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Dessin de Quentin Faucompré

Jardin

Légumes, brouette, clapier,
basse-cour,
oiseaux et compagnie...

 

Ernestine et l'un de ses petit-fils, 

à la cueillette de l'herbe pour les lapins.

(fils de l'un de ses fils)

 


 Ernestine écrit partout Vol 2, page 32

(...)Depuis que je suis retraitée, le Salon de l'Agriculture ça m'intéresse plus.(...)


Monsieur P.,

C’est un ami à vous, le pacifiste Amary qui m’a dit que vous êtes un spécialiste des moulins à vent. Comme j’ai besoin de certains renseignements là-dessus je me permets de vous mettre un petit mot. J’ai un coin dans mon jardin où je peux rien faire pousser, même que j’y mets du crottin ou que j’y vide les poubelles, y a rien qui veut pousser que les mauvaises herbes. J’ai fini par y mettre du roundope, bon débarras, mais j’aime pas le terrain qui sert à rien alors j’ai pensé y mettre un petit moulin vu que c’est en plein vent. Ce que je voudrais c’est un plan pour le construire. J’ai déjà 12 pneus, tous de la même taille sauf 8 qui sont plus petits ou plus grands. Si y’en a besoin de plus j’en ai tant que je veux chez le garagiste, et je peux en mettre 3 à la fois dans la minicomtesse. C’est pour les ailes que ça m’embête le plus, je sais pas comment les accrocher sur la roue de vélo. Si vous pouvez m’envoyer un plan ça me dépannerait. Il y en a plein qui font des puits en pneus mais c’est bidon, y’a pas d’eau. Moi je veux un moulin qui tourne pour de bon pour faire de la farine biologique, faut voir ce qu’ils nous font manger.

Dites-moi si je dois demander un permis de construire ou si je peux le faire en douce, mais faites vite parce que j’ai battu mon blé, j’en ai plein un sac poubelle et je voudrais pas que les charançons s’y mettent.

En vous souhaitant une bonne rentrée à votre moulin, je vous remercie à l’avance et je souhaite que ma lettre vous trouve de même,

Ernestine Chassebœuf



(...)Moi je fais pousser mes légumes dans la merde comme vous dites, mais les microbes ils montent pas dans les racines et même si mes carottes attrapent de l’arthrose ça sera pas une catastrophe nationale, juste un peu plus dur à éplucher, sans doute.(...)

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 2 juin de l'an deux mille


à Jules et Jeanne Mougin

 

Mes chers amis,

Gilles R. m'a fait lire votre lettre, je suis d'accord avec lui sur beaucoup de choses, c'est plus facile pour nous deux. Je suis contente de vous savoir heureux dans votre Provence, à admirer le paysage et les fleurs de vos enfants. Ici c'est pas pareil, tout est moche et les fleurs poussent mal à cause du temps, sauf aujourd'hui il fait beau, mais ça finit ce soir, il paraît. Aujourd'hui le ciel est bleu, il y a des oiseaux, mais ils sont pas intéressants, vu qu'ils ont mangé toutes les cerises et arraché les petits plants de choux chinois, pourtant j'aime bien ça. Du côté des chants d'oiseaux, vous perdez rien, quand on l'a entendu une fois autant passer le disque, c'est toujours pareil.

Vaugines, an 2000
 

Amis
Date ? mai à Vaugines !
 Entre lundi et mardi !
 Dans le lit extraordinaire.
 Une chambre avec des draperies, des lumières...
 Nous sommes bien, heureux !
 Je sais qu'on nous aime.
 On regarde. On admire...
 Jean et Monique arrosent, le soir, un parterre magnifique.
 Pas, plus de pluie !...
 Bleu le ciel !
 mais pas d'oiseaux !
 La couleur verte domine.
 Jean et moi sommes allés au marché de Cadenet.
 Patrie !!! du tambour d'Arcole !
 Les cerises, des brouettées !
 Et des fraises !
 Et la bonne humeur des gens !
 Et la chaleur !
 Et la rondeur des jours, comme a dit Giono, jadis...
 Jeanne, fatiguée par le voyage a relevé la tête !...
 Une observation : elles vont très vite les autos sur l'autoroute !...
 Pas remarqué de maladresses ! Non.
 Un savoir-faire que le vieux facteur admire.
 Nos coeurs battent honnêtement !
 Pour le monde.
 Pour la vie.
 Pour vous.
 Je vous embrasse.

Le Jules

Ici aussi il y a beaucoup de vert et même aussi du kaki les jours de chasse. Pour le marché, c'est pas à Cadenet c'est à Coutures le vendredi et on a que du poisson. Pour les cerises et les fraises, c'est pas des brouettées, c'est des petits paniers de rien du tout. La bonne humeur des gens ici, c'est quand ils ont bu et ça dure que le temps de le dire, après c'est la bagarre.
Ici la rondeur des jours elle tourne carré, les tilleuls vont pas mieux, ils ont toujours les branches qui poussent par le bas, c'est pas comme les beaux arbres que vous devez voir là-bas.
Ça fait loin, c'est sûr et ça m'étonne pas que Jeanne en soit fatiguée, alors puisque vous êtes là-bas, profitez-en un bon coup, ça va vous faire du bien, et même des fois si vous voulez y rester, avec les amis on vous déménagera tout votre fourbi, faut pas vous tracasser de ça.
Si vous habitiez dans le Sud, ça ferait une occasion de voyager, j'irai vous voir plus souvent, en attendant, je vous embrasse,

Ernestine Chassebœuf

(...)Voilà, tâche de bien te porter, je retourne châtrer mes tomates et j'espère que ma lettre te trouvera de même,(...)

(...)Ici tout va bien, la santé est bonne, les cerises sont mûres mais les étourneaux et les merles s’y mettent, faut que je retourne monter la garde(...)

(...)il est grand temps que j'aille buter mes patates(...)

(...)Le jardin est pas beau, il a trop plu, les patates sont encore vertes, je mange juste les premières tomates et les courgettes sont pleines de pucerons, mais pas de doryphores non plus, bientôt si ça disparaît trop on fera comme pour les loups, on en ensemencera dans les jardins.(...)

Ses petites-nièces à Pornic

Le 9 août an deux mille

Ma chère Julie,

J'ai bien reçu ta lettre avec celle de Mathurine, c'est bien gentil de m'avoir écrit et surtout de m'avoir dit comment faire mûrir les tomates. J'ai essayé, ça leur a rien fait du tout, par contre les voisins ils sont rentrés chez eux et ils ont fermé les volets, ils vont encore dire partout que je suis un peu timbrée, mais c'est pas grave, on s'occupe pas d'eux et puis voilà. Je me suis arrangée quand même, j'ai peinturé mes verres de lunettes avec du vieux rouge à ongles, ça fait pas mûrir les tomates, mais quand je les regarde je les vois toutes rouges, et c'est mieux pour le moral, surtout au mois d'août. Voilà, tu peux montrer ma lettre à Mathurine, j'ai écrit gros exprès pour elle, je sais qu'elle est un peu sourde.

Fais la bise à ta petite sœur et bonne fin de vacances à Chanzeaux, prépare ton sac pour le départ, et si c'est une mallette, qu'elle te trouve de même,

Ernestine Chassebœuf

Clic ! pour retour vers Pharmacie

 

(...)Le voyage des patates c’était le marchand de semences qui nous le payait à pas cher si on achetait chez lui plutôt qu’à la coopérative. On ne l’a fait qu’une année parce que les années paires c’était Lourdes et les années impaires Lisieux et que c’était pas dans nos idées, on est retournés à la coopérative.(...)


Le 30 août de l'an deux mille

à Jules et Jeanne Mougin

 

Chers amis,

Je vous fais passer quelques pommes de terre, mais faut d'abord que je vous raconte leur histoire. C'est à cause du printemps pourri qu'on a eu, j'ai été en retard pour planter mes patates, elles m'en faisaient le reproche tous les jours en me regardant avec leurs germes gros comme mon pouce, alors je me suis décidée à les planter, mais comme le jardin avait été inondé par le voisin du dessus, la terre était dure comme du béton, a fallu que je fasse les trous avec la barre à mine, et je peux vous dire que si c'était à refaire je demanderai au voisin, il a un marteau-piqueur, ça aurait été plus vite.
Tout ça pour vous expliquer que comme elles étaient trop serrées dans leur béton, elles ont poussé comme elles ont pu, toutes tordues et boudinées. Je vous en envoie parce que je pense que ça va vous plaire, ça ressemble à des sculptures que vous avez chez vous. Les enfants, ils y voient des animaux ou des bonshommes, moi j'y vois que des patates tordues et pas facile de faire des frites avec, à cause de la perte, c'est mieux pour la purée.

Alors voilà, faites en ce que vous voulez, et même de la poésie si vous voulez, et j'espère que ce mot vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


(...)Pour mes tomates c’est comme vous, c’est minable. Pourtant c’est des vieilles variétés que je sème moi-même, elles étaient pas belles du tout.(...)

Le 16 novembre an deux mille

à M. Polac  de France-Inter


Cher Monsieur,

Rassurez-vous, c'est pas pour vous harceler que je vous écris, c'est à cause d'aujourd'hui à Algoud, vous aviez pas l'air en forme. J'en ai parlé à mon voisin, il m'a montré le Charlie-Hebdo et c'était pas bien gai non plus ce que vous avez écrit. Vous devriez demander à Algoud de vous imiter le général Ganache, c'est pas toujours de trop bon goût, mais ça fait rire et c'est bon pour ce que vous avez.

Moi c'est pareil, quand je me suis aperçue que j'aurai plus le temps de lire tous les livres et qu'heureusement parce que la plupart ça vaut pas la peine, ça m'a foutu un coup, mais on s'en remet, moi c'est surtout grâce au jardin. Mais c'est pareil, des fois ça commence bien, ça pousse, ça fleurit, les fruits sont beaux et après la maladie s'y met et on a fait tout ça pour rien comme cette année avec mes concombres. Voilà, ici à part ça tout va bien, le cabernet va être bon et si ça vous dit de venir en boire un coup pour votre moral, vous savez où j'habite, ça sera avec plaisir et j'espère que ma lettre vous trouvera de même

Ernestine Chassebœuf
 

Vous avez vu, Cavanna a parlé de moi, on vient de me le montrer, ça fait plaisir de faire rire un vieux comique comme ça.


(...)il faut que j’aille pêcher les escargots qui se baladent avant qu’ils bouffent tout(...)


Courriel  du  8 avril 2002
 

Cher Monsieur,

Mon voisin m'a montré votre internet, et maintenant je vous fais réponse par le même appareil. C'est parce que j'ai été étonnée de pas voir parler de ma brouette dans votre affaire, alors donc ça s'appelle "La brouette et les deux orphelines". C'est des lettres que j'ai écrites à des gens qui veulent nous faire payer la lecture dans les bibliothèques gratuites. Mais ça parle aussi un peu de brouettes de temps en temps. On en parle un peu sur les internets, il faut chercher à chassebœuf. Si vous voulez en savoir plus dites-le moi et j'espère que cet internet vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf
 

Bravo de faire tout ce que vous pouvez pour les brouettes, c'est un instrument bien oublié. On n'en voit jamais en ville et pourtant on y voit des trottinettes qui sont bien moins pratiques.


 Réponse faite le 8 avril 2002 à 8h06

Chère madame Chassebœuf, Honte sur moi : pourtant signataire de pétitions en faveur du droit de prêt gratuit en bibliothèque, et farouche partisan de celui-ci, je n'étais absolument pas au courant de l'existence de votre ouvrage ! Comment est-ce possible ? Je l'ignore ! Parfois des choses importantes nous échappent. Je viens de lire de nombreuses recensions élogieuses de votre ouvrage, et il me vient l'envie de le lire. Je vais me le procurer, mais d'ores et déjà vous adresse mes félicitations, tant pour l'initiative qui a semble-t-il présidé à sa création que pour l'accueil que votre ouvrage a visiblement obtenu . Aussi, excusez-moi de ne pas parler d'Ernestine Chassebœuf sur le site Néo Brouettes… lequel est comme vous l'avez sûrement compris, la partie Internet d'un travail de fiction, en cours de réalisation, plus important. Puis-je publier votre courriel sur le forum de Néo Brouettes ? Par ailleurs, je vais m'empresser de combler la lacune et signaler votre ouvrage sur le site.

Recevez mes salutations cordiales.


Réponse reçue le 9 avril 2002 à 21h23.

 Bon, c'est d'accord pour tout ce que vous voulez, mais faudra signer ma pétition pour que Jean-Pierre Brisset ait sa rue, ici ou ailleurs, il y a des gens qui ont mis ça aussi sur l'internet et même Mr Pouy a signé, je lui avais écrit à propos de son livre sur la belle de Fontenay qui parle pas trop des pommes de terre, mais il m'a pas répondu. Lui aussi il est du bon côté pour les bibliothèques, mais le J. quel con ! Je vous ferai passer sa réponse quand vous aurez lu ma brouette.

Bon courage pour vos écritures,

Ernestine Chassebœuf


(...)j’ai des petites salades à repiquer maintenant qu’il pleut, pourvu que les petites limaces s’y mettent pas(...)

Chère Madame,

Sachez tout d'abord que je suis très honoré que l'auteure de "La brouette et les deux orphelines" prenne sa plume à propos de notre revue de recherche, Néo Brouettes, si chère à mon cœur.
Toutefois, permettez-moi une gentille taquinerie. En effet peut-être est-ce dû à l'influence de mon webrouettemestre, romancier de son état, comme au fait que je sois moi même quelque peu moi-même tiraillé par l'écriture, mais il m'est venu comme une idée farfelue d'écrivain... Figurez-vous que soudain, je vous ai imaginée être un personnage de fiction ! Si authentique, au parler si châtié et exotique à la fois, très légèrement décalé ! Vous m'avez parue un un instant être de ces personnages de satire, inventé par un pamphlétaire malicieux et de talent pour piéger des auteurs que je crois savoir, vous avez entrepris pour votre ouvrage.

Puis je me suis ressaisi : votre patronyme, respectable s'il en est, de "chasse bœuf" (chasser les bœufs de la culture ?, bœufs s'entendant là comme un bétail obtus) ne pourrait être l'indice de trop que j'y croyais percevoir. Non, ce n'étaient là que délires d'un esprit amoureux de verbe, de glose et sinon de littérature.

Aussi Mme Ernestine Chassebœuf, vous qui avez piégé votre monde, et peut-être bien plus de gens que l'on penserait, je vous salue, vous promets de lire votre livre prochainement et surtout vous conjure de rester vous-même, toute de vérité. Tellement vraie..
Bien cordialement

Robert Hubbourdin, PDG des Etablissements Brouettes Hubbourdin.


(...)j'écoutais Algoud sur Inter à cause de mon antenne qu'était démontée, j'ai pas pu vous entendre. Faut que je vous explique que comme j'habite dans un troglodyte, j'entends mal votre radio. Heureusement j'ai mon jardin au-dessus de chez moi à la place du grenier, alors j' ai passé une antenne en fil de cuivre par la cheminée, et pour pas qu'elle traîne par terre, au jardin, je l'ai entourée autour de mes piquets à tomates, le cuivre c'est bon contre le mildiou. Et ça, je peux le conseiller à tout le monde, faites comme moi : depuis que j'écoute France-Culture, j'ai plus la maladie sur mes tomates.(...)

Le 12 avril 2000

à  Monsieur Hubbourdin Robert, P.D.G. des néo brouettes


Cher Monsieur,

Me faites pas tant de compliments, ça va me faire enfler la tête. Attendez d’abord d’avoir lu mon livre vous allez peut-être déchanter.

Moi je connaissais pas votre marque de brouettes, et puis tout ce qu’est néo par principe j’en prends pas, c’est copié sur du vieux mais toujours en pire. Pour les brouettes, j’ai regardé dans les foires expositions, les modèles de maintenant c’est que des brouettes de maçons, pas des brouettes comme faisaient les charrons dans le temps. Je garde la mienne, elle est pas bien valeureuse mais en la faisant rafistoler de temps en temps elle durera bien aussi longtemps que moi.

 

Si vous pensez que je suis un personnage de science-fiction c’est sans doute à cause du dessin de la couverture du livre, ils m’ont dessinée avec une brouette extra-moderne, ça m’a assez mortifiée quand j’ai vu le dessin, mais c’est passé, on en parle plus.
Pour mon nom de Chassebœuf, c’est par mariage, à cause de la famille de mon mari qui étaient parents avec Volney, celui qui a une rue à Angers, alors que Brisset c’est seulement un parent de mon côté, mais pas de rue à Angers pour l’instant. Moi, mon nom de jeune fille c’est Troispoux, je pense que j’ai perdu au change mais il paraît qu’avec les nouvelles lois on peut s’appeler comme on veut, sauf que maintenant si je change de nom pour écrire un autre livre, les gens vont plus s’y retrouver.
Maintenant que vous savez tout de moi, j’aimerais en savoir un peu plus sur vous. Est-ce que vous êtes marié, ou simplement veuf comme moi, et si vous fumez au lit par exemple. Et votre nom Hubbourdin, êtes-vous parent avec les Hubbourdin qui tenaient l’épicerie Caïffa de Joué-Etiau, ceux qu’avaient une charrette à chien ?
Je trouve que vous avez un style assez joli, ça m’étonne pas que ça vous démange d’écrire, essayez donc la poésie. J’ai essayé de faire des poèmes de brouettes, il y a plusieurs années, mais c’est la rime qui coinçait un peu. Vous verrez, je vous envoie la lettre que j’ai envoyée à mon voisin le poète Jules Mougin le jour où j’ai écrit mon premier poème.
Bonne chance pour vos entreprises, j’ai pas tout compris ce que vous faisiez au juste mais j’espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf

Chère Mme Ernestine Chassebœuf,

Excusez-moi d'avoir tant tardé à vous répondre. J'étais débordé. En effet, l'actualité m'a incité augmenter les cadences de fabrication au sein des Etablissements Brouettes Hubbourdin. Vous n'êtes pas sans ignorer que les émeutes, guerres civiles et autres incidents socio-politiques ont des incidences sur mon petit commerce. Lorsqu'il faudra reconstruire, la Nation aura besoin de brouettes et d'ores et déjà il est de mon devoir de citoyen,d'acteur de la société civile, de penser dès à présent au-delà des échéances électorales.
Mon webrouettemestre qui a quelques entrées dans la presse a soumis un projet de feuilleton littéraire à Libération, huit épisodes pour cet été lesquels auraient porté sur la vie édifiante de votre ami écrivain et employé ferroviaire de Dijon ; lequel feuilleton aurait évoqué sur sa fin votre personne militante de plaque de rue et les courriers (ainsi que leurs réponses) liés à cette cause. Hélas, malgré un haussement de sourcil intéressé du responsable, je crains que l'idée ne soit allée aux oubliettes.
Leur bêtise restera crasse. C'est dommage. Il eût été plaisant à mon Webrouettemestre de vous offrir ce cadeau, lequel je pense l'aurait amusé à réaliser.
Pour répondre à vos questions :
Je ne suis pas veuf, non, mais marié à une jeune femme rencontrée jadis dans les Etablissement Hubbourdin. Je ne suis pas non plus tenté par l'écriture.
Je peins un peu, de l'abstrait. Le Verbe m'intéresse seulement s'il peut se référer à la brouette car j'aimerai en quelque sorte "anoblir" l'objet par les Arts et Lettres, sinon les sciences humaines ou appliquées. Une initiative qui me motive tant d'un point de vue d'esthète, d'intellectuel que de simple marchand, ayant observé notamment que chez de grandes marques de vêtements de sports on pouvait faire d'une marque un style de vie, et décupler ses affaires. Si la brouette, et notamment la brouette Hubbourdin parvenait à ce résultat j'en serai tant flatté intellectuellement que satisfait financièrement (pardonnez ces considérations vulgaires mais je dois penser à la marche de mes affaires, et puis je crée des emplois).
Au plaisir de vous lire

Cordialement

Robert Hubbourdin, PDG des Etablissements Brouettes Hubbourdin.


Ernestine écrit partout Vol. 2, page 58

(...)A la place, j'ai pris un livre de votre papa, on m'a dit que c'était un sourcier et justement en ce moment ça m'intéresse. (...) Mais votre père c'était un vrai savant dans le magnétisme, d'ailleurs j'ai rien compris à son livre, mais je me demandais : peut-être qu'il vous a laissé un don, ou qu'il vous a expliqué, pour les sources. C'est parce que je voudrais bien avoir l'eau du puits comme dans le temps. C'est surtout à cause de la Compagnie des eaux, quand on voit qu'avec nos sous ils achètent des internet et même pire, on a envie de se désabonner.
Je suis en train de faire un plan de mon jardin , je vous l'enverrai, vous aurez juste à mettre une croix à l'endroit où vous pensez qu'il faut creuser, et me dire la profondeur, pour que je demande le prix au maçon.(...)

 Clic !


Le 2 décembre an deux mille et deux

à M. Robert Hubbourdin


Cher monsieur,

Comme je vous l’avais annoncé, je vous envoie le petit dictionnaire que j’ai fait à l’occasion quand le mauvais temps le permettait. Je vous le fais passer par Monsieur Mizio comme vous me le demandez. Je suis en train de lire sa santé par les plantes, c’est comme avec La Belle de Fontenay de Monsieur Pouy, on peut se faire attraper par le titre, mais d’un autre côté l’erreur ça peut aussi en faire vendre. Pour les brouettes c’est sans doute plus contrôlé, si vous écrivez Trottinette ou Moulinette sur le catalogue c’est de la fraude quand le client reçoit une brouette, pourtant je suis sûr que ça pourrait marcher. Mais c’est pas la peine que je vous donne des idées, déjà que les scrupules vous étouffent pas trop, à ce que j’ai cru comprendre.
Vous verrez à la page 3 que je fais revivre la berzuette de nos ancêtres, moins pratique mais qui avait son charme .
Voilà, je vous souhaite bien du courage pour vos paquets cadeaux, j’aime mieux que ça soit vous que moi, ça doit pas être facile à emballer, et j’espère que ce petit mot vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Ernestine écrit partout Vol 2 page 30

(...)Ça me fait penser qu'il faut que j'aille traiter mes pommiers. Si on met pas un peu de bouillie bordelaise quand il est temps, la vermine s'y met, et tous les fruits sont véreux.(...)


Le 16 décembre an deux mille et deux
 

à Mademoiselle Louise M.
 

Chère Louise,

Mes voisins m’ont fait lire ta lettre, je trouve que tu écris très bien. Rassure-toi, je ne te répondrai pas au téléphone, c’est trop cher, surtout pour moi qui suis sourde, j’entends que la moitié des mots et pourtant on ne me fait pas de réduction sur ma note à la fin du mois.
C’est très gentil de t’occuper des animaux en mettant une mangeoire dans les arbres, mais pense à mettre une échelle assez solide pour que les plus gros puissent monter aussi. Là où je ne suis pas d’accord, c’est de voir que tu invites un coboye dans ta chambre. Il y en a qui sont gentils comme Luchy Luke, mais pas tous, méfie-toi, on en voit dans des films qui ne pensent qu’à se battre et à faire tomber les vaches avec leurs lassos. Enfin, si tu réussis à l’apprivoiser, tant mieux pour toi et pour ton amie Martine. Qu’est-ce que tu lui donnes à manger ? Ceux qu’on voit à la télé ils mangent des gros biftèques qu’ils font cuire sur le feu de bois et ils boivent du whisky pire que le Capitaine Haddock. Oui, j’avoue, je lis les albums de Tintin, mais ne le répète à personne, j’ai dépassé l’âge maximum de 77 ans et je voudrais pas qu’on vienne me les retirer, quand je m’ennuie ça m’occupe.
Je te ferai goûter de mes berlutes confites, mais plus tard, parce que pour l’instant je manque de tarpoine à cause de mon vieux remelu qui n’est pas venu me voir depuis longtemps, je me demande s’il lui est pas arrivé quelque chose comme à ton coq. Si tu veux lui faire plaisir, à ton coq pour son dernier noël, tu peux lui donner du pain trempé dans du vin. Ils aiment bien ça et en plus ça les prépare à ce qui peut leur arriver.
Je t’embrasse, amuse-toi bien, moi je reste auprès du feu et j’espère que ma lettre te trouvera de même,
 
                                                                                                                                                               Ernestine Chassebœuf


Ernestine écrit partout Vol. 3, page79

(...)C’est comme ces histoires de lune, j’y ai jamais fait attention pour le jardin et ça m’empêche pas d’avoir mes salades qui montent quand je les arrose pas assez.(...)


Le 23 mai an deux mille et trois
 

à Michel D.

 

Cher Monsieur,

Je vous envoie ce recueil qui a été fait avec mes lettres. Si je ne vous ai pas donné de mes nouvelles depuis longtemps, c’est parce que je ne regardais plus la télévision. Mais depuis les grèves j’ai recommencé à aller la voir chez la voisine. Ça me fait plaisir de voir les manifestations mais on coupe le son pour pas entendre les bêtises qui se racontent. Ça me rappelle 1936 quand on a occupé la laiterie et 1968 quand j’allais distribuer des patates aux grévistes.
On va avoir un beau mois de juin, je le sens et j’espère comme d’habitude que cette lettre vous trouvera de même,
 
Ernestine Chassebœuf


 

(...)Moi je ne vais au jardin que le matin de bonne heure(...)


Le 23 mai an deux mille et trois


à M. Jean Lebrun, France-Culture


Cher Monsieur,

Je pense que vous vous souvenez encore de moi, depuis le temps. Je vous envoie ce recueil de lettres, vous les connaissez déjà sans doute mais quand c’est imprimé c’est plus agréable à lire.
Ici, rien de bien nouveau, c’est la routine : pendant que j’écris des lettres les étourneaux bouffent mes cerises . Les patates vont être belles mais les taupins rongent les salades par la racine. La radio fait grève de plus en plus, mais vous pas encore.
Je crois qu’on va avoir un beau mois de juin, c’est un instinct chez moi, il y comme une vibration, ça me l’a fait en 36, en 44 et en 68, je sens ça dans l’air, et j’espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


(...)J’arrose la nuit pour que ça évapore moins(...)

Le 26 mai an deux mille et trois


à Mademoiselle Pauline G.


Chère Mademoiselle,

On me dit que c’est vous qui vous occupez de l’attachage de presse pour mon livre, je vous en remercie. Je ne connais pas grand chose à l’imprimerie mais j’ai fait de l’attachage aux presses dans l’agriculture et je sais que c’est un travail très dur. Fallait passer les ficelles pour alimenter la presse à paille, debout sur le coté de la machine, en avalant toute la poussière, souvent en plein soleil. Alors croyez bien que je compatis et c’est aussi pour vous que j’irai demain manifester dans les rues d’Angers, si les cars sont pas en grève et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


(...)c’est à cause du jardin , j’ai la maladie partout et comme je mets pas de produits chimiques faut laver toutes les feuilles à l’eau savonneuse et ramasser les limaces à la main, c’est dur à mon âge et en plus ça sert à rien, tout est minable cette année.(...)

Le 4 juin an deux mille et trois


à M.  le Libraire du Poivre d’âne


Cher Monsieur,

On m’a dit que vous ne vouliez pas vendre mon livre parce que vous ne me connaissez pas. C’est normal je suis assez peu connue en dehors des limites de la commune, mais j’ai quand même été un peu lue sur France-Culture à une époque et Monsieur de Castillo a écrit un livre entier rien que répondre à une de mes lettres.
C’est juste parce que vous avez un festival de correspondance chez vous qu’ils ont pensé que ça pouvait vous concerner, mais on va pas insister, c’est vrai que vous avez besoin de place pour les bestsellers comme Brigitte Bardot qui habite par chez vous je crois, alors que moi, Chassebœuf Ernestine, retraitée, j’habite à Coutures dans le Maine-et-Loire, j’’écris des lettres, je cultive mon jardin.

Les légumes sont beaux sauf les salades que le ver me bouffe. C’est le taupin, quand il les prend à la racine c’est foutu, mais comme moi je défends pas tous les animaux, je les écrase entre mes ongles. A part ça tout va bien, j’espère que vous me connaissez mieux maintenant, mais si vous voulez pas vendre mon livre c’est bien votre droit.
Quand je serai devenue bestseller il sera toujours temps de commander à Ginkgo éditeur, 47, Villa des Princes, 92100 Boulogne.

Ici, ça va, on a eu un peu d’orage pour arroser le jardin et j’espère que ma lettre vous trouvera de même

Ernestine Chassebœuf


(...)Ici tout va bien, pas d’incendies, juste une tornade il y a une quinzaine, pas trop grave, un mort seulement mais mes tuteurs à tomate ont tenu le coup.(...)

Le 26 novembre 2003

à Madame G.  à Vouvray
 

Chère Madame,

On m’avait déjà dit qu’on vendait mes lettres au tabac-journaux de Vouvray mais j’avais du mal à croire que j’étais connue dans des petits pays comme ça. Comme mon ami Maurice D. me le confirme c’est donc bien vrai. C’est un autre ami qui a marié sa fille à Vouvray qui me l’avait déjà dit. Ça doit intéresser les gens à cause des troglodytes puisqu’il y en a chez vous aussi. En plus il m’a dit qu’il y avait les petit-fils Brouette pas loin de chez vous et c’est un sujet qui m’intéresse aussi, mais pas les petit-fils, les vraies en bois et pas ces saloperies en tôle qui rouillent et valent rien.
Je vous remercie de vous intéresser à mes lettres. si vous voyez le buraliste, dites-lui le bonjour de ma part, mes félicitations pour son action culturelle et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf
 

Je vous ai fait une dédicace autocollante pour votre livre.


                                                         

 

(...)faut bien limiter la vitesse sinon ils vont finir par écrabouiller tous mes animaux : trois chats, deux poules et un coq nain, tout ça écrasé, rien que depuis le mois de janvier(...)


Le 23 mai an deux mille et trois


à M. Robert Hubbourdin, Brouettes en tout genre
 

Cher Monsieur,

Vous vous souvenez peut-être de moi, Ernestine Chassebœuf, de Coutures, comme écrit ci-dessus. On a correspondu un peu, je m’étais fait des idées à votre sujet ne sachant pas que vous étiez marié avec une jeune. Oui c’est bien moi. Je vous écris pour savoir si vous faites des opérations de sponsorisation, chez Brouettes Hubbourdin.
C’est parce que j’ai écrit des lettres qui ont été mises en livre. Je vous envoie le modèle. Il s’agirait de faire une opération culturelle pour les campagnes, Une brouette–Un livre, comme ils ont fait il y a quelques années : Un bébé-Un arbre. Faudra voir avec l’éditeur, les affaires d’argent c’est lui qui s’en occupe. Si vous les prenez par lots de dix-mille je pense qu’il pourra vous faire un bon prix et ça ne peut que faire du bien à votre commerce, souvent les gens achètent des brouettes et savent pas quoi mettre dedans.

A propos de la page 130, si Jean-Marcel c’est un neveu à vous, vous pourrez lui dire que c’est assez impoli de pas répondre aux lettres, surtout des vieilles femmes qui lui demandent conseil en tant qu’avocat du barreau.
J’attends votre réponse, sans rancunes pour ce que vous savez, et j’espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Réponse d'Ernestine dans Ernestine écrit partout, Vol.2 page137

 

 

 

(...)je fatigue un peu, surtout que la terre est dure et que je viens de planter mes patates, pourvu qu’il ne gèle pas en mai quand elles vont lever, c’est le principal.(...)


Le  5 avril 2005

à  Madame V., pour ses élèves

 

Mes chers enfants,

On m’a donné des photocopies de lettres qui viennent de la classe de quatrième de votre collège, c’est sûrement vous qui les avez écrites mais comme je ne peux pas lire les signatures je vais répondre en bloc à tout le monde. J’ai vu que vous avez été notés, j’espère que je n’ai fait avoir de mauvaise note à personne, je n’écris pas des lettres pour faire punir les élèves, plutôt pour rouspéter sur les adultes qui leur fabriquent un monde pas trop intéressant.

Enfin vous serez bientôt adultes vous-même et j’espère que vous ferez ce qu’il faut pour changer  le monde s’il ne vous convient pas. En attendant je ne peux que vous donner quelques conseils.

1 : ne regardez pas la télé, c’est une arme dangereuse qui ne sert qu’à vous abrutir et à vous faire acheter des cochonneries.

2 : Essayez de vous passer de téléphone portable. C’est cher, ça pollue le cerveau avec des micro-ondes dangereuses, souvent ce qu’on y dit c’est pas intéressant et en plus on peut vous suivre partout, il n’y a plus de liberté. Je sais que ça ne va pas vous faire plaisir mais il faut faire des sacrifices pour ne pas devenir soi-même des moutons et j’espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf

Encore merci pour vos lettres. Je regrette de n’avoir pas pu venir voir le spectacle à Saumur, j’avais la grosse lapine blanche qui devait faire des petits ce soir-là. Elle aime bien que je sois là quand ça arrive. Je l’ai eu toute petite, c’est comme ma fille. Si elle accouche quand je suis pas là elle mange ses petits pour me faire fâcher.


Ernestine écrit partout Vol.2, page 28

(...)C'est à cause de mes voisins, ils trouvent que j'écoute la radio trop fort quand je travaille au jardin. Pourtant j'écoute que les mille francs le midi pour savoir si Bozon va passer mes questions, et puis Pot-au-feu le soir pour savoir si vous avez reçu mes lettres, mais l'histoire, c'est que je suis obligée de mettre le son un peu fort, à cause de l'âge et aussi de ma rallonge qu'est pas assez longue.(...) 



(...)j’ai été un peu cossarde, avec la chaleur il faut se ménager. Aujourd’hui j’ai un peu plus de temps, rien ne pousse au jardin, il n’y a pas de légumes à ramasser et donc pas de conserves à faire, ça repose.(...)

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Le 2 août 2005

à Manuel et Dorothée

 

Chers voisins de Jules,

En faisant du tri dans mon troglo j’ai retrouvé un reste de livre qui peut vous intéresser à cause des oiseaux, mais malheureusement vous n’y trouverez rien sur les poules, et en plus il n’y a pas d’images. C’est un livre intéressant pour savoir  les origines des noms d’oiseaux. Souvent quand on se traite de noms d’oiseaux c’est plutôt malpoli, mais pas dans ce livre-là, sinon je ne vous l’aurai pas offert. Je l’ai trouvé en 1953 sur un dépotoir c’est pour ça qu’il n’est pas en bon état, mais on peut encore lire et c’est le principal.

Si vous voyez Jules souhaitez lui le bonjour de ma part. Il doit être bien fatigué de sa visite à Metz pour l’exposition. Si elle avait été à Saumur j’y serai allée, mais là c’est trop loin.

J’espère que vous allez passer des bonnes vacances, moi je suis trop fatiguée pour en prendre et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Ernestine écrit partout Vol.3, page 138

(...)J’ai lu sur le journal que vous avez distribué aux gens des appareils pour faire du compost chez soi. C’est bien normal puisque vous défendez l’environnement, et les abeilles aussi, j’ai suivi ça quand vous avez voulu empêcher l’insecticide gaucho sur votre commune. Vous avez bien raison de lutter contre toutes ces saloperies et je vous en remercie(...)


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