Sortie  Spectacle  Les fanes  Plan
 
Du côté des spectateurs

Saumur le 5 février 2005
 

Chère Madame,

Nous ne nous connaissons pas, mais je vous adresse ce mot afin que vous puissiez m'expliquer ce qui suit. En effet, après avoir lu avec attention vos livres, j'ai appris qu'au théâtre de Saumur, une représentation avait lieu vendredi 4 février 2005. De ce fait, j'ai invité mon fils Rémy à m'accompagner ce jour-là. D'autant plus qu'Isabelle, mon amie, s'y rendait avec son fils. ça nous permettait de nous voir et de papoter, comme il se doit entre amies, avant d'entrer et à la sortie du spectacle.
J'y ai rencontré Monique et Yves, ceux-ci avaient des soucis pour trouver leur place; à ce propos, vous qui adressez du courrier facilement, dans votre courrier à monsieur Marchand, maire de Saumur, vous pourriez rajouter un sujet à aborder ; au théâtre, il n'y a même pas d'ascenseur ! Lorsqu'on a des problèmes de genoux, ce n'est pas facile de monter tous ces escaliers pour se retrouver assis avec peu de place ! Pauvres jambes ! Enfin, faites ce que vous pouvez.
Vous savez, au théâtre, c'est l'occasion de rencontrer en plus beaucoup de gens que l'on connaît mais qu'on ne prend pas le temps d'aller voir. C'est une bonne occasion de délier nos langues avant d'être silencieux pour écouter les acteurs. Ceux-ci ont d'ailleurs joué merveilleusement bien, je tiens à vous le dire. Ils ont été très respectueux des textes. Pour moi, c'était un régal de voir cette mise en scène inattendue et originale : ce n'est pas facile de jouer sur un texte qu'on imagine être lu seulement.
Pourtant à la sortie, je pensais vous voir et je ne vous ai pas vue. Alors je rouspète, il n'y a pas que vous qui pouvez le faire. Depuis quelque temps, je me permets de rouspéter comme vous et je m'aperçois que ça fait beaucoup de bien.
Je vous souhaite tout de même une bonne année et surtout une bonne santé pour maintenir encore et encore une longue correspondance. C'est la première lettre que je vous adresse, ce n'est peut-être pas la dernière !

Elisabeth E.


Le 17 février 2005

à Elisabeth E.
 

Chère  Madame,

Merci beaucoup de votre lettre. Jules Mougin m’avait déjà dit que le spectacle à Saumur était bien et je l’ai aussi lu sur le Petit Courrier, il y avait un grand article avec des photos. Je n’y étais pas. Je n’y vais que de temps en temps et surtout s’ils jouent l’après midi. Si je m’endormais dans mon fauteuil j’aurais trop peur de vexer les acteurs qui sont si gentils avec moi, ils m’ont même rapporté de la fleur de sel quand ils sont allés jouer à Guérande.
Encore merci de votre lettre, continuez à rouspéter, il y a de quoi. J’ai envoyé une lettre à Monsieur Marchand pour les sièges du théâtre qui ne sont pas confortables, vous n’êtes pas la seule à me l’avoir dit. Mais c’était surtout pour râler parce qu’il paye des coups au Crillon à des vedettes de la télé, je l’ai lu aussi sur le Courrier. Je pense que c’est de l’argent gaspillé.
Je vous embrasse ainsi que Rémy, Isabelle, Monique et  Yves, et j’espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf



Le  17 février 2005

à  Madame Odile B.

 

Chère  Madame,

Eh bien dites donc le monde est petit, on aurait pu se croiser  chez Martine, mais je ne vous aurais pas reconnue. C’est sûr qu’à la foire aux artichauts on n’en trouve plus beaucoup depuis les grandes  gelées de 85 à 87, ça leur a foutu un coup.  Maintenant qu’on parle de réchauffement de la planète les agriculteurs ont recommencé à en planter, ils pourraient aussi mettre des bananiers puisqu’ils sont aussi optimistes. On m’a dit que le spectacle à Saumur était bien, sauf les sièges qui n’étaient pas trop confortables. Jules avait les jambes toutes ankylosées. Pour  Marson, on n’y est pas resté longtemps, c’était mes parents qui y ont eu une ferme, mais pas longtemps, le patron était mal aimable, ils sont pas restés, alors forcément j’y connais plus personne.

Voilà, la bise à tous mes admirateurs, il y aura peut-être un dernier volume en septembre parce que quelqu’un trie mes brouillons et j’espère que ma lettre vous trouvera  de même,

Ernestine Chassebœuf


Le Thoureil, le 8 février 2005

Chère Ernestine,

Quelle joie d'avoir assisté à la représentation, par la compagnie Mêtis, de vos courriers de rouspétance  ! Dommage, j'étais mal assise, les genoux près du menton, à mon âge, j'ai 61 ans, c'est dur, je suis sortie à " quatre pattes" de la loge ! La prochaine fois, vous m'indiquerez comment faire pour avoir une place assise (digne de ce nom). Merci à l'avance. En sortant, j'ai eu grand plaisir de retrouver Jules Mougin, mon ami de toujours. J'étais très heureuse de pouvoir l'embrasser ! Ah ! Aussi, sur le ticket d'entrée, il était indiqué 20h30, j'ai couru pour être à l'heure, mais les lumières se sont éteintes à 21 h.

Je vous embrasse ma chère Ernestine (vous pourriez être ma mère). Et bravo ! Continuez !

Francine


Le  17 février 2005

à  Madame G.  Francine, au Thoureil

 

Chère Madame,

Je pourrais aussi dire chère amie puisque vous êtes une amie de Jules et que les amis des amis de nos amis sont nos amis mais des fois faut s’en méfier. Je lui montrerai votre lettre quand je le verrai. Pour l’instant j’y vais pas, son fils est là et je veux pas déranger. Comme je ne roule plus en minicomtesse pour cause d’âge, il faut que je trouve quelqu’un pour m’emmener. Jules c’est pareil il a vendu sa mercédès et il a bien fait. A nos âges faut savoir caler sur bien des choses. Il dit qu’il a couché avec moi mais c’était exceptionnel et on n’avait plus l’âge de faire des folies, c’était que du sommeil réparateur, rien de plus,

Merci de votre courrier, je vous embrasse et j’espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf

P.S. : J’ai écrit à Saumur pour les sièges.


Le 11 février 2005, bien tard

Chère Ernestine,

Excusez-moi de vous déranger si tard mais je rentre tout juste de voir votre spectacle dans la salle de Montreuil-Bellay. Vous m'aviez dit dans votre premier courrier que quelques places pouvaient être disponibles et j'en ai obtenu une. J'avais peur d'être déçue, de voir une caricature de vos lettres mises en scène. J'avoue avoir été quelque peu choquée, au départ, de voir un homme prendre la parole à votre place et puis, la magie du spectacle, des acteurs, des jeux de scène, des trouvailles dans la mise en scène m'ont entraînée une fois de plus dans votre univers unique et magique. Bien qu'étant " Ernestinophile " de base, je connais vos lettres et les avais mémorisées. J'ai ri de bon cœur et avec le cœur. J'ai trouvé que les spectateurs étaient moins rieurs que je ne le pensais, mais, avec une salle pleine d'angevins c'est dur de les faire frémir ou se bouger. Pourquoi sont-ils si peu " extériorisant" , si vous permettez que j'ose ce barbarisme. Le snobisme les fait beaucoup avancer mais, voir vraiment un angevin rire à " ventre déboutonné ", c'est rare.

En tous cas, je n'ai pas boudé mon plaisir et mes yeux se promenaient d'un côté et de l'autre de la scène. La fluidité du jeu de chacun m'a beaucoup émerveillée, mais je ne vais pas souvent au spectacle alors je dois peut-être être mauvais juge donc bon public. Les décors m'ont semblés curieux au départ et j'ai eu peur de tomber dans une adaptation nouveau théâtre  avec des bizarreries dignes du plus mauvais festival d' Avignon " off " comme on dit. Mais cette troupe est bien rôdée, joue avec un plaisir évident en mariant les styles sans heurter une béotienne comme moi. Oser vous adapter sur un rythme de " rap", fallait le faire et c'est réussi, ça passe. Étant vous-même un peu " ubuesque" ( c'est un compliment ) la mise en scène ne gâche pas votre spectacle. Si vous revoyez la troupe, remerciez-les pour moi du bon moment qu'ils m'ont procuré. Je suis vraiment contente d'avoir fait le déplacement malgré tous les soucis que j'ai en ce moment. Enfin, c'est moins pire que les pieds gonglés mais ça me fait du tracas.

Par contre, rassurez-moi. Un bruit court que vous allez mourir bientôt en laissant à votre notaire des lettres posthumes. J'espère bien que c'est un ragot de journaliste car ça me ferait bien peine de ne plus vous savoir parmi nous. Vous éclairez la vie de plein de personnes qui, en vous découvrant, retrouvent une tante, une voisine, une vieille cousine qui vous ressemble et qui leur fait revenir des anecdotes en tête. Anecdotes le plus souvent drôles, pleines de saveur et de naïveté dont vous savez si bien jouer. Vous êtes la mémoire vivante qui réveille les mémoires mortes ou enfouies au fond de chacun et après vous avoir lu, chacun se découvre une Ernestine qui vous ressemble et raconte les mésaventures de " son " Ernestine.

Votre livre devrait être prescrit par les médecins, guérir par le rire et les souvenirs. Ce soir chaque spectateur, grâce à toute la troupe, est reparti avec une graine d'Ernestine qui  éveillera " leur " Ernestine dans les jours à venir. Donc vous n'avez pas le droit de disparaître car nous perdrions, tous ceux qui vous connaissent, un morceau de mémoire. Vous êtes le neurone qui réveille les neurones de nos souvenirs. Pourquoi ne pas essayer de vivre aussi longtemps que Jeanne Calment ? ça doit être possible, vous avez déjà le viager, à vous de faire le reste.

Vous remerciant de m'avoir lue si longuement, je vous salue respectueusement (et encore merci aux acteurs et à ceux qui travaillent avec eux).

Thérèse E.


Le  14 avril  2005

à  Thérèse E.

 

Chère  Thérèse,

J’ai reçu votre lettre il y a un moment et je l’ai laissée de côté avec pas mal d’autres, j’avais pas trop le moral et j’aime pas trop faire partager mes soucis, ça les diminue pas et ça embête les autres en plus. C’est la lettre où vous me disiez que vous êtes allée à Montreuil-Bellay voir le spectacle. Vous avez tort de dire que les Angevins ne savent pas rire, quand je me suis pris le pied dans la bordure de trottoir l’autre jour ils étaient quatre à se marrer devant le bistrot, mais un seul à m’aider à me remettre sur pattes. Ce qui fait que les Angevins sont quatre fois plus rieurs que serviables, si ma statistique est valable. Rassurez-vous, pas de col du fémur encore cette fois-ci, il y a assez avec la vieillite, comme dit Jules.

Je vais faire faire des photocopies de votre lettre pour la troupe, ça va leur faire plaisir et les encourager. Ça fait du bien de lire toutes vos gentillesses, j’en rougis même un peu dans mon coin mais ce qui est bien avec les taches de vieillesse et les rides  c’est qu’on peut rougir incognito et j’espère que cette lettre vous trouvera de même, encore merci,

Ernestine Chassebœuf


Avoriaz, décembre 2005

Chers  Serge et Ghislaine,

Excusez-moi de vous déranger en plein spectacle, mais on m’a dit que vous vendiez des chaînes de voitures et une galerie. C’est pour un ami qui a aussi une minicomtesse, mais le modèle export. Savez vous si les chaînes et la galerie pour les skis pourraient aller dessus et si oui, est-ce que cent euros pour le tout ça irait ? On pourrait passer les prendre à Brain-sur-l’Authion, et on en profiterait pour faire une partie de pétanque.

Ici il fait beau entre midi et une heure et j’espère que cette lettre vous trouvera de même, je vous embrasse

Ernestine Chassebœuf



Sortie  Spectacle  Les fanes  Plan