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Poésie
 
Heureux qui comme Ulysse a dégusté une bonne saucisse, c’est grâce à des vers comme ça que j’ai pu écrire les miens...

(...) A l’époque j’étais pas encore trop intéressée par la poésie mais comme je collectionnais toutes sortes de choses, je m'arrêtais à Liré rien que pour le papier du charcutier: il avait fait imprimer Heureux qui comme Ulysse a dégusté une bonne saucisse. C'est depuis ce moment-là que j'ai eu le goût de la poésie. Des papiers de charcutier, j'en ai ramassé des tas depuis, et en plus la famille et les amis m'en ramènent de partout quand ils vont en voyage, avec de la saucisse dedans, bien sûr.(...)

Le 23 mars 1999 Ernestine écrivait au poète et voisin Jules Mougin
Ernestine écrit partout Vol. 1, page 25
(...)Enfin bon, si je fais taper une lettre pour vous, c’est pour vous demander des conseils en poésie. Je suis débutante et comme vous je voudrais écrire des récitations. J’aimais bien ça à l’école : Emile Verarène, Albert Samain, et surtout Victor Hugo. Au certificat en 1923 j’ai récité Osséanonoxe, on me l’a fait répéter 3 fois et j’ai eu 9 trois quarts sur 10. Maintenant que je suis à la retraite j’ai le temps de m’y mettre moi aussi. C’est surtout au printemps que ça me prend, le docteur me dit que c’est les glandes, je sais pas si c’est ça, mais ce qu’est sûr c’est que la poésie c’est pas facile à mon âge, j’ai bien les idées mais c’est les rimes qui suivent pas. Pour le nombre de pieds je m’arrange avec des apostrophes, vous verrez sur ce que je vous envoie.
Comme conseils ce que je voudrais c’est que vous me trouviez une rime à brouette, j’ai un poème en route et je bute là-dessus depuis trois jours. J’ai bien trouvé mouette mais c’est dur à caser par ici. Si je mets chouette va falloir que ça se passe la nuit et j’ai encore jamais fait de poème nocturne, c’est trop spécial.
Enfin pour un professionnel comme vous ça doit être un jeu d’enfants. Faudrait me dire ce que vous pensez de celui que je vous envoie, j’ai mis que quatre jours pour l’écrire, je le trouve pas trop mal réussi. Si vous pouviez aussi me conseiller pour un titre, je voulais mettre « Printemps », mais j’ai peur que ça soye déjà pris.(...)

Printemps

 

Le retour du printemps habille la prairie,
C’est le moment d’bêcher que m’a dit mon voisin,
Tout est couleur de joie, du jaune et puis du gris,
Mais moi j’ai pas le temps, faut que j’aille au turbin.
 
Tout pousse dans les prés, boutons d’or et jonquilles,
Les mauvaises herbes aussi, ah Bon Dieu les salopes !
Le temps est revenu, enfants de jouer aux quilles,
Allez-y donc pendant que j’arrose au roundope.
 
Que le printemps est beau quand la météo va,
Tu voudrais pas mignonne t’éloigner quand j’arrose,
Ça pourrait m’éviter d’t’asperger les nougats,
J’vais pas t’le dire deux fois, oui c’est à toi que j’cause.
 
Les oiseaux font leurs nids, les lapins sont en rut,
Les crapauds, les grenouilles surveillent leurs têtards.
Le retour des légumes nous sauvera du scorbut,
Mais maintenant j’arrête, je vois qu’il se fait tard.
 

Ernestine Chassebœuf


 

 

Ernestine gagna un ami mais dut chercher de l'aide ailleurs pour ses rimes. Elle reçut un petit dictionnaire fait tout exprès.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dessin de Quentin Faucompré

 

Certains de ses poèmes ont été mis en musique pour le spectacle.
(...)Celui que j’ai fait avec les rimes de Monsieur Amary était encore plus difficile, je ne le trouve pas terrible en écrit, mais en chanson dans le spectacle de mes lettres ça fait très joli parce qu’on entend moins les paroles que dans le livre quand on les lit.(...)
 

 


Poèmes  édités  (1999 à 2005)

Ernestine écrit partout
Volume 1 Volume 2 Volume 3
Printemps
La pluie et les pommes de terre
Politain mais pas trop
Odelette au fromage
Epithalane
La complainte du bourrier
La paix, là-dedans !
L'éclipse
Ma saison préférée
 
A mon tournesol
Ma brouette
Le fraudeur Duval
sous le pseudo Joseph Rimbaud

Chanson
Balthazar et la nécessiteuse
 
A Madame de Bartillat
avec les rimes de l'écrivaine
(...)Bon, j’ai un peu bâclé, mais il ne sera pas dit que j’aurai calé sur un poème.(...)

Anthologie de la poésie jardinière et primesautière tout à la fois
Le joli Mai de Guilhem de Chantremol
Saladettes de Pierre de Moulinsart
L’agnel et le loup de Jean-René de la Dondaine
L’artichaut de Jean-Charles Fondelaire-Effray
Le fraudeur Duval de Joseph Rimbaud

Glossaire du patois des Troglodytes-du-Dessous
Un régal poétique
Beaucoup trop court... paroles de fane !
 

 

St Florent, 12 juillet

Merci, Madame, pour l'envoi de ces poèmes du potager. Je me souviens que, quand je passais jadis à Coutures (il y a soixante dix ans) la campagne était décorée, comme par des feuilles d'acanthe, de ses cultures d'artichauts...

Je vous souhaite d'heureuses lectures et d'heureuses  écritures

Julien Gracq


Le 5 mai 1999


à Michel Grégoire, Directeur de l’après-midi à France Inter
C’est pas comme ça qu’il faut dire ?


Monsieur Grégoire,

Vous allez dire que je vous harcèle, mais ce coup-ci c’est important. Je vous avais proposé mes poèmes à lire puisque vous avez une belle voix mais ça pas l’air de vous intéresser et vous avez bien le droit. Je vous les envoie quand même. Je les ai envoyés aussi à Belin, c’est un éditeur, pour voir si je dois persévérer dans la poésie ou plutôt commencer la peinture. Mais j’ai pas de réponse parce que je me suis trompée avec un autre Belin qui fait des gâteaux secs.

Si vous pouviez lire au poste l’épithalame que j’ai faite pour des amis qui se marient vendredi 7 mai, ça me ferait plaisir. Ils s’appellent Jeanne et Francis et comme ils adorent la poésie, je leur ai copié ça dans le fond d’une assiette. Ils se marient dans l’intimité, alors ça serait bien que tout le monde le sache.
 
Les épithalames c’est des poèmes exprès pour les mariages, c’est dans le Larousse. C’est pas facile, comme poème, il y en a pas beaucoup qui s’y sont frottés. J’ai tout un livre rien que du Rimbaud, pas une épithalame ! Comme c’est le printemps des poètes, je pense que c’est le moment d’en profiter. Si mes poèmes vous plaisent, j’en ferai un sur vous pour vous remercier.
Vous faites des progrès, je dis pas ça pour vous flatter. La philosophie c’est une bonne idée, mais j’y comprends rien on dirait France-Culture. 
 
Je vous embrasse,

Ernestine Chassebœuf

PS : Les mots inventés c’était bien, moi j’ai inventé cacagénaire, c’est quand on est plus que vieux et qu’il est temps d’aller à l’hospice.

(...)Je suis bien contente de voir que vous me comparez à Rimbaud, j’ai un livre de lui, mais je pense que Jean Richepin et Emile Verhaeren étaient bien meilleurs.(...)

Le 3 septembre 1999

 

à Monsieur Alain Raymond, Directeur à Télérama  
 

Cher Monsieur
  
Oui, c’est encore moi, cette fois j’ai rien à dire sur la télé, comme je suis en bisbille avec la voisine je vais plus prendre mon tilleul chez elle, donc plus de télé. Mais j’ai lu le Télérama tout l’été en pensant que vous passeriez mon poème du métro, j’en ai lu des bien pires que le mien et je me demande pourquoi j’ai pas gagné.
 Je vous prends à témoin, vous le passerez si vous voulez :
Toutes les rimes sont bonnes , j’ai un dictionnaire pour ça, et j’ai mis trois heures à l’écrire, alors ça m’embêterait qu’il soit perdu.
Je vous remercie de me dire ce que vous en pensez,

Salutations d’Ernestine Chassebœuf
 
PS: Vous pouvez pas rexpliquer le cac40, j’ai rien compris.
 

 

Politain mais pas trop
 
Toi qui dans le métro ne semble pas en train,
Tous les jours entassé avec les pue-la-sueur,
Va au trot au boulot malgré ce qui t’étreint,
Cette rame c’est pas la joie, c’est le train du malheur.
 
Usagé du métro, quand à quarante à l’heure
Tu te rends au turbin dans un bruit impossible ,
Pense à Arthur Rimbaud et ses quarante hâleurs
Ivre comme son bateau sur un fleuve impassible.
 
Agressé dans les rames, suicidé sur la voie,
Trimballé comme un veau qu’on mène à l’abattoir,
Pense que la mort te guette au détour d’un couloir,
Mais qu’elle ne frappe pas quand ce n’est point son heure.

(des Lilas)

Paru dans Télerama le 22 septembre 1999
 


Correspondance poétique avec Bernard L. et ses élèves du CM1 B de l'école Diderot 1 à Montreuil  (Mai-juin 2000)

 

         


aux enfants de l’école Diderot à Montreuil,


Mes chers enfants,

J’espère que Jean Lebrun va vous faire passer ma lettre parce que des Montreuil, dans le code postal j’en ai trouvé 29. C’est comme des Coutures où j’habite, y’en a 8 et même 5 qui s’écrivent comme ici. Si je vous fais cette lettre, c’est parce j’ai lu dans le Télérama que vous faisiez un journal Ratatouille, et comme j’écris des fois des poésies, surtout sur la campagne, je voudrais savoir si vous prenez aussi des poèmes du troisième âge ou même du quatrième. J’ai essayé de les faire imprimer chez Belin, c’est ceux qu’avaient fait mon livre de récitations du certificat d’études, mais ils m’ont répondu qu’ils éditaient plus que des gâteaux secs.
Dans le temps j’ai bien eu des petits neveux qu’allaient à l’école à Saint Lambert pas loin d'ici, ils faisaient déjà un petit journal, mais c’était avec des lettres en plomb, et c’était lourd pour des petits comme ça, alors j’ai jamais osé leur demander d’imprimer mes récitations. Ils aimaient bien ça, l’école, toujours à se promener pour étudier la nature, maintenant quand je vois les écoles en photo sur le Courrier de l’Ouest, c’est qu’ils visitent une caserne ou qu’ils vendent des légumes à la récréation pour pouvoir se payer le maquedo au voyage scolaire, alors votre journal, c'est vous dire si ça me plaît.
Je vous recopie ma poésie sur le tournesol, si elle vous plaît pas, faudra me le dire, je vous en enverrai une autre que j'ai commencée, ça parle de ma brouette.
A mon tournesol


Tu es la fleur royale,
Belle comme le soleil.
Tous les peintres t’ont peinte
Mais c’est surtout Van Gogh.
Avec ton huile chaude
On peut faire des frites,
Et c’est ça qui est bon,
Surtout avec les gogues.
 

Ernestine

Si les gens vous demandent pour les gogues, c’est des gros boudins qu’on fait chez nous avec le gros boyau et on met des bêtes de cardes ou du poireau dedans avec le sang du cochon. C’est très bon.
Recevez des bien grosses bises d’une presque nonagénaire et j’espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Passée à l'antenne le jeudi 20 avril. Envoyée à l'Ecole Diderot en version manuscrite agrandie, s'ensuit une correspondance avec les 20 élèves de la classe.


Mon tournesol

 

J'ai trouvé sur le sol

Un joli tournesol,

Jaune comme le soleil.

A ce moment vient l'abeille.

Le tournesol nous donne le miel

Et l'abeille nous le ramène.

 

Léa et Célia

Ma brouette

On a chanté l'auto, et même la pétrolette,
Mais jamais un poète n'a chanté la brouette.
Instrument sans pareil, inventé par Pascal,
Comme elle est sans moteur, jamais elle ne cale.
Un grand coffre à l'avant pour ranger les bagages,
Hop ! Nous voilà partis pour un mois à la plage,
Et camper dans les dunes, tout près de sa brouette,
C'est vraiment le bonheur, quand on entend les mouettes.

 

Ernestine


 

Cher Kevin,
  
Tu as raison de dire que j'ai de l'humour, c'est ce que je crois aussi, mais souvent je fais pas exprès, quand je tombe de ma brouette par exemple, ça fait rire le monde, mais pas moi.
J'espère que tu l'aimeras, la nouvelle poésie, car la brouette ça compte beaucoup dans ma vie, comme je vis toute seule, je n'ai plus qu'elle à qui parler, et ça me console de beaucoup de choses.
Bon , maintenant, je te laisse, il faut que je lui prépare la soupe,
à bientôt peut-être,
 
Ernestine Chassebœuf

Clic !

Ma chère Olivia,
 
Félicitations pour ta poésie "Mon rêve" . Celle que j'ai faite sur la brouette est prête, je la mets dans le paquet avec les lettres. Moi qui n'étais pas très bonne à l'école, ça me fait quelque chose de savoir que je vais être accrochée au tableau comme Joachim Du Bellay.
Je suis contente que le Tournesol t'ai très très plu, et je peux te dire qu'ici il a beaucoup plu aussi, la terre est trempée et je suis en retard dans mon jardinage.
Je suis étonnée que tu sois une de mes fanes, parce qu'ici il n'y a que le carottes qui en ont.
Je te remercie de tes remerciements et je t'embrasse,
  
Ernestine Chassebœuf

Clic !

Mon cher Thomas,
 
Je t'appelle Thomas X comme dans Zorro, parce que tu m'as pas écrit ton nom, et aussi parce que tu m'appelles Ernestine C.
J'ai bien lu ta poésie, mais comme elle ressemble à celles de Kevin et de David, je me suis dit que vous devez avoir un moule pour aller plus vite.
Pour te rencontrer, ça va pas être facile, parce que je me déplace qu'en brouette, et comme c'est moi qui pousse, ça va pas vite et en plus, à Montreuil, en brouette, j'ai peur d'être ridicule.
Je t'embrasse quand même,

Ernestine Chassebœuf

Post-Scriptum: Excuse-moi, dans Zorro, c'est pas X, c'est Y qu'il fait avec son épée.

Clic !

Ma chère Céline,
 
Je te remercie pour ta poésie sur le capitaine Jonathan. C'est une drôle de coïncidence, ce Capitaine Jonathan, je l'ai connu en 1932, il a même été un peu amoureux de moi, mais je voulais pas d'un marin qu'aurait toujours été parti, et jamais là pour s'occuper des vaches et graisser la roue de ma brouette. Alors j'ai dit non et je me suis mariée avec Chassebœuf.
Voilà, c'est la vie. Quant à son histoire de pélican, il y a rien de vrai là-dedans, il a toujours menti comme un arracheur de dents,
Je t'embrasse, bonjour chez toi,
  
Ernestine Chassebœuf

Le capitaine Jonathan

Le capitaine Jonathan
Etant âgé de dix huit ans
Capture un jour un pélican
Dans une île d'extrême orient.
Le pélican de Jonathan
Au matin pond un œuf tout blanc
Et il en sort un pélican
Lui ressemblant étonnamment.
Et ce deuxième pélican
Pond, à son tour un œuf tout blanc
D'où sort inévitablement
Un autre qui en fait tout autant
Cela peut durer pendant très longtemps
Si l'on ne fait pas d'omelette avant

Robert Desnos

Cher  Marco,
 
Je ne te remercie pas pour ta poésie puisque tu ne me l'as pas envoyée. Je ne te remercie pas non plus pour ta lettre, puisque tu as fait écrire ton copain Anselme*, mais je te remercie à l'avance pour celle que tu vas m'envoyer pour me remercier de celle que je suis en train de t'écrire.
Si je ne suis pas très claire, merci de m'écrire pour me demander des explications, j'aime bien expliquer, j'aurai dû être maîtresse d'école, mais je pouvais pas, fallait traire les vaches, et on peut pas être partout à la fois,

Je t'embrasse, j'attends ta lettre,
 
Ernestine Chassebœuf
 

*  Lettre exposée page cuisine


Les papillons

A la campagne les papillons volent dans le ciel.
Ils ont des couleurs dans leurs ailes
et ils sont merveilleux.
Jaune, vert, violet et rouge.
Quand je les vois, ils me font rêver
et quand je les caresse, ils sont heureux...
Puis quand je rentre à la maison, je pense à eux...

Aziz

Clic !  

Mon cher Majuran,

Toi aussi tu m'appelles C., pourtant c'est simple: Chassebœuf, chasse comme chasse d'eau et Bœuf, comme rôti de bœuf. Pourquoi veux-tu me voir pour la première fois ? Quand ça sera la deuxième fois tu fermeras les yeux ? Tu veux savoir où j'habite : c'est dans une maison troglodyte, ça veut dire que c'est creusé dans la terre, la mienne elle est très très profonde et comme ça si on a la guerre atomique, j'aurai pas les radiations, en plus je peux tenir longtemps, j'ai 24 boîtes de petits pois extra-fins.
J'espère que j'ai bien répondu à ta question, et je t'embrasse,
  
Ernestine Chassebœuf
 


Ernestine écrit partout Vol 2 page 49


Chère mademoiselle Ernestine

Je m'appelle Michaël et j'ai 9 ans. Je vous écris pour que nous nous connaissions mieux car j'adore la poésie comme vous. Je sais que je n'ai pas l'âme d'un poète mais je vous envoie ces poésies que j'ai inventées.

  La couleur de la vie

Rose comme les fleurs, je te donne mon amour comme toujours.
Orange, tu pousses sur mon oranger, la vengeance devient ange.
Blanc, que me donne le lait de ma Mémé.
Marron, tu es sur mon arbre de marbre en récitant une fable.

Mickaël

 
  Le lévrier

Un chien qui court plus vite que les autres, ce n'est pas normal...
Mais de quelle race est-il donc ?
C'est un lévrier

Michaël

 

à Baudelaire Charles
 
 

Mon cher Charles,
 
Je te remercie pour ta poésie l'invitation au voyage, mais j'aurais aimé que tu la recopies toi-même, plutôt que de la faire recopier par tes camarades. Il y a encore quelques petits défauts, mais tu n'es qu'au Cours moyen et je suis sûre que l'année prochaine tu auras fait des progrès, et qu'au collège ça sera parfait.
Si ça t'intéresse, je pourrai te donner des conseils pour écrire des poèmes de brouettes ou de tournesol c'est ma spécialité. Je suis sûre que ça pourrait te rendre célèbre,
Bon courage, mon petit Charlot, je t'embrasse,
 
Ernestine Chassebœuf
 

L'invitation au voyage
 
Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l'âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde ;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
- Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or ;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
 
Charles Baudelaire
 
Clic !   

 

Ma chère Liliane, 

Dis donc, tu n'es pas très bavarde, mais tu es bien polie, tu m'as écrit bonjour Madame mais tu peux m'appeler Ernestine, surtout pas Titine, j'ai horreur de ça.
Pense à dire à ton maître que ça m'intéresse de recevoir le journal Ratatouille, surtout si on parle de moi, c'est pour rendre jalouses mes amies du Club du troisième âge. A notre âge, quand on est dans le journal c'est que dans les avis d'obsèques, alors tu penses si je suis impatiente.
 Je t'embrasse, merci pour ton poème même si c'est ton copain Baudelaire qui l'a écrit,
 
 Ernestine Chassebœuf
 

Clic !

Ma chère Boutheïna,
 
Je te remercie pour ta poésie sur l'araignée Chloé, elle m'a bien plu et toi au moins tu n'as pas demandé à ton copain Charles Baudelaire de t'en faire une.
Pour mon écriture, je vais te dire un secret, donc tu peux le répéter à tout le monde : c'est mon petit-fils, il a un secanaire, je crois que ça s'appelle comme ça, il a mis ma vraie écriture dedans et maintenant, en tapant sur le nordinateur, ça sort mes lettres sur la primante. J'y comprends rien, et c'est difficile de taper, à cause de mes gros doigts. Donc c'est mon écriture, mais c'est pas moi qui l'écris en vrai.
J'espère que cette explication te convient, mais sinon je peux t'en faire une autre, je t'embrasse,

Ernestine Chassebœuf
 

 

Mon cher Matthias,
 
 J'ai peut-être un peu écorché ton nom, mais c'est à cause de ton écriture, j'ai hésité avec C..., mais comme c'est breton, je sais pas ce que ça veut dire.
Toi non plus, tu t'es pas trop fatigué pour la lettre, tu as demandé à Charles de te faire une poésie, il est assez doué ce petit Baudelaire, mais pourquoi il m'a pas écrit lui-même ?
Pose lui la question, ça m'intéresse, tu me réponds si tu veux, c'est pas obligatoire, maintenant je t'embrasse, j'ai encore des lettres à faire,
 
Ernestine Chassebœuf
 


 

Cher David D.,
 
Je t'écris David D. parce que tu m'as traitée d'Ernestine C., c'est donc toi qui as commencé.
Je te remercie pour ta poésie sur le locataire. On voit que tu t'es servi d'un moule pour la faire, comme quand je fais des gâteaux, mais tu as dû y mettre du temps puisque tu dis que tu as les vers lents. Fais quand même attention, cachou ça rime pas avec choucas. C'est un autre oiseau, le hibou, qui rime avec cachou. Excuse-moi de te donner des leçons de poésie, mais je commence à être professionnelle puisque j'en ai déjà écrit sept ou huit.
Si tu me réponds, écris un peu plus gros, je commence à être un peu sourde.

Merci d'avance et je t'embrasse,
 
Ernestine Chassebœuf
 


Chère Ernestine

 

Je m'appelle Leslie, j'ai 9 ans. Je voudrais faire votre connaissance et que vous nous envoyez une poésie plus belle et charmante que celle-ci.

Ah oui, je voudrais vous dire que mon amie Célia et mon amie Léa ont fait beaucoup de poésies.

J'espère qu'en ce moment vous êtes en train d'inventer des poésies tout comme Léa et Célia !

Ma balançoire

Dans mon jardin, il y a une balançoire qui se balance, se balance très haut...
Et tout à coup, elle s'arrête derrière ma soeur.
C'est génial d'avoir une balançoire !

 

Leslie

Chère Ernestine

 

Je m'appelle Aurianne . J'ai beaucoup aimé vos poésies, surtout "Ma brouette". Je ne sais pas trop faire de poésie mais j'y arrive quand même...(...)

En poterie

En poterie, on peut faire des lits
Mais des tout petits.
En poterie, on peut faire de beaux fruits
Mais je n'ai pas fini.


J'espère qu'elle vous plaira...
 

Mme Pompon

Mme Pompon est en coton
Mme Pompon est tout en rond
Mme Pompon aime les pommes bonbons
Elle aime surtout celles d'Adrien Dubouchon
Chez elle tout est rond
Elle-même, elle est ronde
Et presque blonde
Mme Pompon aime les citrons
Elle a des boutons ronds
Et une robes à ronds
Mme Pompon sent bon... euh...
Le cornichon !
 

Zoé


Ma fleur aux pétales d'or

Tu es ma fleur aux pétales d'or
Je t'ai ramassée dans un champ de blé
Pour que tu illumines mon palais
Tu es ma lune qui fait apparaître les étoiles
Tu es mon soleil qui brille sans arrêt
Tu es ma fleur aux pétales d'or

 

Nadine

 


Clic !

Chère Nadine,

Je te remercie pour ton poème, La fleur aux pétales d'or, il est très réussi.
Le Joachim de l'autre poésie, je le connais un peu, il est né pas loin d'ici, à Liré, dans la douceur angevine. J'aime bien sa poésie et aussi le papier du charcutier pas loin de chez lui, je t'envoie le modèle.
J'ai l'impression que tu es bonne élève, tu me diras si je me trompe.
J'envoie un petit mot à tous ceux qui m'ont écrit, j'attends aussi de lire votre journal, en attendant, je t'embrasse, il faut que j'aille raconter une histoire à mes poules, sinon elles veulent pas dormir et elles font le bazar toute la nuit,

Ernestine Chassebœuf
 

Ma chère Niagaté,
  
Je fais comme si tu étais une fille, mais tu es peut-être un garçon, tu as un prénom que je ne connais pas. Je suis étonnée que tu espères que ma nouvelle poésie sera plus jolie que la première. Ça me vexe un peu, parce que jusque là on m'a dit que c'était la plus belle de toutes, sans me vanter, et je l'ai faite moi-même, alors que toi tu as copié sur mon voisin Du Bellay. Je t'envoie sa statue sur le papier du charcutier, tu me diras ce que tu en penses.
Je vous ai entendus à la radio, eh bien dis donc, il y en a qui sont drôlement malpolis, j'espère que c'était pas toi.
Je t'embrasse, je ne suis pas vexée de ce que tu as dit sur ma poésie, c'est pour rire, hi, hi.
 
Ernestine Chassebœuf
 

Les mouettes

 

Les mouettes cacaouettes

Aiment les poissons au citron.

Elles peuvent voler très haut dans les airs

Ou juste près de la mer.

Quand il y a des requins qui sont zinzins

Ils essaient de les croquer tout entier.

Les mouettes crient " Chauffard ! Espèce de cafard ! "

Les mouettes qui sont secrètes, vivent sans entourloupette.


Lucka


 

 

                        Paul Eluard


(...)Salvina: Merci pour ton poème, mais j'ai pas bien compris, on met pas du citron dans les œufs mimosa, c'est plutôt de la sauce blanche.(...)

La mer

La mer brille comme une coquille,
On a envie de la pêcher.
La mer est verte,
La mer brille,
La mer est d'azur, d'argent et de dentelle.

 

Sidi

Clic !   

Cher Sidi,
 
Dis donc, tu es un vrai poète, ta poésie est très belle, et la mer c'est beau aussi, j'y allais quelquefois, avant la marée noire pour pêcher des moules, mais maintenant que c'est pollué, il paraît qu'il faut plus en manger.
C'est bien de pouvoir acheter des croissants et des pains au chocolat à la récré. J'espère que c'est pas trop cher pour que tout le monde puisse en manger, sinon, il faut faire la récré du cœur comme Coluche, avec les croissants gratuits. Si vous faites ça, vous serez les premiers et comme ça je vous verrai à la télé.
En attendant, je t'embrasse et encore bravo pour ton poème,
 
Ernestine Chassebœuf


Chère Ernestine

(...)A mon tour je vous envoie ces quelques lignes:

 

Le chapeau

Qu'il est doux et beau mon chapeau,
avec ses bords arrondis, il ressemble à un bateau.

Parmi toutes ses vives couleurs,
On sent qu'il est plein de bonheur.

Combien de fois avec le vent, il aura couvert
De jolies coiffures en plein hiver.

Parfois, il sera oublié sur un porte-manteau
jusqu'au prochain froid, mon beau chapeau.

 

J'ai fait de mon mieux pour vous faire plaisir(...)
 

Denis


 Clic !

Chère Karima,
 
Dis donc, tu n'es pas très bavarde, ma poésie t'a très très plu, et tu penses que la prochaine sera très très réussie, tu te répètes, mais c'est très très gentil de ta part, alors je te fais ce petit poème, rien que pour toi toi :
Excuse-moi si je suis un peu moqueuse, mais c'est pour rire

Je t'embrasse,
                                                                               
Ernestine

C'est Karima qui dit très très
Mais ce n'est pas une traîtresse,
Si elle m'insulte je la traiterai,
Mais pour l'instant elle fait mes tresses.


Ernestine


(...)Marine: Tu aimes que ça rime, alors voilà des rimes, tu feras le poème toi-même, j'ai plus le temps : Montreuil-Ecureuil Ecole-Bestiole CM1-Gamin Bernard-Lézard, mais tu peux t'en ajouter d'autres si tu veux.(...)

Bruit de la mer

Si tu trouves sur la plage
Un très joli coquillage
Compose le numéro
Océan zéro, zéro,
Et l'oreille à l'appareil
La mer te racontera
Dans sa langue des merveilles
Que Papa te traduira

 

Claude ROY

Chère Ernestine
Je m'appelle Carole. J'ai les cheveux marron clair. Je suis née le 20 février 1992 à E. en Suisse et je suis sortie du ventre de ma mère à 2 heures du matin. J'ai une petite chatte qui adore les poésies et surtout les vôtres. Sans doute , si un jour je vous la présente, elle ne vous quittera pas. Celle que j'ai préférée : Ma Brouette. C'est une très belle poésie. Si vous voulez en envoyer d'autres, n'hésitez pas à nous écrire, je suis à Diderot au CM1/B.

Chez moi

Il y a une porte
Pour qu'on entre et qu'on sorte
Et devant, un paillasson
Pour s'essuyer les ripatons.

J'ai une table
Et un cartable,
Un lit avec des souris
Où je mange des radis.

J'ai des fenêtres
Qui sont chouettes
Et des rideaux
Qui sont beaux.

J'ai une cuisine
Comme une usine,
J'ai une plante
Qui sent la menthe.

 Un aspirateur
Qui fait du bonheur
Et un balai
Qui fait du lait.

Sophia et Zoé

La nature

Il y a des arbres
Qui n'ont pas de barbe,
de l'herbe et des germes.

Il n'y a pas de ferme.
Les oiseaux font du bruit
Avec tous ces cui-cui.

Les écureuil vont de feuilles en feuille,
Les aigles ont de belles ailes,
Les renards n'aiment pas les épinards.

Les loups ne crient pas hou-hou.
Les castors n'ont pas de stores.
Les tortues ne sont jamais nues.

Les corbeaux n'ont pas de couteau.
Tout ça est la belle allure de la nature.
 

Mustapha


Clic !  

Ma chère Nabila
 
Je te remercie pour ta poésie mais j'aurais préféré que tu me racontes une histoire à toi, même si ça rime pas.
Pour me rencontrer ça va être dur, je sors pas beaucoup et la ville j'aime pas trop ça. J'ai été vers chez vous un jour, c'était pour visiter le zoo de Vincennes. Mais les zoos, j'aime plus trop ça. Heureusement qu'il y a les singes, quand ils voient la tête qu'on fait en arrivant, de voir tous ces animaux tristes, ils font des grimaces pour nous consoler.
 
Allez, je t'embrasse, et bonne fin d'année scolaire,
 
Ernestine Chassebœuf    


Les couleurs
 

Rouge comme une tomate, je deviens écarlate.
Jaune comme un citron, le soleil se couche à l'horizon.
Orange comme une orange... Voyez comme sa couleur change.
Bleu de la nuit, la lune me sourit.
 

Alla



(...)Malvina : Tu pouvais pas mieux tomber, j'adore Raymond Queneau, son poème est supercoule, c'est comme ça qu'il faut dire ?(...)

Les fleurs

 

Les marguerites sont jaunes et blanches,
Les roses sont belles et rouges.

Les arbres sont grands et marrons,
L'herbe est petite et verte.

Les buissons ont beaucoup de couleurs.
Mais comment sont les buissons ?

Tais-toi, les buissons sont multicolores !

 

Lamina


Le 30 juin 2000


à Bernard L. et ses élèves du CM1
  
 

Bonjour à tous,

J'ai bien reçu vos lettres jeudi matin, je demandais au facteur tous les jours : Rien de Montreuil ? Il en avait marre, il m'a même répondu une fois "Non, rien de ton treuil, vieille bique". Il savait pas que le père Mougin m'avait prêté son appareil à sourd pour l'essayer, vu le prix que ça coûte, vaut quand même mieux voir si ça marche bien avant d'en acheter un. J'ai pas fait de remarque, mais maintenant je sais ce qu'il pense de moi, le facteur. Enfin, le principal c'est d'avoir eu vos lettres avant la fin de l'école, mais c'est trop court pour répondre, alors voilà un fax, il paraît que ça va passer par le téléphone, ça m'étonnerait bien, mais je vais pas faire ma mauvaise tête, si on me le dit, c'est sûrement vrai.

 

Un grand merci pour vos journaux Ratatouille, même s'ils sont pas en couleurs, c'est bien pour un début.

à tous, Christian, Marco, Anselme, David, Kevin, Niagaté, sans oublier le petit Charles Baudelaire qui ne m'a pas répondu et Bernard, le maître d'école, je vous souhaite des bonnes vacances en espérant que vous serez en forme pour passer le prochain siècle.
 
Gros bisous de la vieille Ernestine,  pas si vieille que ça, et pas si Ernestine que ça non plus !
 
Ernestine Chassebœuf


Aussi côté cuisine

Le 30 mai an deux mille
 

à M. Philippe M. , route de la Saye à Mios


Cher Monsieur,

J'ai appris que les mâchefers c'était abandonné, vous devez être bien triste et vous devez plus savoir quoi écrire dans votre journal. Si vous voulez je peux vous écrire des poèmes pour remplir un peu. Faudrait trouver d'autres trucs pour râler, si vous avez pas d'idées, je vous en donnerai: comme supprimer l'autoroute A 10, ça va bien trop vite, c'est dangereux et il y a pas d'ombre. Avant sur la 10, quand on était dans les bouchons, des fois on restait une heure ou deux, mais au moins on était à l'ombre.
Depuis que vous avez passé ma lettre dans votre journal, je suis devenue un peu célèbre, alors si je peux vous donner un coup de main, c'est bien normal. On lit mes lettres à France Culture au Pot-au-Feu de Jean Lebrun. C'est pas une émission bien marrante, alors ça les amuse un peu. Ça fait une douzaine qu'ils me lisent, peut-être une lundi soir sur le Ministre Chevènement, si j'ai quelque chose à en dire, et si c'est pas trop méchant ça passera.

Je vous souhaite bien des choses et j'espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


P.S : Mon adresse est bonne, le facteur me connaît.


Le 4 juin de l'an deux mille
 

à M. Amary
 

Cher monsieur,

J'ai été bien longue à vous répondre et vous devez bien vous demander pourquoi j'écris à tous ces gens que je connais pas et pas à vous. Vous êtes pas le premier à penser ça, Jules Mougin c'est pareil. Lui il écrit des tas de lettres tous les jours mais seulement à des gens qu'il connaît.
Moi c'est à n'importe qui et c'est comme ça que j'ai écrit à France-Culture pour demander plus populaire, et ils m'ont dit vous avez qu'à le faire vous-même, et je me suis retrouvée embauchée pour râler et j'aime bien ça, mais pas quand j'ai écrit pour rien et que mes lettres passent pas. Et en plus y'a eu cette histoire de cent sous qui m'a pris du temps aussi, mais ça c'est pour le plaisir et j'espère que les lettres que je vous envoie vous trouveront de même.
Voilà les nouvelles, j'espère que vous allez bien, m'envoyez pas de rimes pour l'instant, il m'en reste de la dernière fois, j'ai pas tout utilisé pour faire le poème de brouette aux enfants de Montreuil, j'avais dit que je le ferai, ils m'ont pris au mot et voilà, je vous le recopie à vous aussi.

Je vous souhaite tout ce qu'on souhaite quand on est poli, à vous et à votre dame et à bientôt peut-être,

Ernestine Chassebœuf


Jeudi 25 juillet 2000

 

Madame Ernestine,

faudrait voir à arrêter de crâner à cause de votre noble vieillesse car, des dames comme vous, y'en a même en Savoie !
On est très contents d'avoir reçu vos poèmes. On aimerait en offrir "2" à des jardiniers de notre connaissance, des vrais de vrais. S.V. P. est-il possible de nous en mettre 2 de côté qu'on passerait prendre ?
Chantal P.

On aime jardiner petit, on aime aussi lire petit et votre ouvrage nous comble. On l'a même lu plusieurs fois alors qu'on a pas encore commencé celui de Monsieur B !
Rémi





Le 18 février 2001
 

à Mademoiselle Julie
 

Chère Julie,

J'ai bien reçu ta lettre, mais j'ai tardé à répondre à cause de la pluie. Je te donne des nouvelles de mes tomates : celles de la saison dernière elles sont arrachées et les prochaines, avec le temps qu'on a, c'est pas sûr qu'elles vont vouloir pousser, tant pis on achètera des boîtes. J'ai bien aimé ta poésie, je vais t'en faire une aussi :

Un, il mange du pain
Un, deux, avec des œufs
Un, deux, trois avec les doigts
Un, deux, trois, quatre, il aime la tarte,
 Qui c'est-y-donc ? Cousin Léon.
Tu m'excuseras, j'ai un peu copié sur toi, mais c'est ma première comptine, j'avais pas trop d'idées. Embrasse tes parents pour moi et amuses-toi bien,

Ernestine
 

Le 20 février 2002
 

à Monsieur Zylberstein du 10-18  
 

Monsieur,

Je ne suis pas contente après vous. Vous allez sans doute me faire fâcher avec Jules Mougin, mon voisin le poète. Il m’a prêté un livre de chez vous, c’est les lettres de Paul Léautaud, le tome 1. C’est parce qu’il sait que je suis un peu épistolière moi aussi, il m’a dit d’en prendre de la graine, que ça peut faire du bien à mon style, je me demande comment je dois prendre ça. Mais c’est pas pour parler des voisins que je vous écris, c’est à cause de la fabrication de votre livre. C’est imprimé trop serré, jusqu’au ras du pli, comment voulez-vous qu’on lise le milieu. Avec mon arthrose aux mains, j’ai pas assez de force pour l’écraser. J’ai essayé en appuyant avec les pieds, j’avais mis un journal pour pas salir, mais quand j’ai regardé, il était à moitié cassé en deux. Quand vous saurez que Jules est assez maniaque avec ses livres, vous comprendrez que je suis bien embarrassée pour le rendre surtout que je l’ai un peu réparé avec de la colle à bois, mais maintenant on peut plus l’ouvrir du tout, et c’est dommage. Alors faudrait nous faire des livres de poche comme les premiers que j’ai achetés en 1953. C’était Pierre Benoit, on les achetait au bureau de tabac, c’était pas serré comme les vôtres, même maintenant je peux les relire sans lunettes.. Alors prenez-en de la graine vous aussi, faites nous des livres plus larges, 12 de large au moins, mais moins de 14, sinon ça ferait 14-18 et ça confuserait, à cause de la guerre.
Pensez à tout ça, c’est important pour la culture et j’espère que ma lettre vous trouvera de même,
 
Ernestine Chassebœuf


Coutures, le 3 juin 2002

 

à Louis Bozon au jeu des mille euros
 

Monsieur Bozon,

Je vous envoie plus de questions puisque vous les passez jamais, mais tant pis, je sais bien qu’elle sont trop dures, c’est juste pour faire perdre les candidats et arrondir un peu les fins de mois. Avec la retraite des vieux c’est trop juste.
 Si je vous écris aujourd’hui c’est pour vous dire que je vous ai entendu parler du barde du Cantal, Arsène Vermenouze. Mais faudrait aussi parler des bardes des autres fromages, les poètes du camembert ou du livarot. Moi par exemple, j’ai écrit un poème pour le Chaussée-aux-Moines, c’est un fromage que j’aime pas trop mais je voulais les remercier pour une carafe que j’avais gagnée : je vous envoie mon poème, comme ça si vous voulez parler de fromage au poste, vous aurez de quoi lire.
Bon courage pour vos voyages en France, j’espère que c’est pas trop fatigant et j’espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf

 

Odelette au fromage
 
J’aurai pu encenser le Caprice de mes dieux
Le Pont-l’Evêque normand, le Maroilles du Curé,
Le Crottin des Nonnettes, la Fourme de l’Abbé,
Tout le clergé en fait depuis Vatican Deux.
C’eût été très facile de trouver qui louer,
Parmi tous ces fromages, trois cent soixante cinq
Dit-on qu’il y en a, sans compter le Mézenc
les années bissextiles,
Et le fromage de bique de Saint-Loup-sur-le-Thouet.
Mais ma muse m’a dit, ne gaspille pas tes vers
A vanter des fromages qui en sont déjà pleins,
J’en connais me dit-elle, un qui vient de l’enfer,
Il a un sacré goût, tartiné sur du pain.
 Inventé à Craon,
Un gros bourg de Mayenne,
Bien avant Mac-Mahon ,
(c’est de l’histoire ancienne),
Sa pâte est onctueuse, elle a le goût du beurre,
Sa croûte douce et blonde est couleur de l’avoine,
Sa fragrance est légère, et rappelle à son heure,
L’odeur de la sandale qu’on a chaussée au moine.
 

Ernestine Chassebœuf


Coutures le 23 juillet 2003
 

Madame,

Je viens de relire vos lettres de 1999. Depuis il a coulé de l'eau sous les ponts ! Votre brouette, orpheline de rimes m'a fait peine. Feu Monsieur Chassebœuf binait ses parterres de pieds d'alouette avec une serfouette pendant que la couette, mouette d'antan, le râle marouette, l'alouette et la chouette contaient à la girouette les histoires de St Hilaire de Harcouët.
Avez-vous oublié l'agréable Pouëtt !... Pouëtt !... de votre Citroën qui dérangeait les fouette-queue
* qui se doraient au soleil sur les bords du Thouet ? Il y a bien longtemps que vous ne coiffez plus vos cheveux en couettes et que vous avez serré vos jolis rubans, barrettes... dans une bouette bien au chaud sous votre couette. Cette petite couette (oreiller de plumes) bien utile pour couver les œufs de poules de Barbarie !
Fouette cocher ! je vais vous quitter sur une pirouette: Est-ce que les nuits de pleine lune, il ne vous arrive pas d'en griller une, faite de feuilles séchées de vos magnifiques Belles de Fontenay ? La douceur angevine peut vous jouer de mauvais tours, attention aux expériences malheureuses pour votre santé, vu votre grand âge.

Amicalement

Mme T.

* lézard de grande taille


Le 28 juillet 2003


à Mme T. 
 

Chère madame,
 
J’ai bien reçu votre lettre avec la montgolfière de Brissac sur l’enveloppe, et je vous en remercie. Vous avez bien travaillé pour me trouver toutes ces rimes à brouette, mais depuis 99 on m’en a offert un plein dictionnaire et avec ça c’est bien plus facile, surtout pour les églogues et les épopées qui prennent beaucoup de temps, vu le nombre de personnages. Je n’en ai pas encore écrit, mais j’y pense pour cet hiver, quand le jardin me laissera un peu de temps. Quand vous serez à la retraite vous pourrez vous mettre à la poésie, ça a l’air de vous venir assez facilement à vous aussi. J’ai vu qu’au tabac de Coutures ils ont vendu pas mal d’exemplaires de mes lettres mais je ne savais pas que c’était vous qui les aviez achetés, du moins en partie. Vous n’avez peut-être pas le petit glossaire de patois, je vous l’offre en tant que fidèle cliente, vous aurez même pas la peine de remplir un bon comme aux Trois suisses ou à la Redoute, en plus leurs cadeaux c’est de la camelote. Merci encore de votre fidélité, je vous laisse pour aller cueillir les haricots verts et j’espère que cette lettre vous trouvera de même puisque c’est la saison,

Ernestine Chassebœuf


Participations d'Ernestine aux cahiers thématiques de la revue poétique Florilège

Un coup trop court
Pas facile à ajuster
Et maintenant celui-là trop long
Un deux trois quatre cinq
Un deux trois quatre cinq six
Zut, encore raté
Un deux trois quatre cinq
Un deux trois quatre cinq six sept
C’est court l’haïku
Avec tous mes pieds
je vaux beaucoup d'haïkus
disait le mille-pattes
Florilège 118
Cahier thématique:
Haïkus drolatiques
Le haïku classique est un poème de 3 vers de 5,7 et 5 syllabes
Un vers de cinq pieds
Au deuxième deux de plus
C’est trop court pour moi

MIRAGE URBAIN

Elle a dans sa valise ses habits du dimanche
Deux pulls, deux corsages plus le blanc au grand col,
Trois culottes, deux soutifs et un paltot sans manches
Pour aller-z-à la ville, elle prend le prochain vol.

Elle en a plein les bottes d'habiter la campagne
De s'exercer sans fin à conduire des brouettes
Elle rêve d'une ville où l'on ne vit qu'en pagne,
Là où le ciel est bleu et où la vie est chouette.

Arracher le chiendent, c'est un boulot trop rude
A la ville il paraît qu'il pleut des billets dmille,
En un instant c'est sûr, grâce à la turpitude
Tu s'ras riche sans courir, qu'il lui a dit Emile.

 

Ernestine   Chasseboeuf

Florilège 110
Cahier thématique: les dix mots de Queneau à placer dans l'ordre
 


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Ernestine écrit partout Vol. 3, pages100 et 104

à M. Franz Bartelt

On m’a offert votre terrine Rimbaud à cause de mon goût pour la poésie charcutière, après j’ai commandé le roman policier. C’est des livres que j’ai dévorés. La terrine finit un peu en eau de boudin à mon goût, on voudrait que ça dure plus longtemps. Mais si la corde casse Merdouilla pourra être sauvé dans un deuxième volume. Heureusement que vous avez mis ses poèmes à la fin, ça permet de combler le manque, comme je vous ai écrit plus haut, c’est un vrai deuil pour nous lecteurs.
Le policier je l’ai relu deux fois. La première fois je m’étais doutée que le bossu y était pour quelque chose, à cause du titre qui lui donne de l’importance alors qu’on le voit jamais.(...)

(...)Depuis mon dernier courrier j’ai lu les bottes rouges, trouvées au vide-grenier pour un euro 80 centimes et un ami m’a offert Charges comprises pour mes étrennes. Très bien tous les deux. Le héros de Charges comprises est bien vu, j’ai reconnu certains côtés de Chassebœuf qu’était pas un mauvais homme mais pas trop fin quand il avait bu, surtout les derniers temps.
Ça me fait plaisir que vous aimiez mes alexandrins mais c’est un hasard si c’en est, j’essaie que ça tombe juste mais tant pis si c’est 12, 13 ou 14, j’ai pas de préférence. Mais c’est vrai que ça tombe souvent sur 12 à cause des anciennes mesures françaises d’avant la révolution. Ils ont jamais vraiment pu imposer le système décimal en poésie à cause des vieux poètes qui sont réactionnaires et aussi des jeunes qui se veulent désobéissants par principe. C’est vrai que des strophes de 10 vers de 10 pieds ça ferait plus carré mais c’est pas forcément ce qu’on cherche, vous croyez pas ?
Deux des vers que vous citez sont dans le spectacle qu’ils ont fait avec mes lettres, mais de les comparer à Victor Hugo, ça me flatte trop. C’est vrai que de l’Hugo j’en connais pas mal et ça peut déteindre un peu ici ou là. Enfin, les vrais poètes meurent jeunes comme vous dites mais comme je n’ai commencé qu’à 89 ans, je n’ai que 4 ans d’ancienneté comme poétesse et ça me laisse encore un peu de temps, sauf ma longévité qui va pas suivre forcément.(...)

Le 12 mai 2004
 

Chère madame,

Je vous remercie pour vos deux lettres, c’est bien gentil de votre part. Il y a longtemps que j’ai reçu la première mais je n’avais pas répondu à cause des rimes. C’est pas facile de faire une poésie avec tout ça. C’est en chantier, si je trouve quelque chose je vous l’écrirai mais pour l’instant j’ai le jardin qui me prend beaucoup de temps surtout avec mes jambes dans cet état comme vous verrez dans le volume 2 qui vient de sortir.
Je vous joins mon petit dictionnaire de patois, comme ça si vous venez me voir on pourra se comprendre plus facilement.
Merci encore pour vos deux lettres et que la mienne vous trouve de même,

Ernestine Chassebœuf

Le neveu me dit que l’adresse qu’il m’a fait c’est chassebœuf arobasque ouanadou point èfère. Comprend qui peut.


Clic !     

 

De Franz Bartelt
 

(...)En dehors d'un goût avoué pour la cochonnaille, j'ai noté que nous avons un grand nombre de points communs. Entre le jeu des Mille Francs et Les deux Orphelines, les biscuits Lu (la fameuse barquette est une invention ardennaise, fabriquée à Charleville - ville de Rimbaud - en hommage modeste au Bateau ivre), les pommes de terre de Jean Bernard Pouy et les marées poétiques de Raoul de Godewarsvelde. Évidemment, aussi et principalement, la passion des alexandrins (j'allais dire le « vice », mais à partir d'un certain âge, on n'a plus que les moyens de la passion). Les vôtres sont d'une qualité idéale, et je les range tout de suite dans ma collection : « La seule au garde-à-vous sera la bistouquette », « On vous regrettera, beaux dépotoirs d'antan ! », « Si ça n'a pas traîné, c est bien grâce aux Trois Suisses », « Mais ma muse m'a dit, ne gaspille pas tes vers ». Dans leur contexte, ils sont déjà très bien. Mais isolés comme des dieux, ils deviennent sublimes, et il m'a suffi de les lire une fois pour les aimer. Quand je les aurai appris par cœur, j'en ferai un objet de vénération, à égalité avec les d'Hugo. De tout cela, je déduis que nous sommes à peu près de la même famille.(...)


Le 13 mai 2004


Cher Thibaut,

Merci beaucoup pour ta lettre et ton poème. J’ai été longue à répondre, à cause de mon nouveau recueil de lettres qui vient de sortir. Il y a moins de poèmes dedans, je me suis un peu arrêtée d’en écrire mais je vais m’y remettre, peut-être des chansons aussi. Ton poème des patineurs est très bien. Moi j’aime pas trop le sport et les patineurs ça m’intéresse pas. De les voir sur leur glace ça me donne le tournis et après on leur met les notes comme à l’école, non décidément j’aime pas ça, c’est pas pour te décourager.
Il y a une dame qui m’a envoyé des rimes mais je suis pas inspirée, tu veux pas finir le poème à ma place ?
C’est avec carambar, pilier de bar, minicomtesse, kermesse, troglodyte, hermaphrodite, dentier, parmentier, mots croisés, billevesées, bicarbonate d’ammonium, harmonium, carillon, durillon, dépotoir, Maine-et-Loire, Cuissardes, Cossarde, Ouatères, Camembert
C’est pas facile !
Je t’envoie un petit livre de patois, et je t’embrasse, bonne fin d’année et que ma lettre te trouve de même,

Ernestine Chassebœuf


St Barthélemy d'Anjou, le 1 novembre 2004, jour de la fête des chrysanthèmes
 

Chère Ernestine

Si je me permets d'être familier avec vous, excusez-moi, mais n'êtes-vous pas la grand-mère que nous possédons tous au plus profond de notre cœur ! Qui plus est, une " vieille dame indigne " et courageuse, qui ne baisse pas les bras en face de notre société si peu sage. Une grand-mère de rêve en quelque sorte !
Vous avez les yeux ouverts, j'espère que la cataracte n'entamera jamais leur activité. Une de mes amies l'année dernière, après que je lui aie fait découvrir " votre premier tome ", avait le souhait d'envoyer un courrier à une administration un peu obtuse, à la manière " Ernestine " ! Vous faites des émules, vous aurez bientôt des disciples peut-être. Une petite chose négative cependant, votre poésie, j'ai du mal avec ! Je dois vous avouer qu'il m'est arrivé de sauter les pages ! je ne devrais pas vous l'écrire, je sais. J'espère ne pas trop vous faire de peine parce que je devine l'importance que vous accordez à vos rimes !
Voilà Ernestine, merci pour le plaisir que vous apportez. Votre bon sens et votre impertinence nous font du bien !
Je vous embrasse

Jean-François

PS : Merci pour la dédicace, vous ne pouvez imaginer la joie que j'ai ressentie. J'étais comme un enfant et croyez-moi, si la joie est proportionnelle à l'âge, ce fut un grand bonheur.


Le 29 novembre 2004


à Monsieur M. Jean-François
 

Cher Monsieur ,

J’ai mis du temps à répondre à cause des lapins et du temps clément qui a fait que j’étais au jardin à ranger tout ça.
Je vous remercie de votre lettre même si vous n’aimez pas mes poésies. C’est parce que vous n’avez les pas entendues en musique comme dans le spectacle qu’ils ont fait avec la compagnie Métis. Même moi j’ai trouvé ça bien et pourtant je suis assez difficile, surtout en poésie. Je suis contente de voir que la poésie charcutière se répand en ce moment, il y en a même dans un livre qui s’appelle, Terrine Rimbaud d’un certain Bartelt, c’est un livre que j’aurais bien aimé écrire, tant mieux que quelqu’un l’ait écrit à ma place, ça me gagne du temps pour faire autre chose. Il y a aussi une Série noire qui s’appelle Le jardin du bossu que j’aime beaucoup aussi.
Je suis content que ma dédicace vous ait fait plaisir surtout que la dame est venue exprès de Doué La Fontaine pour me faire signer, si ça vous avait déplu que je gribouille sur votre livre ça aurait été dommage et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Le 19 juillet 2004

à Thibaut C.

 

Cher Thibaut,

Merci de ta lettre du mois de juin. Tu vois moi non plus je ne suis pas très rapide. C’est la faute au jardin qui prend du temps et l’été je me mets moins facilement devant ma table que l’hiver.
Pour le sport je persiste. C’est bien de faire de l’éducation physique pour être en bonne santé mais le sport professionnel c’est une plaie de notre société. Ça encourage la compétition plutôt que la coopération, ça ne sert qu’à faire vendre des produits, chaussures ou vêtements. Tous les abus sont possibles, il y a même du dopage dans les petites équipes cyclistes de campagne, c’est un médecin qui me l’a dit. Donc méfie-toi, ne pas abuser du sport c’est une recette de longue vie. Je n’ai jamais fait de sport et je suis encore là alors que j’ai connu plusieurs professeurs de sport dans mes neveux qui on fait des crises cardiaques avant 50 ans et même un qui est mort encore plus jeune.
Tant pis pour mes rimes, je vais me les garder. Contrairement à toi, d’habitude ça me stimule l’imagination quand on me donne des rimes ou des mots à utiliser. Pour faire un recueil de poèmes je te conseille d’attendre d’avoir un style vraiment personnel quand tu en auras écrit plusieurs centaines. Il faut aussi varier la suite des rimes, ne pas toujours les faire 2 par deux à la suite, ou même pas de rime du tout, lire beaucoup de poésies des autres, voilà mes conseils mais tu feras bien comme tu voudras.

Je te souhaite des bonnes vacances, moi ça va et j’espère que ma lettre vous trouvera de même

Ernestine Chassebœuf


 



Le 2 décembre 2004

à Monsieur Ragot, La Teste de Buch en Gironde
 

Cher Monsieur,

J’ai été très touchée que vous ayez lu mes livres de lettres mais c’est moi qui avais commencé à lire les vôtres quand j’étais plus jeune. Mes neveux de Gironde m’avaient fait lire des livres de vous qui prouvent que les grandes dunes ont envahi des villages et aussi un livre qui parle d’un boulanger de Salles qui faisait des voyages en échasses. J’ai essayé mais je ne tiens pas dessus et crainte de col du fémur j’ai pas insisté.
Votre poème d’anniversaire n’est pas très gai, vous devriez mettre de la musique, ça fait passer.
Il y a des jeunes qui l’ont fait avec des poèmes à moi, c’est bien. Je vous envoie la publicité pour le spectacle, si vous voulez le faire venir, ils se déplacent, mais il faut une salle et des spectateurs, c’est assez compliqué à organiser.

Voilà, ici tout va bien, la santé se maintient, les feuilles ont presque fini de tomber et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf

Mes amitiés à votre fils et à tous les Sallois de votre connaissance.


  Clic !

Le 25 janvier 2005

à Marie B. à Gennes
 

Chère Marie,

J’ai reçu ta lettre ce matin. J’ai cru que c’était une blague à cause de l’adresse des 3 lapins. Je reçois des tas de courriers de gens qui mettent des faux noms, je me demande bien pourquoi. J’ai des Hélène Demouton et des Mathurine Dubidet etc. Si ça les amuse je veux bien. En lisant j’ai bien vu que ta lettre était vraie puisque tu connais des gens dans le coin. Merci de ton admiration, je suis flattée que mes lettres plaisent autant aux jeunes. Il parait même qu’on en lit dans les écoles alors que je n’ai que mon certificat d’études. La Chesnaie je vois à peu près où c’est, et des Belin il y en a aussi qui vendent du vin pas loin d’ici, mais les gens disent Blin, sans e. Le docteur Bourgeon est très bien, j’ai un peu changé son nom pour pas le vexer, je ne sais pas s’il a lu les livres, je n’ai jamais osé lui en parler. Pour ta question je n’ai pas l’adresse de ce Monsieur Chabrol, je pense que si Chassebœuf à Coutures ça arrive, tu peux essayer Chabrol à Pornic, le facteur doit être au courant.
Pour ton groupe Lutèce c’est d’accord pour mettre un poème en musique. Il y a des poèmes en musique dans le spectacle des Mêtis, et même en rap, je ne sais pas si tu l’as vu.
C’est bien d’être révolté quand on a ton âge, mais surtout faut continuer et pas se laisser manger par les... ( ici : un gros mot, on a l’embarras du choix). D’accord donc pour la chanson, et si ça plait à tes copains faudra me dire si vous en voulez d’autres et me donner des sujets, ça me stimulera et j’espère que cette lettre te trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Le 17 février 2005


à Monsieur  Ragot


Cher Monsieur,

J’ai bien reçu votre lettre il y a un moment mais j’ai été un peu mal foutue et j’avais plus le courage de prendre ma plume. J’ai lu vos poèmes, je vois que vous avez plein d’humour et que ne vous laissez pas démonter par la vieillite, comme dit mon ami Jules. Pour le théâtre, toutes les dates sont sur la petite carte sauf 2 supplémentaires que j’ai ajoutées. Le mieux c’est d’aller à Angers mais il faudrait demander des invitations rapidement, le numéro est entouré, il y a aussi le numéro du petit téléphone, ça commence par 06.
Merci de tous vos envois, je vous laisse, j’ai l’eau qui bout pour la tisane et j’espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Le 14 décembre 2005

à Clémence Chombière, à Angers
 

Ma chère Clémence,

J’ai bien reçu ton chapelet vu que mon courrier suit. Je reste bien cachée pour l’instant parce qu’on a monté un coup avec l’éditeur pour faire croire que je suis disparue, surtout le dis à personne. Faut au moins que je reste cachée jusqu’à la mi-janvier parce que j’ai pas envie de voir la journaliste de la Vie catholique qui s’est annoncée. Elle veut faire deux pages sur moi et je crois que ça sera plus intéressant si je suis disparue que si on me met dans le journal avec ton chapelet entre les mains. Ton chapelet je m’en sers juste pour compter les pieds de mes alexandrins, j’ai fait une marque toutes les douze perles. Ça marche bien, je te le conseille.
Si tu vas à l’équateur n’oublie pas de faire tes vaccins et reste bien sage parce qu’il y a beaucoup de sida là-bas, faut se méfier, les hommes sont bien beaux et c’est facile de se laisser aller même à nos âges. Je transmets les bises à tout le monde je t’en fais à toi aussi beaucoup je t’envoie tous mes vœux pour 2006 et j’espère que ma lettre te trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Le 14 décembre 2005

à  Madame T.
 

Chère Madame,

Un grand merci pour votre lettre. C’est vrai qu’on parle un peu de moi à cause de toutes mes lettres, mais faut pas exagérer, on parle encore aussi des artichauts et du vin, je ne suis pas la seule spécialité régionale. Ben dites donc, si vous faites visiter aussi souvent mon quartier faudra que je demande que la mairie vous paie un peu comme guide, ça serait normal.
Oui, j’ai décidé de disparaître. Ne dites à personne que je vous ai écrit parce qu’en principe j’ai disparu depuis septembre déjà et ça paraîtrait bizarre.
Pour les églogues et les épopées je ne m’y suis pas encore mise, et pourtant ma vieille amie Clémence m’a envoyé un chapelet, j’ai fait un nœud tous les douze grains pour compter les alexandrins, ça m’aide.
Et vous de votre côté, avez-vous quelques poésies en route ? Après ma disparition il y a un créneau à prendre à Coutures, je vous souhaite donc une année 2006 pleine de vers et de rimes riches et j’espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Devoir pour Ernestine...
                                                   qui s'y colle...



Je soumets depuis ce matin à mes élèves de sixième un petit projet de sonnet, Malherbien "à donf", avec rimes classiques : ABBA, ABBA, CCD, EDE.
 

Contrainte

 5 rimes imposées: Noël, chocolat, cadeaux, réveillon, Nouvel An, distribuables dans n'importe quel ordre ABCDE, au choix...
 

 

 

 

Et si vous vous y colliez, vous aussi ?

 

Une année de plus

Voilà la Saint-Sylvestre huit jours après Noël,
Bien serrée près du feu, il ne fait chaud que là,
Je réveillonne seule d’un bol de chocolat
J’aime bien ma cheminée, et surtout quand ça pèle.

Ils m’ont laissée toute seule, même le petit Joël.
Sont tous partis danser au son du pianola
J’ai bien peur qu’au retour ils trouvent du verglas,
Surtout que vers dix heures il tombait de la grêle.

Quand minuit sonnera j’ouvrirai mes cadeaux:
Confiseries, rillettes, bouteille de bordeaux
C’est le même menu à chaque réveillon.

Je redoute de voir venir le nouvel an,
Je le ferai passer d’un bon coup de Layon
J’aime bien la réglisse mais pas le poids des ans.
 

Ernestine Chassebœuf


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