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Pollution
 

Le 26 novembre an deux mille

à Madame Varda, Cinématographiste


Chère madame,

Mes voisins m'ont emmenée au cinéma à Angers à cause de votre film des glaneuses. C'est surtout parce que j'ai toujours récupéré toutes sortes de choses dans ma brouette que mes voisins m'ont emmenée voir ça. J' arrive à l'instant du cinéma et je me mets à vous écrire tout de suite à cause de l'émotion que ça m'a fait, si j'attends trop, je me rappellerai plus que des bribes. Vous savez bien filmer les gens, c'est pas comme à la télé, il y a des belges qui font striptise, ils montrent aussi des malheureux mais souvent c'est pour se foutre d'eux, excusez l'expression. Donc bravo pour votre film et faites-nous en encore des comme ça, il y a plein de sujets à filmer comme les vaches qu'on génocide même si c'est pas de leur faute, ou les écrivains qui se prennent pour je sais pas quoi, comme vous verrez dans le livre que je vous envoie, j'espère que ça vous fera plaisir. Si je peux vous demander une faveur, c'est à cause des petits enfants qui ont vécu pendant longtemps en vendant ce qu'ils trouvaient dans les bourriers, toutes sortes de choses comme dans votre film. Ils ont même des fois trouvé des vieilles lettres, mais c'est pas à vous que je vais expliquer tout ce que les gens peuvent jeter, alors ce que je voudrais c'est leur offrir votre film en cassette pour Noël, mais je pense qu'on en trouve pas encore dans le commerce vu qu'il est tout frais, alors si vous pouvez faire quelque chose pour moi, ça serait avec plaisir et j'espère que ma lettre vous trouvera de même
 

Ernestine Chassebœuf

 

PS: Je vous recopie quelques lettres que j'ai écrites quand ils ont voulu installer un dépôt de mâchefer en Gironde, et même un poème de bourrier, mais maintenant grâce aux pétitions c'est gagné, ils seront obligés d'aller porter leurs saloperies plus loin, c'est dommage pour ceux qu'habitent plus loin.


Le 23 mai an deux mille et trois

à M. Tusseau


Cher Monsieur,

Puisque vous faites la grève vous aurez sûrement le temps de lire ce petit livre. J’espère que ça vous fera passer un bon moment. C’est des vieilles lettres, avant que je fasse la Don Quichotte pour les bibliothèques payantes. Maintenant c’est pire, ils veulent tout vendre : l’école, la culture, la poste, les trains, tout. A mon âge c’est plus trop grave, mais pour les arrière-petits-enfants, c’est pas encourageant. J’aurai bien aimé leur laisser un monde plus propre que je l’ai trouvé en arrivant mais je crois que ça va pas être possible, trop de boulot. Faut espérer que les jeunes vont prendre le relais. Peut-être quand ils arrêteront de fumer des plantes médicinales, à mon avis ça les endort.
Je vous souhaite une bonne lecture, et j’espère comme il se doit que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Le 12 novembre 2000

à Monsieur Augustin P. , Amiens
 

Cher Monsieur

J’ai bien reçu vos journaux Fakir et ça m’a bien plu même si je ne connais pas trop les gens qui sont dedans. Vous avez dit que c’est poujadiste, je suis pas d’accord, les poujadistes ils étaient encadrés par des Le Pen et compagnie. C’est dommage que José Bové était trop jeune à l’époque parce que tous les petits commerçants étaient sûrement pas d’extrême-droite, mais c’est vrai qu’on était en train de les liquider, c’est pour ça qu’ils gueulaient comme des putois, comme les paysans ou ceux du spectacle aujourd’hui. Maintenant c’est terminé, on en a quasiment plus, des petits commerçants, et faut aller faire ses courses chez Carrefour je positive et bouffer leurs saloperies.
.Des journaux comme Fakir, il y en a plusieurs qui ont parlé de moi : La lettre à Lulu de Nantes, La feuille de Villeneuve sur Lot et C.Q.F.D. de Marseille qui a publié une lettre et qui en veut d’autres. On verra ça, y’a rien de sûr. Je vous envoie une lettre que j’avais écrite à M. de Robien quand il était venu au Pot-au-feu de France Culture. Il s’est fait prendre à rouler trop vite, j’ai entendu ça au poste. Pour un ministre des transports c’est un comble. C’est comme la Bachelot qui fait de la publicité avec le fils Leclerc contre les sacs en plastique pendant qu’elle augmente les journées de chasse qui envoient des tonnes de plomb dans la nature, je vous envoie la lettre. J’ai lu ce que vous avez écrit sur le hammam, vous avez bien fait de râler, continuez. Sur l’internet c’est pareil, il y a des jeunes qu’aiment bien mon livre et qui font comme nous, mais c’est écrit avec des ordinateurs. Vous trouverez ça à francismizio point net, votre petit-fils vous montrera.

Voilà merci de vos journaux, ça m’a bien amusée et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf



Dans les îles, décembre 2005

Cher Jean-Noël,

Pour l’instant je suis partie un peu loin mais si un jour je reviens par chez vous j’aimerais bien que vous me montriez comment on fait de l’eau potable. Avec tout ce que les agriculteurs mettent dans les fossés, on se demande bien si on doit continuer à en boire. Si on achète de l’eau en bouteille, faut se débarrasser du plastique et c’est pas facile non plus, sauf de faire des cagoules comme vous verrez dans le spectacle. J’en profiterai pour vous demander de me faire faire un tour de polka ou de valse, ça me dégourdira les jambes et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Pas  ici, décembre 2005

Chère Colette,

On m’a dit que vous aviez un travail dans la police municipale des randonnées pédestres. C’est dommage que ça n’existe que sur Angers, à la campagne aussi on aurait bien besoin que quelqu’un mette de l’ordre à cause des chasseurs qui se croient tout permis. Ils disent qu’on se promène à nos risques et périls, ils sont chez eux partout et rien à faire pour leur faire baisser le fusil. C’est pour ça que chez nous les gens vont se promener en ville le dimanche. L’air est moins bon mais grâce à vous pas de risques de mauvaises rencontres. En plus comme on vous livre les légumes de Cocagne à domicile, on se demande bien pourquoi vous iriez risquer votre vie à la campagne.

Merci pour votre action et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

 Ernestine Chassebœuf


Quelque part, décembre 2005

Cher Bruno,

Je vous appelle par votre prénom, faut pas m’en vouloir pour ça. J’avais l’habitude d’être un peu familière avec tout le monde du temps que j’écrivais partout. Pour l’instant j’ai un peu arrêté. Il paraît que vous croyez aux oracles, moi j’y crois pas mais pourtant quand j’avais trente-cinq on m’avait dit que je me mettrais en quatre sur une scène, et c’est arrivé. Vous souhaiterez le bonjour à M. B.  l’instituteur de Saint-Jean, je l’ai connu autrefois.
On m’a dit aussi que vous aimiez les gâteaux secs, prenez pas les moins chers, ils sont pleins d’Ogéhèmes et ça pourrait être mauvais pour vos enfants, en attendant prenez bien soin d’eux et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


A Monsieur le Maire de Saint Magne et aussi Président de la Communauté des communes du Val de Leyre, à l'occasion de la fin du monde 2012

… Si on mourait tous au même endroit, dans le cimetière qu’est fait pour ça, ou même sur l’airial de Pipette si le cimetière est trop petit, ça permettrait de laisser la planète propre pour ceux qui viendront après nous, tant pis si c’est des extra-terrestres. Déjà qu’on leur laisse les mégajoules et les centrales nucléaires avec leurs déchets, si en plus il y a des fossiles de cadavres dans tous les coins, j’en ai honte pour nous à l’avance. Vous avez encore quinze jours pour organiser un référendum dans la commune. Vous n’avez qu’à demander aux gens s’ils préfèrent cimetière ou Pipette, mais en fin de compte vous ferez bien comme vous voudrez, si on doit vraiment mourir, quelle importance...


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