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Politique
 
(...)Moi je ne désespère pas des hommes politiques vu que je n’en ai jamais espéré grand chose. Ils regrettent tellement de nous avoir donné les congés payés et les assurances sociales qu’ils ne seront contents que quand ils les auront repris.(...)

Le 8 décembre 1999


à Monsieur Algoud,  à transmettre au Général Ganach.

 

Monsieur le Général,


Comme vous semblez bien compétent sur les questions militaires, puisqu’on vous voit aux infos de la télé quand il y a des guerres du golfe, je me permets de vous envoyer le double de ma lettre au colonel Granger. Je vous mets aussi l’article du journal qui raconte toute l’histoire. Ici depuis quelques jours y a des militaires partout et même en l’air, heureusement je les vois pas puisque je suis bloquée au lit. J’aime pas trop les militaires, mais vous c’est pas pareil. Si à la radio vous voyez Philippe Val, vous pouvez lui dire que je suis plus fâchée contre lui, mais faut qu’il continue à parler de tout sauf de la guerre, je lui avais fait une lettre, mais il est comme les autres, il répond pas, je suis à 80 lettres depuis le mois de février, j’ai reçu même pas 10 réponses.

Recto-Verso

Si vous sortez des fois de votre hospice, vous pouvez vous arrêter à la maison, en arrivant d’Angers c’est à droite en descendant la côte, attendez quand même que j’ai fini de couver. Je vous envoie mes sentiments les meilleurs et j’espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Eloïse Hallauer (TSF)

Clic !

A Monsieur Chevènement, Ministre de l'Intérieur
 

Monsieur le Ministre,
  
C'est la première fois que j'écris à un Ministre, ça pourrait m'impressionner un peu, mais pas du tout, parce que vous je vous connais depuis tout jeune quand vous étiez au C.R.S.
J'achète pas les journaux mais quand les gens les mettent devant leur porte le jour du recyclage, je passe avant Emmaüs avec ma brouette et je ramasse ceux qui sont encore bons, je découpe tout ce qui m'intéresse et je le colle dans des cahiers, c'est comme ça que je sais tout sur vous, pas besoin d'être dans la police pour faire des dossiers.
Je voudrais pas vous prendre trop de temps, alors je vais juste vous poser une question : Est-ce que vous avez prévu de faire des accords avec les enseignants pour faire visiter les commissariats aux enfants des écoles, comme vous aviez organisé pour faire visiter les casernes armée-jeunesse ? Je vous demande ça, parce que si les enfants sont toujours dehors à traîner, on se demande bien quand les instituteurs vont pouvoir enfin trouver le temps de leur apprendre à lire écrire et compter, comme vous leur aviez demandé quand vous étiez Ministre de l'instruction publique.
Merci de répondre à ma question, je vous laisse, il est grand temps que j'aille buter mes patates, et l'espère que ma lettre vous trouvera de même,
 
 Ernestine Chassebœuf
 

Pour l'émission Pot-au-feu. Pas passée le 5 juin, c'était juste pour le plaisir ...


A Monsieur Guerz, artiste funéraire
 

Monsieur Guerz,
 
C'est pendant un voyage en Dordogne pour aller visiter les hommes préhistoriques, que j'ai vu par hasard votre monument aux morts. C'est à cause de la mère Pochelu qu'avait besoin d'un médecin. A chaque fois qu'elle vient en excursion, elle se fait ramener en ambulance, elle dit que c'est plus confort. Le car Mochereau nous a arrêtés dans le premier village qu'on a rencontré pour téléphoner à l'assistance, et c'était justement Biron, ce village. Tout le monde s'est précipité au bistrot, mais moi je suis restée près de votre monument aux morts, et le temps que l'ambulance arrive, j'ai lu tous les messages que vous avez accrochés, et j'ai même recopié des phrases entières :

Au lieu de l'amour, c'est toujours la haine qui domine.
La guerre est immonde, elle abaisse l'homme.
Il faut se battre avec autre chose que des armes.
Sous toutes ses formes l'idée de la guerre est insoutenable.
Des messages comme ça, c'est quand même dommage d'aller les cacher au fond du Périgord, alors ça m'a donné une idée : pourquoi vous en feriez pas imprimer sur des autocollants ? On les mettrait sur nos monuments à nous, pour les morts des guerres passées, mais faudrait penser aussi aux morts des guerres à venir, et à ceux qui s'entraînent pour les tuer. Alors si vous en faites, des autocollants, vous pouvez m'en envoyer un bon paquet, parce que à Saumur, j'aurai du travail, il y a des blindés partout. Sur les chevaux du Cadre Noir, j'en collerai pas, ils servent juste à faire croire que la guerre c'est du folklorique. Mais j'en collerai aussi sur les camions du Général Granger, comme ici c'est un parc naturel régional, il vient de Nancy faire ses manœuvres jusque chez nous, pour avoir le bon air.
Et surtout, faites vite, si on pouvait les avoir avant le 14 juillet, ça ferait un grand défilé pour la paix, et comme c'est de l'artistique, personne n'aurait rien à dire. C'est juste une idée qui m'est venue comme ça, mais vous ferez bien comme vous voudrez et j'espère que ma lettre vous trouvera de même,
  
Ernestine Chassebœuf

Correspondance de guerre (14-18)

Le 19 novembre 2002

Ah, mes amis !

C’est vraiment gentil de m’accueillir sur votre internet. Vous aurez remarqué que je n’en abuse pas. A mon âge c’est normal  à cause de la santé, du jardin et surtout parce que j’ai été occupée à écrire un petit dictionnaire de patois troglodyte que je vous enverrai dès que j’aurai trouvé un timbre.  Ma lettre aujourd’hui c’est juste pour vous demander quelque chose. J’ai reçu un courrier d’un Monsieur de chez Arthème Fayard. C’était une bonne maison dans le temps, j’ai tout Fantômas et Pardaillan, de chez eux. Ils m’écrivent parce qu’ils veulent des lettres de moi pour en faire un livre. Je me suis renseignée, ils ont été achetés par Hachette, celui des Maisons de la Presse et en plus on m’a dit que tout ça c’était dans les mains de Lagardère, le marchand d’armes. D’ailleurs j’aurais dû m’en douter, puisque Lagardère c’est dans le Bossu, de Paul Féval, et c’est chez Arthème Fayard aussi. Je voudrais pas les vexer, mais savez-vous si je peux faire jouer l’objection de conscience ? J’ai un neveu qui a fait ça pour pas aller à l’armée, mais ils l’ont mis à compter des arbres dans la forêt pendant deux ans et je voudrais être sûre d’être à l’abri grâce à mon âge.

Je compte sur vous pour me dépatouiller cette histoire qui me tracasse beaucoup et j’espère que ma lettre vous trouvera de même,

Votre Ernestine


Le 1er février 2003

à M. Le directeur de la messe de Louis seize
 

Cher Monsieur,

Je viens de retrouver au fond de la poubelle un vieux courrier où on annonçait que vous faisiez une messe pour la mort de Louis Seize. Heureusement que les voisins me les donnent trop tard, les journaux, parce que c’était pas dans mes idées d’assister à ce genre de messes qui ne font que mettre de l’huile sur le feu, enfin c’est mon avis. J’espère que vous n’avez pas eu trop de monde, ça me ferait désespérer de l’Humanité.
De toutes façons je ne vais pas aux autres messes non plus, comme vous pouvez vous en douter, et je me ferai incinérer au feu de bois pour éviter tout ça et protéger la couche d’ozone par la même occasion.
C’est fini le temps où les serruriers amateurs pouvaient exploiter le peuple et l’ancêtre de mon mari est mort pour ça, comme vous pourrez le voir sur la carte postale que je vous joins. J’en ai fait refaire quelques-unes, c’est une partie méconnue des guerres de Vendée et si vous voulez en faire profiter des vrais amateurs je ne les vends que 10 euros chaque, signées à la main par moi-même, descendante par alliance de Joseph-Marie.

Je vous prie d’agréer l’expression de mes sentiments républicains et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


 

 

Le 2 février 2003

à mes anges du Matricule

Ah ! Mes anges ! Je ne suis pas trop courageuse pour écrire. C’est toutes ces histoires de guerre qui se préparent, ça me fout le moral à zéro. Et je suis pas toute seule. J’ai reçu un courrier de mon ami Jules, le facteur Mougin, le poète qui écrit des livres. Il m’a envoyé ça il y a une quinzaine, avant que le Gouvernement parle de punir les insultes à la Marseillaise ou au drapeau. Il a retrouvé l’article du Mercure Segréen de 1935 où on parle de sa compagne Jeanne qui était institutrice débutante.  Je vous mets aussi la copie de la lettre de Jules. Si vous voulez lui répondre, envoyez un mot, je lui ferai suivre.

Voilà, bonne lecture, je vous embrasse. Je fais ce que je peux contre cette sale guerre et j’espère que ma lettre vous trouvera de même,

 Ernestine


Le 18 juin an deux mille et trois

à mes anges du Matricule

 

Mes anges,

Je vous envoie la lettre que j’ai écrite pour l’imprimerie Floch à Mayenne. J’ai pas beaucoup écrit ces temps-ci à cause des grèves et des manifestations. J’y suis allée plusieurs fois quand on a bien voulu m’emmener. C’est normal de défendre ce qu’on a gagné en 36 quand on a occupé la laiterie. C’était gai à cette époque-là, surtout avec le gars Béduneau qui nous jouait de l’accordéon. Maintenant ça ressemble plutôt à un enterrement de première classe, l’enterrement de la sécurité sociale, des retraites, des hôpitaux, des écoles et aussi des bibliothèques gratuites puisqu’il paraît que les sénateurs viennent de liquider ça aussi. Tout ça m’a pris pas mal de temps, surtout qu’en plus ils ont fait un livre avec mes lettres et qu’il a fallu que je réponde à des questions pour le journal.  

Excusez-moi de ne pas vous écrire plus souvent et j’espère que cette lettre vous trouvera en bonne santé,

Ernestine Chassebœuf


Le 13 février 2004

à Monsieur T. à Montsabert

 

Cher monsieur,

J’ai vu que vous aviez passé mes lettres dans le bulletin municipal. C’est la deuxième fois que ça m’arrive et je vous en remercie. La première fois c’était Mon ami  Maurice qui m’avait fait passer dans le bulletin de Godewaersvelde dans le Nord, le pays de Raoul qui chantait Quand la mer monte, j’ai honte, honte. J’ai été un peu longue à vous remercier à cause de mes brouillons que je triais pour faire un volume 2 à Ernestine écrit partout. J’y comprends rien, tout le monde en redemande, ils en ont vendu bientôt dix mille. Il parait que  Raffarin a fait moins de 3000 avec son dernier livre, mais si on me demande d’être première ministre, c’est tout réfléchi, je dis non, tant pis pour le salaire et les pots de vin. Conseillère à Coutures, c’est pareil, pas question. On m’a répété que j’ai eu des voix aux dernières élections et qu’ils ont dit: inconnue dans la commune. J’aurai bien aimé quand même être sur le procès-verbal. C’est vexant de se faire compter avec les nuls, surtout que j’aime pas trop Alain Chabat, on m’a emmenée voir son film préhistorique, c’est minable.

Voilà, encore une fois merci. Tâchez de nous faire une belle commune. Quand ils referont la place des troncs, pensez à leur dire qu’ils mettent des arbres qui se tondent pas, la verdure ça nous manque et j’espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Le 13 février 2004

à  Madame M. à Cambo

 

Chère  Madame,

J’ai été un peu longue à vous remercier à cause de mes brouillons que je triais pour faire un volume 2 à Ernestine écrit partout. J’y comprends rien, tout le monde en redemande ils en ont vendu bientôt dix mille. Vous avez raison de rouspéter, il y a tous les jours des raisons pour ça, et si vous voulez des réponses, posez vos questions j’essaierai de vous conseiller de mon mieux. Ici on a un temps splendide, les oiseaux chantent comme au printemps, il parait qu’on va le payer plus tard. C’est comme avec la politique, si on fait un pas en avant on est sûrs de devoir en faire deux en arrière et en ce moment c’est à grandes enjambées.

Voilà mes réflexions, elles ne sont pas très gaies et j’espère que ma lettre ne  vous trouvera pas de même,

Ernestine Chassebœuf


Le 19 juillet 2004 

à Christian C., ami de Jules

 

Cher Christian,

Il y a lurette que Jules m’a passé ta lettre mais j’ai été un peu cossarde, avec la chaleur il faut se ménager. Aujourd’hui j’ai un peu plus de temps, rien ne pousse au jardin, il n’y a pas de légumes à ramasser et donc pas de conserves à faire, ça repose. 

Pour la photographe Yvette Troispoux je ne sais pas si on est de famille, il faudrait lui demander, je suis fâchée avec la famille depuis 1929 à cause d’un galant que j’ai eu qui leur plaisait pas. Le principal c’est qu’il me plaisait à moi. Si tu la vois demande le lui. Pour tes histoires de surveillance, on a pas ça à Coutures encore mais peut-être qu’ils sont en train de l’installer, on a des travaux dans le bourg, c’est plein de câbles partout. On a pourtant pas besoin de ça ici, on se surveille entre nous à l’ancienne. Si j’achète un nouveau tablier au camion qui passe, je suis sûre que tout le club va le savoir dans la quinzaine. Pareil si je reçois du courrier de Paris, mais là je me demande si c’est pas le facteur qui moucharde. Pendant la guerre on a bien vu qu’il n ’y  a pas besoin de caméra et d’internet pour savoir qui avait tué un cochon en douce.  Tu voulais peut-être que je fasse des lettres pour ça mais actuellement j’ai arrêté mes lettres de rouspétance, je suis un peu fatiguée. Si t’as le temps fais-le donc, mais signe pas Chassebœuf, on m’a déjà fait le coup, c’est pas très agréable surtout quand il y a des fautes d’orthographe comme dans le courrier qui m’est revenu du service des lettres perdues de Libourne.

Voilà je te remercie pour ta lettre et pour l’enveloppe décorée, je vais essayer d’en faire une aussi et j’espère que ma lettre te trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Aux amis de Jolie môme

 

Ce journal express est un tissu de conneries, rassurez-vous je l’ai pas acheté, je l’ai trouvé dans une poubelle. La Bachelot connaît  tellement bien Germaine Canonne qu’elle la confond avec sa belle sœur Jeanne Canonne, résistante. Germaine  était conseillère municipale à la libération, c’est pas la même. Dire que l’Anjou est féministe parce que c’est une région de  bonnes sœurs, c’est comme si on disait que les curés sont anarchistes parce qu’ils portent des soutanes noires. On sait comment elles traitaient les filles, au Bon Pasteur, les bonnes sœurs. J’en connais qui y sont passées parce qu’elles s’étaient promenées avec un garçon qui convenait pas à la famille. C’étaient des prisons pour enfants, avec l’esclavage à la broderie et à la lessive. Tout ça pour dire que j’aime pas la Bachelot, mais je vous avoue que votre drapeau rouge il me fout un peu la trouille aussi. Ça fait joli pour les chansons et les défilés mais si on en avait à tous les coins de rue je crois qu’on s’en lasserait vite.

On m’a emmenée voir votre Spartacus, j’ai moins aimé que l’histoire de la crosse en l’air, sans doute parce que j’aime mieux qu’on attaque les curés que les romains et j’espère que ce mot vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Le  2  décembre  2004

à Monsieur Rémond Alain

 

Cher  Monsieur,

J’ai eu votre adresse par un courrier de Monsieur Enckell. Je vous avais écrit  à une adresse que vous aviez en Bretagne mais votre courrier ne doit pas suivre. Si vous n’avez pas reçu les livres de mes lettres qui parlent de vous, dites-le moi je vous en ferai envoyer d’autres.  J’ai appris que vous aviez votre œil dans la Marianne maintenant, j’ai l’ai regardée chez le docteur Bourgeon, pour une fois c’était récent, c’est sûrement un client qui l’a oubliée sinon c’était que des Paris match avec Grace Kelly et l’Aga Khan, ça date un peu. J’ai appris que vous étiez pour voter Oui à la constitution de l’Europe. Je ne suis pas d’accord avec vous. De toute façon par principe quand on me pose une question c’est plutôt Non que je réponds et je m’en porte pas plus mal. On s’est déjà fait attraper avec Chirac : on nous disait qu’il fallait voter pour lui pour pas avoir Le Pen, résultat on a eu  Raffarin et Sarkozy, comme en 1940-1944. Pour l’Europe c’est pareil,  faut dire  Oui maintenant et pour les détails on verra plus tard. A mon avis c’est tout vu : après on va nous dire qu’on avait lu le contrat et  tant pis pour ceux qu’ont pas d’assez bons yeux pour lire les petites lettres. Enfin voilà les nouvelles, je vous envoie la publicité pour un spectacle avec mes lettres, c’est bien grâce à vous en premier et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Le  14 avril  2005

à  Monsieur Francescou  Bille

 

Cher  Monsieur ,

Un grand merci pour votre livre qui m’a bien intéressée même si vous habitez loin d’ici, les problèmes sont les mêmes partout et les mauvaises volontés aussi. En plus va falloir se déplacer pour aller voter non à Giscard d’Estaing et sa constitution, pour moi il est pas question qu’il revienne, surtout pour être Président de l’Europe, qu’il reste donc à Saint-Flour à jouer de son accordéon, il sera plus utile.

C’était bien gentil de me faire cette longue lettre, j’ai mis du temps à répondre parce que je voulais vous envoyer le volume 2 de mes lettres mais l’éditeur  a un peu traîné à m’en envoyer, ce qui explique. C’est dommage que vous soyez pas passé par ici quand vous êtes venu à Angers, c’est juste à 25 km d’ici mais c’est pas la Loire qui y passe, c’est la Maine, c’est moins large mais c’est joli aussi quand on s’éloigne de la ville.

J’espère que vous êtes en pleine forme et que vous râlez toujours, moi j’ai encore quelques lettres à écrire avant de mourir et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf

 

Post Scriptum : je vous mets l’affiche du spectacle, ça coûte un peu mais ça vaut la peine


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