraire, c'était pas mal trouvé, c'est des amis, ils s'intéressent aux épistomanes c'est comme ça qu'on appelle ceux qui écrivent beaucoup de lettres comme Jules et moi. Une prochaine fois je vous enverrai un petit roman que j'avais fait pour les consoler de leurs malheurs de voisinage, mais faut que je leur demande de faire une photocopie, c'était tiré à un seul exemplaire à cause de la diffamation, mais on pourra peut-être faire une dérogation pour vous, comme vous habitez loin, vous risquerez pas de vendre la mèche.
Je me demande bien qui a pu vous raconter tout ce que vous avez appris, vous êtes pire qu'un journaliste. Si on a un accident, ils se trompent sur l'endroit, sur le nom du mort et même sur la marque de la voiture, mais vous bravo, vous avez trouvé tous les détails, même la boîte de bonbons, j'ai été vérifier discrètement, c'est bien des sèves de pin. C'est dommage que vous ayez pas persévéré un peu, vous y étiez presque. Mes voisins ils sont dans le petit pavillon au-dessus, mais moi, c'est dans la couche du dessous, j'ai une maison souterraine, creusée dans le tuffeau, c'est pour ça que je passe assez inaperçue, sauf mes lettres. Pour le penchant violent qui vous attire vers moi, vaudrait peut-être mieux que vous vous fassiez pas des idées, pour l'instant je reste fidèle à mes deux maris, surtout le dernier. Je vous joins un mot pour votre petite Elsa, qu'elle soit rassurée. D'un autre côté si son grand-père était un travesti, elle pourrait passer à la télé, on en voit, des fois. Voilà, je tâcherai d'aller vous voir dans votre coron, c'est comme ça qu'on appelle vos maisons, je l'ai entendu dans la chanson de Pierre Bachelet, j'irai peut-être le voir à Angers, il paraît qu'il vient chanter pour les vieux. Vous connaissez vraiment beaucoup de monde, Jean Lebrun un vieux complice, Del Castillo que vous avez rencontré, les B. de Gennes que je connais même pas, je me demande si vous me racontez pas des blagues. Et si je vous dis qu'il y a un nommé Marc Dejean de Ouest-France qui veut me mettre dans son journal, vous allez peut-être me dire que vous le connaissez , lui aussi ?

Voilà, je vais vous quitter, c'est pas pour aller au jardin, c'est trempé, on peut pas y mettre un pied, tout ce qui me restait c'est en train de pourrir, je vous remercie de votre visite, pour aller chez vous, on verra ça, peut-être au beau temps si je suis encore de ce monde, vu le temps il y a rien de moins sûr et j'espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


(...)Quentin, il me fait une tête d’enveloppe pour qu’on ne me reconnaisse pas, ça me permet de voyager incognito, mais le reste c’est plutôt ressemblant.(...)

Le 16 décembre an deux mille

Chère Elsa,

Je te fais ce petit mot pour te rassurer. J'existe bien en vrai, je ne suis pas une invention de ton grand-père. Ça arrive que les grands-pères se déguisent en pères-Noël, mais jamais en mère-grand, c'est les loups qui font ça. Pour notre affaire, c'est sûr que c'est pas lui et je te fais un certificat ci-dessous :

Je soussignée, Chassebœuf Ernestine, domiciliée à Coutures, Maine et Loire, retraitée, déclare sur l'honneur être une personne totalement distincte de D., Maurice, habitant Gaudevaersweld au Mont des Cats, dans le département du Nord.

Ernestine Chassebœuf


Avril an deux mille et un

à M. Marc Dejean, journaliste à l'Ouest-France
 

Monsieur,

On m'a passé le Ouest-France, je le lis jamais, à cause des voisins qui lisent le petit courrier et qui me le passent en troisième position. Celui du lundi je l'ai que le mercredi, mais comme c'est pour les convois d'obsèques c'est pas grave, je vais jamais aux enterrements, c'est juste pour savoir si les morts sont plus jeunes que moi. Dans votre journal, les obsèques c'est moins bien, souvent c'est des gens qu'on connaît pas.

Mais si je vous écris c'est pas pour vous parler des morts, c'est pour rétablir une vérité.  Première erreur, mon voisin n'est pas autochtone, il est dans les livres. Deuxième erreur : il a jamais eu de pseudonyme, je lui ai demandé. Troisième erreur : si vous aviez des jambes comme les miennes, vous verriez si je suis une fausse nonagénaire, non mais des fois... Il y a déjà eu une histoire comme ça avec Emile Ajar et Romain Gary. Pourtant quand Romain Gary est mort, Emile Ajar est venu à l'enterrement, je l'ai vu à la télé. Pareil pour Gustave Flaubert, finalement Madame Bovary c'était pas lui, alors colportez pas des ragots, ça fait du tort à la presse et à moi aussi, surtout à cause du livre de la brouette, si les gens disent qu'il est pas de moi, je vais plus oser aller au bourg faire les commissions. Voilà ce que j'avais à vous dire.

Je suis bien contente de tout ce battage autour de mon cousin Brisset. J'ai le livre de sa grammaire chez moi, je voulais le garder en souvenir, mais si ça vaut 50 millions anciens comme vous l'écrivez, je suis vendeuse, ça vous intéresserait pas, des fois ? Je pourrais vous le faire à 49 parce que les gamins l'ont un peu gribouillé quand ils étaient petits et j'espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Le  17 février 2005

à  Églantine Mouchabœuf, des Rosiers sur Loire

 

Chère  Madame,

 J’ai bien l’impression que votre nom c’est de la blague comme Mathurine Dubidet, Francescou Bilhe, Jules Mond et autres qui prennent des noms pour m’écrire. Je ne vous réponds pas trop long parce qui si vous devez montrer une pièce d’identité à la poste mon courrier va se retrouver à Libourne avec les lettres du Père Noël. A propos si ça arrive à Libourne aux courriers perdus, qu’on fasse la commission au Père Noël : je voudrais un appareil pour lire les petits disques et une petite radio à transistors. Comme ça j’aurai pas écrit pour rien, si vous pouvez pas avoir votre lettre à la poste restante.

Vous avez raison pour tout ce que vous dites, votre copain le menuisier est loin d’être un imbécile et j’espère que ma lettre vous trouvera  de même,

 Ernestine Chassebœuf


Recherches généalogiques
Ernestine brasse les cartes
(...)Je dois faire le méat coulpa pour la famille de mon mari, c'est les Chassebœuf, vous les connaissez peut-être de nom vu qu'ils ont eu de la famille à Chanzeaux autrefois, mais maintenant je les vois plus, on peut pas cousiner avec tout le monde. C'est le grand-père de mon mari qu'allait en vacances chez sa tante à Chanzeaux(...)


(...)C’est vrai qu’il y a aussi du bon vin par chez vous, comme votre nom l’indique. On en a bu pour mes quatre-vingt-dix ans, du chablis, ça m’a fait fâcher avec tous les viticulteurs de la famille Chassebœuf. Pour les vins d’honneur ils ne jurent que par l’Anjou, les coteaux de l’Aubance, les coteaux du Layon et le Bonnezeaux, si on boit autre chose c’est comme si on couchait avec l’ennemi.(...)


Le 11 juillet an deux mille et un

à M. Lionel D., philosophe en réseau
 

Cher Monsieur,

C’est encore cet internet qui donne mon adresse partout, mais le principal c’est que ça fasse de la réclame contre le prêt payant, tant pis si ça me vaut des messages pas toujours intéressants, mais je dis pas ça pour vous, vous pensez bien. Alors comme ça vous êtes un Chassebœuf par votre grand-père, moi c’est par mon mari, j’aurais pu dire non à la mairie, mais vous c’est par l’hérédité, vous aviez pas le choix et vous êtes donc plus Chassebœuf que moi, et de beaucoup. Félix Chassebœuf, je l’ai pas connu, du moins je m’en souviens plus. A Contigné on a connu que Jean, celui qui a été député et ministre, on l’a vu une fois à une noce de cousins à Joué-Etiau, mais il était pas resté à cause du train de Paris qui partait de bonne heure. C’était pas un parent de notre côté, mais du côté de Georgette, la mariée, sa mère c’était une Foyer, de par là-bas aussi, c’est sûr.
Vous avez bien raison d’étudier la philosophie comme votre grand-père, si vous pouvez pas être professeur vous pourrez toujours ouvrir un bistrot, comme à Angers le Carpe Diem. C’est là qu’on vend mon livre, vous pouvez y aller, et en plus de lire on peut boire un coup . A ce propos, si vous faites des études de philosophie, demandez à vos professeurs de vous faire aussi des cours de bistroterie et de sandouicherie, comme ça si les élèves vous lassent ou si on supprime la philosophie à l’école pour cause de manque de bénéfices financiers, vous pourrez toujours vous recycler dans la limonade philosophique. Maintenant il faut que tout rapporte, même l’école et les bibliothèques, j’en tressaille sur ma chaise rien que d'y penser. Bon voilà, je vous souhaite des bonnes études, je regrette beaucoup de pas être de la famille de votre grand-père Félix. Mon mari aurait pu dire ce qu’il en était, mais le pauvre nous a quittés depuis bien longtemps et c’est pas mon genre de faire tourner les tables.

A la réflexion, je me rappelle qu’il avait appelé le taureau Félix, le gros Maine-Anjou, est-ce qu’il y a un rapport, on le saura jamais, ce qu’est sûr, c’est que le Chassebœuf qui se faisait appeler Volney, il était de famille avec nous, alors s’il est de famille avec vous à cause de la philosophie, c’est qu’on est cousins aussi et j'espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf, née Troispoux


Le 7 août 2003

à M. et Mme Chassebœuf, à Angers


Monsieur et Madame,

Vous n’avez pas mis votre petit mot dans la bonne boîte à lettres, mais c’est pas grave puisque le message est arrivé quand même. Pour votre question sur les Chassebœuf : c’est pas de ma famille, je ne suis qu’une Troispoux rapportée par mariage en 28. De toutes façons mon mari n’était pas de votre famille non plus puisque son père était de l’assistance, c’était un enfant trouvé devant une église. Les bonnes sœurs de l’orphelinat lui avaient donné le nom de Bienvenu Dondedieu. Après elles l’ont placé chez des paysans qui l’appelaient du surnom de Chassebœuf à cause du travail qu’ils lui faisaient faire, à mener les bêtes depuis l’âge de 7 ans, authentique d’après ce que m’a répété mon mari. Quand il a eu l’âge il s’est engagé dans l’armée pour quitter la ferme où c’était trop dur, et revenu de la légion il a été autorisé à refaire ses papiers au nom de Chassebœuf, puisqu’il était connu comme ça. Mais ça ne peut pas être votre parent puisqu’il a eu que mon mari comme descendance, ou alors des enfants qu’on connaît pas au Tonkin ou à Madagascar mais ceux-là ils les faisaient à la va-vite et ni vu ni connu, 9 mois plus tard ils étaient loin, à faire la pacification ailleurs, d’après ce qu’on dit.

C’était un malheur pour mon mari de ne pas avoir eu de famille, quand il avait un coup dans le nez, il racontait qu’il était descendant de Joseph-Marie Chassebœuf, celui de la carte postale, mais rien à voir comme je vous ai expliqué ci-dessus. Comme ça faisait de mal à personne on le laissait dire, je lui retirai ses bottes et au lit, le lendemain il y pensait plus, jusqu’au soir. Voilà, désolée de vous décevoir, ça fait toujours plaisir d’être parent de quelqu’un qui passe dans le journal, sauf quand c’est dans les avis d’obsèques. Mais vérifiez donc si vous seriez pas plutôt parent de l’écrivain Volney qui était Chassebœuf de naissance et qui a sa rue à Angers, c’est pas dans le quartier où vous habitez, j’ai regardé sur le plan du calendrier, mais en deux siècles la famille a pu bouger un peu, y’aurait rien d’étonnant à ça.

C’est bien dommage pour vous qu’on ne soit pas parents et j’espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf, née Troispoux



Le 18 août 2003

à Madame B. , à Montpellier


Madame,

Je viens de recevoir votre lettre me réclamant des dommages et intérêts pour la photo dans Télérama. Je pense que vous faites erreur sur la confusion possible d’une physionomie qui serait ressemblante, mais c’est impossible sauf si votre nom de jeune fille c’est Jeanne-Marie Bodineau. Moi je suis au milieu, les deux autres c’est ma cousine et mon cousin, les enfants du tonton Bodineau, le fabricant de brides à sabots. Jeanne-Marie a fait une fugue avec un marin en permission en 24 ou 25 et on l’a jamais revue.
Votre histoire du baiser de l’hôtel de Ville, c’est pareil, je l’ai en photo sur le calendrier du facteur de 97, c’est pas du tout une tête de Bodineau, je peux vous l’affirmer. J’ai bien l’impression que vous êtes une profiteuse. Enfin, je peux me tromper.
 

Si tu es bien ma cousine je t’envoie un petit livre que j’ai écrit sur le patois d’ici. Si vous n’êtes pas ma cousine j’aurai perdu un euro et demi et un timbre, mais c’est pas bien grave, je me les ferai rembourser par Ginkgo l’éditeur. On m’avait bien dit que si j’avais du succès ça m’amènerait que des ennuis, si j’avais su j’aurais pris un pseudonyme et ni vu ni connu, mais ça m’embêtait pour toucher les chèques, au cas où.

Voilà, je suis satisfaite de ma réponse et j’espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Réponse dans Ernestine écrit partout Vol.3, page 80

Enquêtes
Alors, les fanes, ça s'arrose ou pas ?

Le 16 septembre an deux mille trois

à Mimi L.
 

Madame,

Vous avez bien tort de vous mettre dans des états pareils pour une histoire d’ordinateur. Évidemment vous avez raison et votre Erwann est un petit malin. Là où il se trompe, c’est quand il dit que c’est écrit par la police qui imite mon écriture. C’est pas du tout ça, j’ai rien à faire avec la police mais faut bien profiter du progrès. Quand j’ai eu trop d’arthrose aux doigts j’ai arrêté d’écrire mais ça m’a rendue agressive avec tout le monde, j’étais pas à prendre avec des pincettes, c’est là que mon voisin a mis mon écriture dans son ordinateur. Il préfère que j’engueule les autres par courrier plutôt que de l’engueuler lui en direct. Je lui donne les brouillons et il me tape ça quand il a un moment, il corrige même les fautes quand il en reste, ça fait plus propre. Tout le monde y trouve son compte et je vois pas où est le mal. C’est pas plus une supercherie à la machine qu’à la main. Vous trouvez que la guerre est plus vraie quand on étrangle que quand on fusille ? Vous écrasez les patates avec les mains en Bretagne ? Moi je prends le moulin à légumes et la purée est bonne quand même. Donc l’instrument n’est pas responsable.
Vous avez des mots très durs à mon encontre : charogne, diable, minuscule, pollution , et tous les mots de la fin pas trop gentils non plus. Vous m’avez épargné les injures en breton, c’est gentil de votre part. Enfin c’est pas très grave que notre correspondance s’arrête là, j’avais pas beaucoup de temps pour répondre à vos lettres un peu trop longues à mon goût. En plus vous m’accusez d’être un homme, chose difficile à supporter pour une femme, deux fois épouse et veuve, mère, grand et arrière-grand-mère. Je peux vous dire que je soupçonne la même chose de votre part ou alors c’est que vous savez pas accorder les participes passés, ce qui est plus grave. Faudrait souvent des féminins et vous les mettez presque jamais. Alors inutile d’accuser les autres et de les dénoncer à Télérama, surtout qu’Alain Raymond il écrit dans Politis mais je l’achète jamais. De plus, même si j’étais un homme ça m’empêcherait pas d’aller à l’Académie Française puisqu’ils ont élu la Yourcenar qui avait aussi de la moustache. L’Académie française ça m’intéresse pas du tout, j’aime pas les honneurs, mais j’aime pas non plus qu’on m’insulte, non mais des fois.
Voilà, chère Madame, puisqu’il faut vous appeler comme ça paraît-il, calmez-vous, y’a pas de quoi en faire un fromage, personne n’est au courant, que mon voisin et son ami Jacques T. mais il paraît qu’avec son divorce il a bien d’autres choses à penser et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Le 24 septembre an deux mille trois

à Monsieur Loïc, gendre de Mimi L.
 

Monsieur,

Vous avez bien fait de rentrer de déplacement pour mettre de l’ordre dans la correspondance de votre belle-mère, j’ai l’impression qu’elle vous prépare un alzimer, excusez-moi, c’est pas dans mon Larousse. Je sais que je l’ai vu écrit quelque part mais je sais plus où, peut-être dans un vieux Télérama, je vais aller vérifier. Si elle a comme moi une arthrose des mains je la plains beaucoup, vous lui direz de ma part, parce que l’aspirine ça soulage mais gare aux trous dans l’estomac. Moi l’informatique c’est pas mon truc, pourtant il paraît qu’on y parle de moi mais quand on me montre j’y comprends rien, sauf quand c’est recopié sur du vrai papier. Je suis ravie de savoir que je suis devenue un remède pour votre belle-mère, et je comprends que si elle est un peu psychiatrique ça vous soulage de la voir se défouler sur quelqu’un d’autre, ça doit être plus calme chez vous. Pas de problème pour lui écrire de temps en temps tant que mes forces me le permettront et que le voisin voudra bien me mettre mes brouillons au propre, je le remercie d’avance.
Pour mon écriture informatique, expliquez-lui bien que c’est juste une prothèse et que si un vieux pirate breton venait boire un coup avec elle, elle le foutrait pas à la porte sous prétexte qu’il a une jambe de bois. Donc c’est pareil : à nos âges on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a comme disait mon mari numéro deux qui valait pas grand chose au boulot, et au lit non plus, excusez-moi du détail. Libre à vous de penser que je suis un pseudonyme, et même un antonyme ou un cacochyme, tout le monde a des opinions et l’essentiel est de les respecter tout en luttant contre si nécessaire. Ce Jacques T.  n’est pas mon ami, c’est une relation de mon voisin qui ne le connaît même pas de visu puisque c’est sur un ordinateur qu’il l’a rencontré, mais il a dit qu’il voulait le rencontrer et me dire bonjour par la même occasion. Si vous voulez des excuses de sa part faudra aller sur l’internet les chercher, je vais pas faire l’intermédiaire. Alors comme ça vous avez acheté une trentaine de mes livres. J’en reviens pas et je vous en remercie. L’éditeur m’a dit qu’il en avait vendu plusieurs mille surtout dans l’Ouest. Pour le tome 2, merci de vos conseils mais c’est des vraies lettres que j’ai envoyées, le tome deux ça sera la suite, des lettres de 80 et 81 je vais pas les récrire exprès pour faire plaisir à Pierre ou Paul, faudra les prendre comme elles sont. Les lettres à Raffarin et Ferry qui vous plaisent pas trop, c’était pour faire plaisir aux gens du Matricule des Anges qui me demandent des lettres de temps en temps pour mettre sur leur internet. C’est un peu de la commande, c’est pas ce que je réussis le mieux. C’est comme les lettres que j’ai écrites pour Monsieur Lebrun à la radio, ça me faisait même pas rire moi-même. et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf
 

P.S. Vous pouvez montrer la lettre à Mimi, sauf sur sa maladie, vous aurez qu’à barbouiller dessus avec un gros crayon noir. J’ai vérifié c’est alzeihmer qu’il faut écrire.


(...)Je reste bien cachée pour l’instant parce qu’on a monté un coup avec l’éditeur pour faire croire que je suis disparue, surtout le dis à personne. Faut au moins que je reste cachée jusqu’à la mi-janvier parce que j’ai pas envie de voir la journaliste de la Vie catholique qui s’est annoncée.(...)

Le 3 décembre 2003

à Mesdemoiselles Emilie et Olivia
 

Chères Emilie et Olivia,

J’ai su que vous étiez passées voir mon voisin comme prévu, il m’a fait une lettre pour me raconter votre visite et il en a profité pour me faire suivre mon courrier. Et figurez-vous qu’il y avait une lettre de retour de Beaulieu-sur-Layon, je vous envoie l’enveloppe et la photocopie de la lettre. Le cachet de la poste fait foi qu’elle est partie de Brissac, et comme l’adresse était mauvaise c’est à moi qu’elle est revenue. Je vous jure que c’est pas moi qui l’ai écrite. D’abord j’écris pas à la machine et en plus c’est pas tout à fait mon style. Comme vous êtes, paraît-il, enquêteuses sur les supercheries littéraires, je pense que c’en est une belle puisque quelqu’un se fait passer pour moi. Pourriez-vous retrouver qui a écrit cette lettre ? Je vous envoie l’enveloppe pour les empreintes digitales. Si elle a été léchée vous aurez aussi de l’A-D-N, avec ça on peut retrouver n’importe qui, je l’ai vu à la télévision. Comme il y a sûrement un laboratoire à votre école, je compte sur vous.

Dès que vous aurez l’adresse de la personne envoyez-la moi, ou apportez-la, je vous ferai une tarte à la rhubarbe avec un verre de limonade bien fraîche et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

 Ernestine Chassebœuf


Usurpation d'identité... contrefaçon... comment se faire passer pour Ernestine...

On peut écrire à la manière de mais non au nom de...

 A la manière de, c'est le l'exercice de style (souvent pratiqué dans les établissements scolaires)

Au nom de c'est le l'usurpation d'identité, une pratique illégale.

Ernestine Chasseboeuf n'est responsable que de ce qui sort de sa plume.


Avrillé le 7.12. 2003

Chère Ernestine,

Je lis avec plaisir vos livres, qui me rappellent ma maman et son bon sens (elle aurait pu écrire les mêmes choses) et comme vous aimez écrire, j'ai noté que vous aimiez beaucoup recevoir des lettres (ou des réponses) donc je vous écris. J'ai été très amusée de vos lettres (La brouette) jusqu'au jour où vous avez posé un lapin à un " inter-wieuveur " qui vous a attendu sans jamais vous voir ( ? ) et là effectivement, la question s'est posée :

Ernestine existe-elle ou est-ce un super montage médiatique à tiroirs (à épisodes) ?

J'avoue que dans le cas de la supercherie, je serais déçue mais je crois surtout que si supercherie il y a de votre part (dans la durée en plus) pour effet de PUB, les fameux médias vous le feront payer très très cher. Après un vent de fraîcheur, on découvre violemment la déception, voire l'amertume et c'est bien dommage (voir l'exemple du film Être et avoir et les démêlés de gros sous- Beurk !)

Pour ma part, vous concernant, le doute est dans ma tête et la fête est déjà gâtée, comme le ver dans le fruit. Quelle drôle d'époque décidément .

Bon Noël à vous et que ma lettre vous trouve de même.

                                                                                                                                          Monique  M.

Vous pouvez me répondre !!!


Le 13 janvier 2004

à Madame Monique M. ,  à Avrillé, Maine-et-Loire

 

Chère Madame,

Je vous remercie de votre lettre. Ça me fait toujours plaisir quand le facteur s’arrête, même s’il a plus trop le temps de descendre de sa voiture avec la nouvelle poste qu’on nous prépare, mais vous verrez, j’en m’en plains dans le volume 2 qui paraîtra en mai.  Rassurez-vous, ça sera le dernier. Faut m’excuser d’avoir tant tardé à répondre, j’avais le jardin à nettoyer et après j’étais dans le tri de mes brouillons pour l’éditeur. Ça me fait drôle de lire tous vos soupçons de machination à tiroirs que les médias me feraient payer très cher, je me demande bien ce qu’on pourrait faire à une vieille de 94 ans, avec les jambes que j’ai je suis déjà bien punie, et ils vont pas rouvrir les camps de concentration pour moi, quand même. La peine de mort ça ferait que de m’avancer un peu, ça serait pas un drame. Prenez donc votre plaisir sans vous faire tant d’histoires dans votre tête. Le Père Noël n’existe pas et pourtant il apporte quand même des cadeaux aux gosses, faites comme eux, prenez plaisir sans vous torturer, tout ce qui est pris n’est plus à prendre.

Je vous souhaite malgré cette drôle d’époque une bonne année de joie et de sourire et j’espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf  


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Disparition
Ernestine chasseuse et gibier

Le 3 juin 2003

Chère Ernestine,

merci pour ton livre. Je vois que tu te souviens de moi, c'est vrai que l'on rigolait bien lorsqu'on était au cathé. Moi j'ai la foi, je vais souvent dans les églises mettre des cierges et faire quelques prières. J'en ferai une pour toi, ça ne mange pas de pain comme disent les jeunes.

Tout comme toi, je me mets en colère, la télé, la publicité... on se fait avoir tout le temps. J'écris aussi, mais moins que toi, à tous ces marchands... ainsi Nivéa m'a envoyé une crème antirides gratuite, j'ai gardé le pot en souvenir et j'ai fait une bougie avec... rien n'est perdu. Moi aussi je garde les pots de verre, j'en fais des lumignons pour la table quand j'ai du monde, je les décore avec de la peinture exprès pour verre... ça m'occupe... depuis que mon mari est mort ( il s'est étouffé avec un os de poulet l'an passé ) je m'ennuie un peu, alors je passe le temps comme je peux. Pour tes rhumatismes, essaie donc la griffe du diable ou Harpagophytum, c'est une plante, ça soulage un peu... parce que les anti-inflammatoires, ça nous détraque l'intérieur, c'est comme ça que l'on attrape des vilaines choses.
Toi qui connais du monde, dis donc un mot à celui des chemins de fer ! En effet, les grosses personnes ne peuvent pas aller pisser dans leurs wouatères c'est trop petit, on dirait que tout est fait pour les maigres. C'est pas normal. Pour ton livre Les deux orphelines,  je crois que je dois l'avoir, mais c'est dans les affaires de mon défunt et me mettre le nez là-dedans, ça me tournicote la tête et après je ne peux plus dormir... mais je te l'enverrai un jour.

Chère Ernestine, je te quitte, je te fais de grosses bises et continue d'écrire en Haut lieu, ça leur fait bouger leur graisse à tous ces planqués. A bientôt.

 

Clémence Chombière

PS : moi non plus je n'ai pas le téléphone, en plus je n'entends plus...


Le  19 juin an deux mille et trois

à Clémence Chombière

  

Ma chère Clémence,

 J’ai eu du mal avec ton nouveau nom, et en plus t’avais pas mis ton adresse. Heureusement je me suis renseignée  auprès de la fille  Murzeau, celle du marchand de cochons, pas celle du garde-barrière, évidemment. Elle reçoit des cartes de bonne année de partout, c’est une vraie pipelette, c’est elle qui m’a donné ton adresse. Je pouvais pas savoir que maintenant t’étais Chombière, t’aurais pu m’envoyer un faire part. 

Ça m’étonne beaucoup que t’aies la foi, ça doit être du bidon. Parce que l’histoire dans mes lettres que j’ai arrêté de croire en Dieu à cause de gâteaux pas frais à la kermesse, c’est bien à toi que c’est arrivé, non ? Moi j’ai pas osé écrire comment j’ai perdu la foi, parce que le curé qui m’y  mettait le doigt est peut-être encore vivant et je voudrais pas nuire à ses enfants s’il en a eu. Je suis bien contente de savoir que tu écris encore des lettres, ça doit t’occuper puisque ton mari est mort. Moi je leur écrase au marteau, les os, sinon ils bouffent ça tout droit et on sait jamais, avec les chiens. Pour les rhumatismes en ce moment ça va, pour l’instant c’est mes pieds qui gonglent encore qui me tracassent, j’ai écrit au pharmacien de Brissac il y a 2 ans, toujours pas de réponse, ça sera dans le prochain livre. Je t’envoie la preuve.

Pour les deux orphelines, t’inquiète pas, depuis le premier livre tout le monde m’en offre, j’en ai 22, ce qui fait donc 44, je sais plus où les mettre. Bien contente d’avoir eu de tes nouvelles, ça fait plaisir et j’espère que ma lettre te trouvera de même,

Ernestine Chasseboeuf


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Le 29 août an deux mille et trois

à Mlle P.  Julie à Montpellier en Hérault


Mademoiselle,

Votre père qui est un peu troglodyte comme moi m’a dit que vous habitiez à Montpellier. Seriez-vous donc assez aimable pour aller frapper chez vos voisins pour trouver cette dame B. qui a mis une fausse adresse et ça m’est revenu. Je pense que vous allez être plus maligne que le facteur, maintenant y’en a que pour l’internet, tout le courrier passe par le téléphone et les facteurs se foutent bien des gens comme nous. Si vous la trouvez pas, renvoyez pas la lettre, vous pouvez garder le petit livre que je lui avais mis dedans. Moi c’est pareil y’a des Chassebœuf qui me poursuivent, ils m’ont laissé un mot dans la boîte des voisins et maintenant ils lui téléphonent à tout bout de champ. Je leur ai pourtant répondu qu’on était pas de parents, mais c’est sûr ils veulent m’avoir dans leur caveau de famille, une écrivaine ça les flatterait, y’a pourtant pas de quoi, surtout que je vais me faire incinérer au feu de bois pour laisser la place nette.

Voilà je vous remercie de faire ma commission, je vous souhaite tout ce que vous voulez et j’espère que cette lettre me trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


   

(...)C’est bien gentil tout ce que tu me dis, que je suis ta lumière et tout ça, mais c’est un peu pour ça que j’ai disparu, on commençait à me prendre pour le Messie et à penser que je pourrais faire des lettres pour résoudre toutes les misères du monde et même plus loin encore. J’ai écrit tout ça pour secouer un peu les choses et aussi pour rigoler un peu, mais maintenant c’est à vous tous de prendre le relais, je suis trop vieille, et en plus disparue, c’est un obstacle majeur.(...)

   
   

 

 

 

2012

Le magazine Causette part sur la piste d'Ernestine  dans son n° de décembre (en kiosque le dernier mercredi du mois)

(5 pages pleines !)


Madame Ernestine,

Ah ben ça je veux vous faire savoir que je viens d'apprendre une nouvelle qui m'a laissée toute pantoise et même m'a renversée cul par-dessus tête comme on dit chez nous dans mon bocage bas-normand. Alors voilà : Madame Ernestine, vous n'êtes qu'un personnage papier, inventé par un plumitif sans scrupules qui s'est fait plein de sous dans votre dos sur votre tête. C'est-y pas honteux ! Et moi qui croyais dur comme granite que vous étiez une vraie personne en chair et en os, une bonne vieille paysanne angevine. Quelle déception ! En lisant vos lettres coups de gueule, je me sentais défendue et réconfortée car vous incarniez la France éternelle, la vieille et digne France de nos aïeux que représentent tous ses octogénaires et au-dessus.
Comment que j'ai appris cette triste nouvelle ? Mais par Causette une revue féministe que j'achète pas oh non, mais que ma petite fille Gentiane m'a donnée en me disant : Tiens, grand-mère, on parle d'Ernestine Chassebœuf !
Bien que vous êtes aujourd'hui douillettement ensevelie, je vous adresse cette lettre par l'entremise de votre éditeur, à qui je demande de la glisser sous votre pierre tombale. Car chez nous on croit dur comme granite qu'il y a des messagers de la mort. Ce sont des diablotins ou des angelots. Pour vous Madame Ernestine ce sera un angelot. Voilà, je termine en vous disant que je regrette beaucoup votre existence fantôme et que je balance si je vais continuer à garder « vos », je mets des guillemets, lettres sous mon matelas.
Dans l'attente d'une réponse très improbable, je vous envoie mes respectueuses salutations, j'espère vous trouver de même et je vous souhaite un agréable séjour au pays des spectres.
 

Marguerite Trognou, née Choublanc,
institutrice retraitée à Saint-Germain-de-Tallevende (Calvados)


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