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  Jean Meslier, athée    
    profession : curé  
         
 

Jean Meslier 

Jean Meslier, né à Mazerny (Ardennes) le 15 juin 1664, Fils d'un marchand, il est ordonné prêtre à Etrépigny où il est mort le 17 juin 1729. Sa vie serait passée inaperçue sans son "Mémoire" où il dénonce toutes les religions avec une vigueur exceptionnelle.
Il se révèle également matérialiste, socialiste, voire communiste avant l'heure et sans doute l'un des premiers véritables athées.
 

" Et il me plait que cette généalogie de l'athéisme philosophique procède d'un prêtre: l'Abbé Meslier, saint, héros et martyr de la cause athée enfin repérable... "

Michel Onfray

 
Obscur curé du village d’Etrépigny dans les Ardennes pendant quarante ans, notre Jean Meslier s’est révélé un théoricien éclatant de l’athéisme et le premier philosophe à s’être lancé dans une attaque radicale et complète contre toutes les religions et aussi le premier à avoir dénoncé les connivences de celle-ci avec le pouvoir. Son mémoire, rédigé entre 1723 et 1729, n’a été connu jusqu’à ces dernières années que par les milieux libertaires et libres-penseurs.

Prôner l’athéisme en 1723 est aussi incongru que de déclarer, comme Jean-Pierre Brisset en 1880, que l’homme descend de la grenouille. Nos deux personnages ont certaines similitudes. La certitude de détenir la vérité, mais aussi l’impossibilité de la faire partager autour de soi, indifférence des contemporains pour Brisset, crainte des représailles pour Meslier qui laissera des instructions pour que son mémoire ne soit connu qu’après sa mort.
La solitude du personnage et le parti pris de ne pas m’éloigner du texte, m’avaient conduit pour l’adaptation de Brisset à un long monologue. Dans le cas de Meslier, nous avons choisi de faire entrer dans le monde clos du penseur un personnage, créé de toutes pièces, qui permettrait au personnage principal d’exposer ses idées, mais aussi d’apporter plus de possibilités de jeu théâtral.

Gilles Rosière

 

LE CHANT GUERRIER D’UN CURÉ ATHÉE


Habituellement, je n’aime pas beaucoup les curés. Ou alors, il faut que, comme Dom Pérignon, ils se soient illustrés dans un autre domaine que celui de l’idéal ascétique… Avec Jean Meslier, la chose se complique, car ce curé athée, révolutionnaire, communaliste, anarchiste avant l’heure, proudhonien presque si l’on me passe l’anachronisme, anticlérical, internationaliste, matérialiste, hédoniste, partageux comme on disait dans le peuple de gauche du grand siècle socialiste, le XIXe, a fourni un matériel conceptuel impressionnant à tous ceux qui tiennent pour sublime la devise “Ni Dieu, ni Maître”.

“Le Testament du curé Meslier” tricote des longueurs et des éclairs magnifiques, des tunnels démonstratifs et des aphorismes intempestifs, d’infinis pliages de démonstrations et des fusées géniales, des répétitions et des pensées inédites. On n’y trouve ni néologisme, ni pensée obscure, ni démonstration emberlificotée : à le lire, on l’entend, on perçoit le rythme de sa colère, la vitesse de ses violences, la brutalité de sa suffocation morale. C’est un prêche enflammé, un monologue sans fin, une philippique incandescente, un discours fleuve. Meslier, pressé par le temps, craint la mort et veut se débarrasser de ce qui le taraude et le fait souffrir : curé athée, prêtre incroyant, pasteur mécréant, il vit dans sa chair cette contradiction comme une douleur, une plaie, un fléau.

Pourquoi ne pas quitter l’habit de curé ? L’imprécateur qui met le feu au monde craint de peiner ses parents et veut vivre tranquille ! Il sait aussi qu’apostat, le bûcher ne serait pas bien loin… Il écrit pour vivre, survivre…

Michel Onfray

 
Intentions des auteurs

Après une première expérience d’adaptation pour le théâtre des textes de Jean-Pierre Brisset, archétype du fou littéraire, nous avons cherché, Bernard Froutin et moi un personnage, une oeuvre, qui nous permettrait de renouveler cette expérience en essayant de la mener plus loin. En effet, alors que le texte du Brisset sans peine était un collage de citations extraites de l’oeuvre foisonnante de l’auteur, le projet que nous avons est d’écrire une pièce mettant en scène plusieurs personnages, avec une véritable écriture théâtrale.
La découverte de Jean Meslier grâce aux émissions de Michel Onfray sur France-Culture nous a donné envie d’en savoir plus sur ce personnage qui n’est pas sans rappeler, par beaucoup de côtés, le Jean-Pierre Brisset  de mon précédent travail.
Comment faire du théâtre avec une somme philosophique d’un millier de pages ? Nous avons heureusement pu bénéficier de travaux d’universitaires qui ont édité et commenté ce texte. Ils nous ont aidés, par leur travail d’analyse, à cerner l’originalité de cette pensée hors normes.

Le danger, dans l’écriture de ce texte, serait de rester trop près des écrits originaux et de leurs exégèses et de transformer la scène en chaire universitaire. Nous en sommes conscients et avons donc l’intention d’introduire des ruptures par le jeu des deux personnages principaux, de vraiment raconter une histoire et de trouver des résonances avec nos débats d’aujourd’hui. Les mots de Meslier le permettent et les débats des 17e et 18e siècles sont encore à l’ordre du jour au 21e.

Nous pensons évoquer aussi le curieux destin de l’oeuvre de ces manuscrits rédigés en cachette, recopiés par des mains anonymes après la mort de l’auteur, trahis par les éditions de Voltaire et d’Holbach, enfin réédités dans leur intégralité seulement au milieu du XXe siècle.
Texte de Bernard Froutin et de Gilles Rosière
Mise en scène: Henri Uzureau
Scénographie: Jack Percher
Musiques : Arno Lec’
Lumière : Philippe Henry
Construction du décor : Henri Gallard

Joué par Bernard Froutin et Arnaud Lecomte

 

 

 

 

 

Texte de la pièce de théâtre Aux Editions Libertaires
 

En résumé, la pièce mettra en scène deux personnages principaux : Jean Meslier, curé d’Etrépigny et Henri Chatelet, curé d’une paroisse voisine. À l’occasion d’une visite d’Henri Chatelet, Jean Meslier, à la fin de sa vie, tentera de lui expliquer les bases de sa philosophie, Henri Chatelet sera le représentant des croyances majoritaires de son époque. La conversation sera l’occasion de découvrir la pensée et la personnalité de Jean Meslier.
Cette découverte se fera pas à pas, les idées révolutionnaires de Jean Meslier ne pouvant pas être acceptées d’emblée par un homme de son époque. Cette découverte progressive sera aussi celle du spectateur, avec les échos que ces idées provoquent dans nos esprits du 21e siècle.
La discussion entre les deux personnages permettra d’intégrer les rares éléments connus de la biographie de Jean Meslier mais l’ensemble du texte relèvera de la fiction.
Au début de la pièce, Jean Meslier seul, à la fin de sa vie, se demande si son travail n’a pas été vain. Il est épuisé par les longues nuits passées à la rédaction de son manuscrit. L’arrivée d’Henri Chatelet lui redonne un regain d’énergie. Par l’affirmation progressive de ses idées face à un interlocuteur incrédule il retrouve peu à peu les forces nécessaires à l’affirmation véhémente de ses convictions.
Seront abordés au cours de la pièce les sujets les plus divers en résonance avec notre époque : rôle des religions dans la société, mariage, divorce, obligation de chasteté pour les prêtres, la sexualité au travers de la confession, mais aussi la situation du peuple sous l’ancien régime et ce que pourrait être un " rôle social " de l’Eglise.

Une complainte, chantée sur scène, apportera quelques précisions biographiques permettant de replacer le curé Meslier dans son époque.

Gilles Rosière et Bernard Froutin
Intentions du metteur en scène

Jean Meslier, cet homme du passé, oublié, enterré à la sauvette, sans pierre tombale, sans plaque ni de signe, pas même d’inscription sur le registre de catholicité… Excusez du peu. L’hommage à lui rendre aujourd’hui ? Lui redonner un souffle de vie, libérer l’écho étouffé de ses mots, de sa pensée philosophique et réparer l’oubli de ce personnage si moderne et d’une redoutable actualité… Car avec Jean Meslier nous découvrons :
- un personnage de théâtre… un oxymore vivant : obscur curé de village et théoricien éclatant de l’athéisme révolutionnaire. Le premier philosophe à se lancer dans une attaque radicale et complète contre toutes les religions, le premier à dénoncer les connivences de celles-ci avec le pouvoir (son mémoire a été rédigé entre 1723 et 1729).
- des histoires, la sienne d’abord, celle d’un curé de campagne ordinaire qui, dans le secret le plus absolu, écrit une oeuvre philosophique résolument subversive. Mais aussi l’histoire de ses manuscrits recopiés par des mains anonymes, de son oeuvre trahie par Voltaire et d’Holbach, et rééditée dans son intégralité seulement au milieu du XXe siècle.
- le rire qui retentit, sardonique, sarcastique face aux aberrations qu’il relève au détour de certains textes religieux lorsqu’ils tentent de défendre des conceptions indéfendables, d’assumer des contradictions «inassumables», de tenir des propos intenables.
Nous raconterons une histoire, nous la confronterons aux croyances d’aujourd’hui tout en rebondissant allègrement du 17e au 21e siècle, et réciproquement, avec les mots de Meslier. En tout cas, cela ne se fera pas sans quelque dérision, ironie et autres joyeusetés, car notre curé était aussi un bon vivant.

Henri Uzureau metteur en scène
   
  Jack Percher scénographe    
       
  Gilles Rosière est né en 1945 en Anjou. Après une courte carrière d’instituteur rural dans les campagnes angevines, il décide en 1978 d'embrasser la carrière de bouquiniste non-sédentaire. Passionné par les inclassables de la littérature, il est l'auteur d'un Brisset sans peine, interprété au théâtre par Bernard Froutin et publié pour la première fois en 2001. Il est l’auteur d’un second spectacle inspiré des théories natatoires de Jean-Pierre Brisset  Tais-toi et nage , écrit et joué en 2003, dont le texte est resté inédit.  
       
Bernard Froutin auteur, comédien
Bernard Froutin arpente les territoires de la parole avec toujours le même enthousiasme pour les mots et la même exigence, que ce soit dans son travail pour le jeune public ou en direction du public adulte, de spectacles itinérants en ateliers, de mises en scène en salles de théâtre, de bibliothèques en caves troglodytes. Comédien et co-auteur de spectacles conçus pour un public scolaire, maternel et primaire, entre autres…Pestac de flim , Les chaudoudoux et les froids piquants ...
À partir de 1997, il crée des spectacles en direction du public adulte.
La complainte de Jean Meslier


Ecoutez… Voici l’histoire
de notre bon Jean Meslier
Qui fut curé et athée
Et écrivit un mémoire
Pour qu’on ouvre enfin les yeux
Et qu’on cesse de croire en Dieu…
Pour continuer cette histoire
Il nous faut conter les peines
Du bon curé des Ardennes
Entre prières et ciboire
Précurseur de l’athéisme
Il enseignait le catéchisme

Paroles de Gilles Rosière
Musique d'Arno Lec’ (comédien, compositeur)
 

       

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