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Les fanes
 

Ernestine écrit partout Vol. 2, pages 7 et 8
(...)La première lettre d’admirateur que j’ai reçue c’était de la part de mon cher Maurice, il se reconnaîtra vu qu’il habite Godewaersvelde. C’est quand mon poème de métro a paru dans le Télérama*qu’il m’a écrit, il m’appelait encore mademoiselle, croyant que j’étais jeune fille.(...)


(...)Sans rien savoir de vous, je vous appelle mademoiselle. Seul un cœur virginal peut avoir couché par écrit l’exquise poésie que le métro a dédaignée et que Télérama a bien voulu porter à la connaissance de ses lecteurs dont vous êtes, et dont je suis. Merveilleuse coïncidence...
Non, mademoiselle, votre œuvre n’est pas perdue. Arthur Rimbaud, que vous avez lu de près, n’aurait pas fait mieux, même en s’appliquant. Je vous ai tant lue et relue que je vous sais par cœur. Je le jure. Encore bravo.
Maurice


 J’ai été très flattée et j’ai répondu aussitôt.(...)
 


Le 15 novembre 1999


à Monsieur Maurice D. à Godewaersvelde
 

Cher Monsieur,

Vous savez à mon âge ça me fait chaud au cœur de savoir qu’on peut encore avoir des admirateurs. Je ne suis pas la Mademoiselle que vous croyez puisque je suis deux fois veuve mais je ne regrette rien. Pour Télérama je ne suis pas non plus une fidèle lectrice puisque j’ai pas la télé, mais mes voisins me le passent quand ils en ont plus besoin pour les programmes. En échange je leur donne des magazines gratuits qu’on reçoit par la poste, je suis sûre qu’il les reçoivent pas parce qu’ils l’ont demandé sur leur boîte aux lettres.
Je suis bien contente de voir que vous me comparez à Rimbaud, j’ai un livre de lui, mais je pense que Jean Richepin et Emile Verhaeren étaient bien meilleurs. Ce qui me fait bien plaisir aussi, c’est de savoir que vous habitez à Godewaersvelde, parce que j’aime beaucoup les poésies de Raoul, c’est dommage qu’il soit mort trop tôt, j’aurai bien aimé parler de chanson avec lui. Je me suis promis d’aller voir son pays avant de mourir, aussi je vous recopie la lettre que j’ai envoyée aux chemins de fer au mois de septembre ( vol.1 p.134). Je vous envoie aussi un petit recueil qu’une amie m’a fait à la photocopie. Belin a pas voulu en faire un recueil de récitations comme j’avais à l’école. Je leur ai écrit mais rien à faire, ils m’ont dit qu’ils n’éditaient plus que des gâteaux secs.
Je vous remercie pour vos encouragements, et j’espère que cette missive vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf
 

 

 

J’ai retrouvé une petite photo d’avant-guerre. J’en ai des plus récentes mais sur celles de maintenant, je suis trop vieille. J’ai fait une croix au-dessus de ma tête pour être plus sûre.

 


Ernestine Ecrit partout Vol. 3, page 66
(...)Je dois vous avouer que quand j’ai reçu la première lettre de Maurice, j’ai osé espéré que son cœur était libre, nous étions tellement sur la même longueur d’onde qu’une idylle aurait pu naître si mes glandes avaient encore fonctionné correctement. Malheureusement il était pris, nos destins n’ont pas pu se croiser, et c’est tant mieux pour vous et moi. Pour vous qui avez pu garder votre Maurice , et pour moi qui ai fait depuis la connaissance de Robert Hubbourdin le fameux constructeur de brouettes qui n’est pas insensible à mes charmes épistolaires, bien qu’il soit actuellement pris dans les liens du mariage, lui aussi.(...)

Le 20 juin an deux mille


à M. Maurice D. de Godewaersvelde



Cher Monsieur,

Je ne sais pas pourquoi vous répondriez à mon Honorée du 19 avril, parce que d'abord, j'ai pas de fille qui s'appelle comme ça qui serait née en avril, et en deuxième, puisque que c'est moi qui vous écris pourquoi vous répondriez à quelqu'un d'autre, c'est sûrement une entourloupe pour embobiner les vieux et leur prendre les sous de la rente. Si vous étiez complices avec Jean Lebrun, ça doit faire longtemps, parce que je l'entends à la radio depuis des années, donc il doit avoir quitté la prison depuis longtemps. De toutes façons ceux qui sont sortis ils ont payé leur dette à la société, et faut plus en parler, donc restez honnête maintenant, préparez du veau à vos nièces, et tout ira bien.
Cathy L. , je l'avais vue dans le Télérama, quand Monsieur Izzo est mort avant de signer la pétition pour qu'on nous fasse payer 5 francs par livre au bibliobus.
Ils sont 280 à avoir signé, et même certains on y croit pas, j'ai commencé à leur répondre, mais avec mon arthrose aux mains, ça va pas vite, et en plus j'ai pas beaucoup de réponses, ça décourage, pourtant j'avais aussi écrit à Jean Lebrun et à la Ministre. Je vous envoie quelques lettres, vous me donnerez vous aussi votre avis sur la question.
Je vous laisse, je voudrais en écrire encore une douzaine aujourd'hui avant qu'ils partent tous à Saint-Tropez ou à la paillote à Francis, ça vient d'ouvrir, c'était bien la peine d'en faire tout un foin. En plus faut que j'écrive à Jean Lebrun, quand j'y pense pas, il me réclame au poste et j'espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Le 26 novembre an deux mille


à M. D. au Mont des Cats à Godewaersvelde


Cher Monsieur,

J'ai bien reçu votre courrier et surtout la photo de la maison de mes voisins, c'est dommage que vous ayez pas poussé jusque chez moi, c'est pas loin, si vous étiez passé derrière la maison, vous auriez vu la cheminée au milieu du pré vu que c'est troglodyte, si la fumée sort, c'est que je suis là. J'espère que vous êtes pas venu exprès, remarquez la photo ça prouve juste que c'est quelqu'un du 59 qui est venu, ça prouve pas forcément que c'est vous, mais comment vous auriez eu la photo, sinon, faudrait des complices, donc c'est sûrement vous, je suis bien obligé d'y croire. Je sais pas comment vous avez pu trouver , vu que j'ai fait le mot à tous les voisins de pas dire où j'habite. Au cas où le livre de la brouette passerait à Pivot faudrait pas que les actualités viennent me filmer avant que j'aille me faire coiffer chez Patricia. Depuis que j'ai eu votre courrier j'ai pas beaucoup dormi la nuit à cause des importantes révélations que vous annoncez, je crains le pire. Je me demande bien ce que ça peut être, c'est pas un prix Goncourt, c'est passé, peut-être que vous avez un pseudonyme pour écrire et c'est vous Thierry Jonquet, ou Michel del Castillo. Autrement je vois pas, mais j'attends avec impatience, des fois on craint le pire et c'est le meilleur qui arrive, c'est tout le plaisir que je nous souhaite et j'espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


(...)Pour le penchant violent qui vous attire vers moi, vaudrait peut-être mieux que vous vous fassiez pas des idées, pour l'instant je reste fidèle à mes deux maris, surtout le dernier.(...)

Le 2 décembre an deux mille et deux


à M. T.
 

Cher monsieur,

On m’a montré votre message sur l’internet, j’ai bien aimé votre texte pour les cassettes gratuites, ça m’a fait penser à ma bagarre pour les bibliothèques. Ça fait plaisir de savoir qu’on est pas tout seul, surtout quand le résultat est pas terrible.
Aujourd’hui ils sont tous à enterrer Alexandre Dumas au Panthéon avec leurs grands discours, mais c’est sûr que s’il était là il serait de notre côté et qu’il les enverrait paître.
A propos de paître, je suis content de savoir que vous avez une Blanchette, j’en ai eu une aussi autrefois, mais c’était une petite génisse, il lui manquait que la parole, malheureusement les hasards de la vie ont fait qu’on s’est perdues de vue, et c’est bien dommage, surtout pour elle qui a disparu tragiquement.
Voilà, j’envoie aussi un dictionnaire à votre ami D., en attendant un manuel de correspondance qu’on m’a demandé et que je commence à arranger avec des vieilles lettres que j’ai envoyées autrefois. C’est pour le printemps prochain.
Connaissez-vous Robert Hubbourdin, des brouettes du même nom, il arrête pas de me répondre quand je lui écris, ça me parait bizarre, je sais pas si je dois avoir confiance.

En attendant, je vous envoie bien le bonjour,

Ernestine Chassebœuf


 

Chère Ernestine,

 

Voilà enfin de vos nouvelles ! Vous ne vous êtes pas mise au " courriel ", vous restez fidèle au bon vieux papier-enveloppe-timbre poste !

Et surtout je découvre une poétesse.... angevine que nous devons inviter dans une des soirées de poésie de la bibliothèque municipale, un de ces soirs !

Au plaisir de vous voir, vous entendre, et surtout vous lire en grande fane.

Votre fidèle...


Mail de Francis Mizio le 9/6/03 adressé au voisin-secrétaire d' Ernestine

Mille mercis à Ernestine

Bonjour,
Vous qui connaissez bien Ernestine, remerciez-là. Grâce à elle j’ai pleuré de rire toute la matinée, et je n’exagère pas. Et croyez-moi, on ne me fait pas rire comme ça. Les trois-quarts du temps quand les critiques disent que c’est hilarant, j’hausse à peine un sourcil.
Ma compagne aussi a beaucoup ri et ça par contre, ça me contrarie car normalement il n’y a que moi qui y arrive. Mais bon Ernestine est une vieille dame, alors je me dis que je n’ai rien à craindre.
Bilan : je vais faire une pub à tout péter à Ernestine sur mon site et aussi sur Néobrouettes.(...)

Recto-Verso


Le 20 juin an deux mille et trois

à M. Maurice D.

 

Cher Maurice,


Vous allez me trouver bien impolie de vous avoir laissé aussi longtemps sans nouvelles, mais j’ai eu beaucoup de travail sans compter les grèves où il fallait aller pour défendre les bibliothèques, les retraites, les écoles, la sécurité sociale et le reste, tout ça c’est la même histoire. Enfin bon, comme j’ai un peu plus de temps et puisque les facteurs se sont remis au boulot la queue basse, je peux vous envoyer ce petit livre. C’est des vieilles lettres que j’ai écrites avant l’histoire des bibliothèques, on me les a demandées, heureusement je garde toujours les brouillons.
J’espère que ça vous plaira, demain je reçois une journaliste de la Nouvelle République, je ne sais pas bien ce qu’elle va me demander, j’espère que je vais savoir répondre. Et bientôt on m’annonce que ça va être la télé, je me suis commandée une mise en plis chez Patricia. Si vous avez des amis journalistes qui pourraient en parler, vous pouvez me donner leurs adresses, l’éditeur leur enverra un livre s’il a pas tout vendu d’ici là. A Coutures il fait très chaud, il faut arroser tous les jours sinon les salades vont monter sans compter les doryphores dans les patates.
L’autre jour j’ai entendu Raoul et ça m’a fait penser à vous, à Cathy, à Elsa, je vous envoie mon meilleur souvenir à tous et à votre dame aussi et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Le 18 juillet an deux mille et trois


à Madame Véronique B. à Bruxelles



Chère Madame,

Monsieur Guichard du Matricule des Anges m’a fait une copie de votre lettre. Ça m’a fait du bien de savoir que quelqu’un me lit aussi loin, parce que ceux à qui j’envoie les lettres me répondent pas souvent. Il y en a même qui croient à une blague, d’après ce qu’on m’a répété. Je suis bien contente de vous avoir fait rire, même moi quelquefois quand je relis mes brouillons je me demande bien où je vais chercher tout ça. Je me demandais justement si ça pouvait faire rire les Belges et les Suisses, puisqu’on en vend même là-bas. Vous l’avez trouvé facilement à Bruxelles?
Pour l’adresse sur l’Internet j’y suis pour rien, je ne connais rien à ces affaires de pornographie, je me demande même pourquoi les gens regardent les autres faire sur un écran des choses qui sont si agréables à pratiquer soi-même, quand on a l’âge bien sûr, et aussi les compétences pour.

Merci beaucoup pour votre lettre et à bientôt peut-être,

Ernestine Chassebœuf

P.S. : Zeecrabbe, c’est la mer des crabes ? Ici dans les troglodytes c’est la mer des faluns, on trouve toutes sortes de coquilles et même des dents de requins préhistoriques.


Le 30 juillet 2003


à Mme C., à la feuille de Villeneuve sur Lot


Chère madame,


C’est Maurice D., le président autoproclamé de mon fan-club qui m’a donné votre adresse. Il paraît que vous avez parlé de moi dans votre journal et justement je commence une collection sur ce sujet. Ça m’intéresse plus que les boîtes de camembert, pourtant j’en ai quelques-unes qui m’ont été envoyées par le facteur Mougin. Il les décore, il met juste un timbre et une adresse dessus, et il les envoie comme ça. Il appelle ça de l’art postal.
Si vous pouvez m’envoyer votre journal, je vous enverrai des timbres pour le règlement. J’ai déjà eu un article dans la lettre à Lulu, un petit journal de Nantes, dans la Nouvelle République que pas grand monde ne lit par ici, et aujourd’hui dans Télérama. Je pensais pourtant que je ne passerai dans le journal que pour mon avis d’obsèques, si ça  m’amène encore des visites, je vais me ruiner en mises en plis.

Ici tout va bien, pas d’incendies, juste une tornade il y a une quinzaine, pas trop grave, un mort seulement mais mes tuteurs à tomate ont tenu le coup.

J’attends votre envoi avec impatience et j’espère que ma lettre vous trouvera de même.

Ernestine Chassebœuf


 

Ernestine a utilisé le timbre...








 

 

Représentait-il un fromage comme le laisserait supposer le court message d'Anaïs ?
 


Le 13 août an deux mille et trois


à Mlle Anaïs D.
 

Chère Anaïs,

Puisque j’ai eu un timbre rapide pour la réponse je l’utilise tout de suite, mais je me demande bien quoi te répondre vu que ta lettre ne dit pas grand chose. Tu ne me dis rien de toi, je suis obligée de deviner : à mon avis tu as dans les 17-19 ans maximum, tu es sportive. Je te vois dans les arbres ou en hauteur, sauteuse en hauteur peut-être. C’est juste une idée comme ça, parce que je ne crois pas plus aux graphologues qu’aux homéopathes ou aux voyantes extra-lucides.
Je me suis permise de te tutoyer vu que tu aurais l’âge d’être mon arrière petite-fille. J’ai déjà eu une lettre de Tours, c’est de Clément M.  qui vend des livres à la Maison de la Presse. Si tu veux acheter mon livre, je sais qu’ils en ont. A tous les deux vous pourriez faire un fan club d’Ernestine, avec Danielle sa patronne et Monsieur Laclavetine qui est écrivain. Va voir Clément de ma part, il te montrera la lettre que je lui ai envoyée.
Voilà, réponds-moi si tu veux, je collectionne les lettres qu’on m’envoie, ça commence à faire plusieurs classeurs, c’est mon voisin qui les garde chez lui. Chez moi c’est trop humide pour le papier puisque j’habite en cave troglodyte et qu’en plus j’ai un remelu qu’a l’habitude d’aller pisser dessus la nuit, c’est mieux chez le voisin, vu que c’est de plein pied.

Je te souhaite une fin de vacances agréable et j’espère que cette lettre te trouvera de même,

Ernestine


Recto-Verso


Comment rafraîchir les fanes...

Le 29 août an deux mille et trois


Ma chère Mimi,

J’ai pas l’habitude d’être aussi familière pour une première lettre, mais comme vous avez l’air d’y tenir, voilà. Vous pouvez bien m’appeler Ernestine, mais surtout pas Titine comme ils ont encore mis dans le Télérama cette semaine, j’ai horreur de ça. Même si ça tombe bien puisque tout le monde cherche après Titine et ne la trouve pas. Vous, vous avez bien réussi, à me trouver, mais vous vous êtes bien compliqué la vie, fallait faire chassebœuf arobasque wanadoo, c’était tout simple. Je ne m’occupe pas du tout de ce truc là, le wanadoo, avec l’arthrose des doigts ça fait des fautes autant comme autant, je passerai plus de temps à corriger qu’à écrire. Toutes ces affaires d’internet j’y comprends rien sauf que ça sert à ce que la poste ne serve plus qu’à amener les prospectus . Le courrier qu’on avait en 24 heures quand j’étais jeune, il lui faut maintenant trois jours pour arriver. C’est le progrès. C’est comme les trains qui font 300 kilomètres à grande vitesse, s’ils s’arrêtent plus dans les gares je vois pas comment on peut y monter.
Je suis bien contente que vous ayez un gendre qui s’occupe de l’internet pour vous et qui vous offre des bons livres. Vous le remercierez de me traiter de Marquise de Sévigné, c’est flatteur, mais faut pas exagérer.
Moi c’est mon voisin qui m’a ouvert un internet mais ça sert pas souvent, qu’en urgence. Je vais pas les emmerder avec ça aussi, déjà que je leur fais arroser le jardin quand je vais dans la famille, faut pas abuser. J’ai demandé pour son forfait, il m’a dit c’est bien cher et débit minimum, mais il a peut-être compris que je lui parlais du service d’eau, j’ai pas osé faire répéter.
 

J’ai bien lu votre histoire de sauvetage de bigorneaux. Moi la dernière fois que j’ai été aux moules on n’avait pas le droit d’en ramasser et en plus j’ai fait une tache d’érika à ma plus belle robe à cause de Desmarest. Je lui ai écrit, ça sera dans le tome 2. Le Floch-Prijean, c’est de votre famille ?
Avec votre histoire d’hélicoptère j’espère que vous avez pas survolé de poulailler parce que c’est des coups à faire rater les couvées. En ce moment on a des montgolfières qui nous survolent par bandes de 80, c’est très joli et les poules s’en foutent, elles tournent même pas la tête pour les regarder.
J’écris pas sur les murs des caves mais j’ai un ami qui le fait. Il en a décoré une avec les noms de ses grands hommes et femmes : Gandhi, Martin Luther King, Calaferte, Louise Michel etc. Il s’est arrêté le jour où il est tombé dans sa brouette en gravant Apollinaire. Il a écrit une lettre dans le Télérama de la semaine dernière, c’est Mougin à Chemellier, j’en parle dans mon livre.
Pour les lettres, j’ai pas beaucoup de réponses. Je leur ai pourtant mis des enveloppes timbrées à une époque, maintenant j’en mets plus, on me répond pas moins.
Votre gendre est pas si bête de me dire anarchiste, vous fâchez pas avec lui pour ça. On m’a dit que c’est eux qui disent ni Dieu ni Maître, finalement ça me convient assez.
Pour le film des deux orphelines, je l’ai vu au patro quand j’étais petite, mais c’était un film en noir et blanc sans paroles et sans musique. Par contre le livre je l’ai lu une vingtaine de fois ce qui fait 40. Sans famille d’Hector Malot on l’avait à la bibliothèque de l’école et je l’ai vu à la télé, ça m’a fait pleurer surtout quand le chien revient sans son maître mais la mère elle jouait pas terrible avec son accent alsacien alors qu’ Hector Malot était breton comme vous, en principe.
Merci des condoléances pour Chassebœuf . On a eu bien du bonheur ensemble et je l’ai bien regretté surtout avec mon autre mari qui valait rien, à côté.
Faites pas apprendre mes poésies à vos petits enfants, je serai jamais au programme, faites leur plutôt apprendre les tables de multiplication, ils auront de l’avance pour l’école.
 

Pour la formule de politesse, tâchez voir d’en trouver une plus simple avec moins de ronds de jambes sinon je vais plus savoir où me mettre.
J’ai bien eu votre photo en costume breton. On vous oblige pas à vous habiller comme ça, quand même ? Parce que pour une personne moderne comme vous dites, c’est un costume qui me rappelle la procession de Notre-Dame de Boulogne en 43 à l’époque du Maréchal, surtout avec le Jésus au cou et la bannière de la Sainte Vierge derrière.
C’est vrai votre histoire de poulets crevés qui seraient partis pour être mangés ? Ça c’est dégoûtant, mais j’ai du mal à le croire. Avant ils en faisaient de la farine animale, c’est sûr que maintenant ils doivent être bien embêtés. Moi je fais pousser mes légumes dans la merde comme vous dites, mais les microbes ils montent pas dans les racines et même si mes carottes attrapent de l’arthrose ça sera pas une catastrophe nationale, juste un peu plus dur à éplucher, sans doute.
 

D’être une femme célèbre ça me fait rien, c’est arrivé trop tard, je suis revenue de tout. Ça me fait plaisir de recevoir quelques lettres d’admirateurs mais la plupart du temps c’est des petits malins qui font semblant avec des pseudonymes, c’est pas comme des vrais sincères et véritables. Remarquez, je réponds quand même, faut bien que tout le monde s’amuse.
Racontez-moi donc pourquoi vous avez serré la main du Général de Gaulle, moi je l’aurais pas fait, il devait avoir les mains moites. A un comice agricole Edgar Faure a voulu me serrer la main, à cause de notre belle pie-noire qu’était première au concours, j’ai fait celle qu’avait une tache sur ses bottes, il a serré une autre main. La mienne ou une autre quelle importance, de toutes façons on voyait bien qu’il savait pas parler aux bêtes, il y connaissait rien. C’est plus dur que de se faire aimer des gens, une poignée de main ou un compliment ça coûte rien et ça fait un électeur de plus.
Votre nom de jeune fille, Quemeneur. , je l’ai lu dans Détective, c’était pour l’affaire Seznec, mais je sais plus ce qu’il faisait dans l’histoire ce Quemeneur, c’était lui, le mort ?
Je vous envoie pas de photo jpeg, j’en ai pas. Si vous avez le télérama d’il y a deux semaines vous m’y verrez, sur deux pages, quand j’étais jeune.
Je me demande bien comment vous savez que je connais Monsieur T., je l’ai dit à personne. C’est sûrement encore une histoire de cet internet qui raconte des choses sur moi sans me mettre au courant, au mépris des règlements sur la vie privée qui va finir par devenir publique si on n’y prend pas garde.
 

Une dernière chose, quand vous dites votre pieuse amie c’est pour rire ou c’est vrai ? Parce que de mon côté, comme c’est écrit dans le livre je suis loin d’être croyante, et j’espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine


Ça y est j’ai enfin votre adresse, je réponds à votre deuxième lettre puisque vous étiez à Brest. J’y suis passée une fois avec le voyage des patates quand on avait été à la Pointe-du-Raz. Le voyage des patates c’était le marchand de semences qui nous le payait à pas cher si on achetait chez lui plutôt qu’à la coopérative. On ne l’a fait qu’une année parce que les années paires c’était Lourdes et les années impaires Lisieux et que c’était pas dans nos idées, on est retournés à la coopérative. Je ne me suis pas inquiétée de votre silence, je me suis juste demandé si c’était pas encore un garnement qui se faisait passer pour une vieille et que ma lettre allait me rester sur les bras. Faudra que je demande à ce Monsieur T.  que je connais à peine pourquoi il donne des indications sur mes maladies intimes. En plus il s’est trompé, mes pieds sont gonglés et pas gonflés, ça n’a rien à voir. Puisque vous avez votre internet, essayez de chercher gonglé, mon voisin m’a montré, vous verrez tout ce qu’on peut trouver qui gongle. Mais si vous me faites des compliments comme ça, c’est mes chevilles qui vont gonfler, c’est sûr.
Vous qui paraissez moderne, abonnée à l’internet et compagnie, ça m’étonne de savoir que vous allez demander pardon à tout bout de champ avec vos costumes brodés, à moins que ça soit pour cacher l’antenne du portable dans la coiffe, ça serait pratique. Moi j’essaie de rien faire de mal comme ça j’ai de pardon à demander à personne.
Pour votre crime de Brest et La Roche sur Yon, c’est sûrement un vendéen qu’a fait le coup, un crime politique. Déjà en 1793 ils étaient assez sauvages, ça n’a pas dû s’arranger, il y a encore des fanatiques, ils en font un son et lumière au Puy-du-Fou mais j’y suis jamais allée, à cause de l’ancêtre de mon mari comme vous avez pu lire dans le livre.
Pour les arabes et les noirs, faut pas leur en vouloir, c’est pas de leur faute. Quand j’étais petite j’ai bien connu un Crapaillaud, tout le monde nous montrait du doigt mais je l’ai fréquenté quand même, malgré la différence d’âge.
Pour la dédicace, pas de problème, je vous en fais une sur un collant, y’aura qu’à la mettre dans le livre. Essayez de me répondre par le facteur, avec le voisin je voudrais pas trop abuser, et en plus il lit tout et ça peut être gênant.

Voilà, je termine, j’ai des petites salades à repiquer maintenant qu’il pleut, pourvu que les petites limaces s’y mettent pas et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine


Le 20 novembre 2003


à Mesdemoiselles Emilie et Olivia


Chères Emilie et Olivia,

Je viens de recevoir votre lettre qui me demande tous ces renseignements. Si c’est plus facile sur papier pour vous aussi, ça m’arrange, j’aime bien recevoir des vraies lettres en papier avec des vrais timbres collés. Quand ils sont beaux je les garde pour faire des collages.

A propos de mes lettres, je suis bien contente des intérêts qui sont suscités par chez vous, mais pour faire un sujet principal je pense qu’il y a des écrivains qui le méritent plus que moi, comme Jules Mougin, Patrick Cauvin et même Alix de Saint-André et je ne parle que des vivants de la région. La maison d’édition n’a pas répondu parce qu’elle n’avait pas votre adresse, c’est pour ça qu’elle m’a demandé de m’en occuper. En vérité la maison d’édition c’est un homme tout seul qui s’appelle Reynald, je ne l’ai rencontré qu’une fois. Je l’ai connu par Monsieur Laurendeau d’Angers qui est éditeur mais aussi directeur de la collection Biloba chez l’éditeur Ginkgo, ça s’appelle comme ça à cause du nom d’un arbre chinois qui vit mille ans, paraît-il. L’éditeur lui, est plus jeune, dans les quarante ans seulement, l’arbre existait avant lui. Monsieur Laurendeau avait publié mon premier livre de lettres quand j’avais écrit aux écrivains pour que les bibliothèques restent gratuites et aussi un petit recueil de mots de patois que je vous envoie aussi. Je lui avais montré les brouillons des lettres que j’avais envoyées partout et c’est lui qui les a proposées à Reynald. Voilà, c’est comme ça que ça s’est fait. Je vous envoie des photocopies d’articles sur moi, je garde tout. Je ne sais pas si on pourra se rencontrer parce que je pars demain dans la famille en Gironde pour quelques jours.

Je vous envoie de la documentation que j’ai fait photocopier, j’espère que ça vous suffira. Si vous voulez des renseignements supplémentaires, téléphonez à mon voisin, on parle de lui dans les articles, c’est juste à côté de chez moi, c’est lui qui remonte ma pendule et qui donne à manger aux moineaux quand je ne suis pas là, c’est vous dire s’il connaît tout de moi, plus que moi même parce que la mémoire me manque souvent, à cause de l’âge avancé. Quand l’âge avance, la mémoire recule, c’est bien connu tout le monde vous le dira.
Voilà, encore merci de vous intéresser à moi. Comme c’est pour des travaux à encadrer je n’ai écrit que d’un côté des feuilles et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Le 26 novembre 2003


à Monsieur Maurice D. à Godewaresvelde


Très cher Maurice,

Décidément le monde est bien petit. Je savais déjà que j’avais des admirateurs à Vouvray. Il y a eu un petit article sur moi dans la Nouvelle République, c’est sans doute pour ça que le tabac-journaux-quincaillerie-chaussures etc. s’est mis à vendre mon livre. En plus mon voisin, celui de la maison bleue que vous m’avez envoyée en photo, a un ami qui a marié sa fille avec un garçon d’une vieille famille de là-bas. J’ai même failli y aller la semaine dernière vu que son ami a trouvé à mon voisin des tonnes de vieux livres à acheter dans un petit château de Vouvray et comme j’avais le bourdon il voulait m’emmener pour me sortir de mon troglo. J’y suis pas allée et je regrette, j’aurais été boire un coup chez Bernadette, mais comme je ne la connaissais pas encore, c’est moins grave. D’y être pas allée, je veux dire. Excusez-moi si ça confuse un peu, c’est à cause de tout ce qu’on me demande, ils s’occupent pas de mon âge. Ils veulent faire une pièce de théâtre, c’est en bonne voie. Le livre est maintenant dans toute la France par Sodis, il en ont vendu dans les cinq mille. Il y a aussi des lettres dans un nouveau journal qui s’appelle C.Q.F.D., c’est celui de décembre, le numéro 6. On parle aussi d’un Ernestineland à Coutures mais je crois que c’est une blague pour se foutre de moi.

J’ai envoyé un petit mot à Bernadette, j’espère qu’elle va me répondre. Ici c’est un temps de chien et j’espère que cette lettre vous trouvera de même, bonjour à votre dame, et mes amitiés

Votre Ernestine Chassebœuf



Le 15 janvier 2004 

à Emilie A. et Olivia,  lycéennes enquêteuses

 

 Chères Emilie et Olivia,

Ce petit mot pour vous souhaiter une bonne année, des bonnes études et la réussite à vos examens. J’espère que votre dossier était assez complet pour que vous ayez une bonne note. Ça me flatte beaucoup que vous m’ayez classée dans les super-chéries littéraires. Quand j’étais jeune, d’accord, j’étais pas mal, mais maintenant je ne ressemble plus à rien surtout le matin quand j’ai pas mes dents. Il y en a de plus belles qui mériteraient mieux que moi, mais si c’est votre choix, y’a rien à dire puisque c’est vous qui passez l’examen, après tout.

Avez-vous eu le résultat des analyses pour l’histoire de Beaulieu, j’aimerais bien tirer ça au clair pour que n’importe qui envoie pas des lettres en se faisant passer pour moi.  Tenez-moi au courant, j’y tiens.

En attendant votre courrier par retour, je vous souhaite encore une bonne année à vous et à votre professeur et j’espère toujours que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


  Le  17 mars 2005

à  Monsieur Jean-Paul D., retraité de fraîche date

 

Cher  Monsieur, 

On m’a dit que vous aviez quitté votre travail pour devenir sexagénaire à plein temps, je vous en félicite. Il faut bien s’arrêter un jour. Je n’ai jamais eu affaire à vous puisque j’étais à la caisse agricole mais je voulais marquer le coup quand même en vous offrant un petit quelque chose.

Comme vous savez peut-être,  pour les grandes occasions je peins des assiettes à offrir. En fait je ne l’ai fait qu’une fois pour des amis qui se mariaient.  Depuis ils ont cassé l’assiette mais le mariage tient toujours, pas de problème de ce côté-là.

Pour vous j’ai essayé de peindre un cheval comme celui qui vous gagne des courses. J’aurais voulu qu’il soit amusant mais c’est raté, on dirait un cheval de corbillard, ça doit pas être trop ressemblant. Je vous souhaite quand même un bon anniversaire,  une bonne retraite et j’espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


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Sans oublier Olivia, du CM1 B de l'école Diderot 1 à Montreuil


(...)Je suis étonnée que tu sois une de mes fanes, parce qu'ici il n'y a que les carottes qui en ont.(...)
 


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