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Cuisine

 

Ici, pas de chichis ! Servez-vous,  y'a du grolleau et  les verres sont propres.

La cuisine
ou
L’art de se nourrir appris seul en moins d’une heure

 d'Ernestine Chassebœuf

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J’ai choisi ce titre en hommage au cousin de mon mari, Jean-Pierre Brisset, qui a écrit La natation, ou l’art de nager appris seul en moins d’une heure, la méthode est la même sauf que pour la cuisine on prend de préférence de l’eau salée alors que pour la natation ça marche aussi avec de l’eau douce.
 La cuisine c’est très simple, en vérité il n’y aurait même pas besoin de livre puisque nos ancêtres préhistoriques qui ne savaient pas lire mangeaient pourtant comme vous et moi, on a même retrouvé les restes de leur nourriture, j’ai vu un documentaire là-dessus.
Ce qu’il faut surtout c’est faire attention à ce qu’on mange. De préférence le cultiver soi-même. Je sais, c’est pas toujours facile, surtout en ville. Si vous ne pouvez pas faire de jardin ni élever de volailles, achetez tout ça chez des gens de confiance. Si c’est plus cher c’est bon signe, il faut payer le prix du travail bien fait. Si vous mangez moins cher, ne croyez pas aux miracles, c’est parce qu’on vous fait bouffer des saloperies.
Quand j’étais petite on n’achetait pas grand chose à l’épicerie : le sel, l’huile, le café, le chocolat, le riz, les épices. Maintenant dans les supers Mammouths-Géants-Carrefours il y a des milliers de boîtes et de paquets fabriqués en usine avec on ne sait pas quoi. Si on regarde sur les étiquettes on n’en sait pas plus, sauf pour ceux qui ont appris la chimie à l’école. Ils veulent vous faire croire que c’est compliqué de faire des choses à manger, qu’il faut laisser ça aux spécialistes. Ne vous laissez pas faire, commencez tout de suite à cuisiner. Avec ma méthode vous aurez les bases, et pour avoir plus de détails, demandez à ceux qui savent.
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Première leçon

Le cru

Là, c’est pas sorcier. Même ceux qui ne cuisinent pas savent éplucher une pomme ou une banane. En mélangeant les morceaux de plusieurs fruits, on peut faire une salade. Vous pouvez ajoutez du sucre, une petite sauce avec un jus d’orange ou de citron, ou autre chose, c’est au choix.
Pareil pour faire une entrée de légumes : épluchez n’importe quoi, faites des morceaux à votre convenance et ajoutez une vinaigrette, de l’ail, de l’oignon. Évidemment si vous ne savez même pas faire une vinaigrette, j’explique : huile, vinaigre, sel, poivre. Pour les proportions débrouillez-vous. Si c’est trop vinaigré rajoutez de l’huile et inversement. N’allez pas croire qu’en moins d’une heure je vais tout vous expliquer, faudra faire des essais par vous-même. Si vous n’aimez pas la vinaigrette, vous remplacez par une petite sauce faite avec un yaourt battu, quelques gouttes de citron, du sel, du poivre.
Avec ça vous pourrez préparer les carottes râpées, le céleri boule, les tomates, les concombres, l’avocat. Si vous n’avez pas le courage de faire une sauce, il vous reste le melon, les radis, les fèves, le céleri en branches qu’on mange avec une tartine de beurre.

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Deuxième leçon

Le feu

On va commencer par le feu de bois. Souvent les hommes qui ne cuisinent pas à la maison se débrouillent pas trop mal dehors, quand le temps le permet. On a tous besoin de montrer qu’on vient du préhistorique. Donc, d’abord faire un feu. A la campagne c’est facile, dehors ou dans la cheminée en cas de mauvais temps. Pour le feu dehors, évitez les charbons vendus tous faits, ça brûle mal, prenez du vrai bois d’arbre ou de caisse, ou une vieille palette (non traitée) si vous êtes en ville. Faîtes brûler sur une tôle, ou dans un barbecue si vous n’avez pas mieux. Il faut obtenir des belles braises : si vous savez faire ça, vous pouvez vous nourrir n’importe où, à condition d’avoir des allumettes. Il faut aussi un grill que vous huilez. Quand il est bien chaud, vous y posez la chose à cuire : morceau de viande ou de poisson, saucisses, etc.. Vous veillerez à ce que le feu ne ralentisse pas en l’éventant avec un vieux calendrier des postes. Si vous voulez faire comme les hommes préhistoriques qui n’avaient pas inventé les étrennes du facteur, vous soufflerez sur les braises. Si vous n’avez pas de gril, vous pouvez enfiler vos morceaux de viande ou vos poissons sur des brochettes en bois ou en fil de fer.

Si vous avez fait un grand feu et qu’il y a beaucoup de braises et de cendres chaudes, mettez-y des châtaignes ou des pommes de terre, elles cuiront toutes seules. Certains mettent du papier d’aluminium autour des pommes de terre, moi je n’en mets pas à cause des déchets.

*

Troisième leçon

L'eau

A la maison, la base de tout c’est l’eau salée. Une casserole d’eau, une poignée de sel. Je ne vous dis pas combien de grammes, si c’est trop salé ça vous apprendra, vous ferez mieux la prochaine fois.

Quand l’eau bout, jetez-y ce que vous avez à cuire :

— Des pâtes ou du riz, regardez le temps de cuisson sur le paquet, retirez, égouttez, un peu de beurre ou une sauce et voilà.

— Des pommes de terre, épluchées ou non, enfoncez un couteau pour voir si c’est cuit. Si vous les écrasez ensuite avec une fourchette, vous aurez une purée. Il y aura juste à repasser sur le feu avec un peu de lait et du beurre.

 — Les soupes : c’est de l’eau salée avec des légumes coupés en morceaux, si vous laissez en petits morceaux ça fait une julienne, si vous broyez au moulin à légumes c’est du potage. Si vous voulez qu’il y ait des yeux qui surnagent vous pouvez ajouter un os à mœlle ou une patte de poule bien lavée, ça donne bon goût.

 — Vous pouvez aussi cuire la viande à l’eau. Dans un grand pot à bouillon d’eau salée bouillante, vous mettez un morceau de viande, des légumes, un os à mœlle, ça fait un pot au feu et de la soupe grasse pour plusieurs jours.

*

Quatrième leçon

Le four

La cuisine au four est très facile. Je ne vous parlerai pas du micro-ondes ni des surgelés, j’y connais rien. Si vous aimez les surgelés du commerce, pas la peine d’acheter ce livre. Si vous l’avez déjà acheté offrez-le à quelqu’un, à moins que vous ne vouliez vous désintoxiquer. Ne laissez pas l’industrie faire votre cuisine, sinon vous deviendrez vous même un produit industriel, comme ces gros américains moches emballés dans leurs vêtements publicitaires.

 

Chauffez votre four à 7 environ. Quand il est bien chaud, enfournez-y un poisson, un rôti ou une volaille que vous aurez mis dans un plat bien huilé. Pour la viande de boucherie ou le poisson demandez la durée de cuisson au boucher ou au poissonnier. Évidemment n’achetez pas votre viande au supermarché, c’est moins cher mais c’est l’éleveur qui se fait escroquer, ne soyez pas complice. Pendant la cuisson arrosez de temps en temps avec le jus qui se forme dans le plat. Découpez, servez.  

Voilà, avec tout ça en une heure vous pourrez préparer un repas complet. Pour les desserts je ne vous ai pas mis de recettes, la pâtisserie c’est un peu trop compliqué, mais vous avez bien des fruits dans le jardin, non ?

Ernestine garde jalousement sa recette de biscuit léguée par sa grand-mère sur son lit de mort.


Quand  la poésie file à la cuisine...

Ernestine et les élèves du CM1 B de l'école Diderot 1 à Montreuil

 
 

Ma chère Malvina,
 
Tu es bien la première à dire que ma poésie ne rimait pas. En plus les poésies, souvent ça rime pas, il suffit de se laisser aller à dire des choses qui nous viennent, en les disant du mieux qu'on peut, et si ça rime pas, tant pis ou même tant mieux.
Je suis bien contente que vous n' alliez pas au Mac Do quand vous voyagez avec l'école, et j'espère que vous ne buvez pas de Coca non plus, j'ai des voisins qui en faisaient boire à leur cochon, eh bien ils ont jamais pu faire de saucisses, les boyaux étaient tout percés, je ne sais pas si c'est vrai, mais on me l'a dit, ce qui est sûr c'est que je m'en sers pour enlever la rouille des vieilles pointes, essayez, vous allez voir.
 Merci de ta lettre , j'attends une poésie de toi, surtout si elle rime pas, je t'embrasse,

Ernestine Chassebœuf
 

Mon cher Anselme,
 
Je te remercie pour ta lettre tapée à la machine, même si vous vous êtes mis à trois pour l'écrire.
Merci d'avance pour le journal Ratatouille. Mais comptez pas que je vous envoie la recette du grog, faut pas que les enfants boivent de ça, il y a du rhum dedans et le rhum c'est de l'alcool faut pas en boire. Le reste on peut en boire, c'est que de l'eau chaude et du citron. Ce que je pourrais vous donner, c'est la recette des gogues, mais je sais pas ou vous trouveriez du sang de cochon dans votre école, alors, voilà la recette pour faire des gogues si on n'a pas de sang de cochon :
Prendre une grosse pomme de terre, la faire bouillir dans de l'eau avec une pincée de sel, quand elle est bien cuite, l'éplucher, l'écraser à la fourchette avec une noix de beurre et une cuillerée de lait tiède.
Ça s'appelle la gogue sans gogue, au goût, ça rappelle la purée.
Je t'embrasse, bon courage pour le dernier mois d'école,

Ernestine Chassebœuf
 Clic !

Ma chère Tiffanie,
 
Je te remercie pour ta lettre. Si la poésie sur le tournesol t'a donné de l'appétit, sans doute que celle de la brouette va te donner envie de voyager, surtout que d'après ton poème tu as l'air d'aimer la mer.
C'est quand même dommage que l'Erika ait pollué les plages, surtout que j'adore les moules et que depuis janvier j'ai plus osé en manger. Je me faisais pourtant une bonne tarte aux moules dans mon moule à tarte. Je pourrais continuer à faire des tartes avec autre chose, mais sans moules c'est pas facile.
Je suis désolée, je n'envoie que la poésie sur la brouette, pour la brouette elle-même je n'avais pas d'enveloppe assez grande et en plus j'en ai encore besoin pour aller faire les commissions au bourg.

Je t'embrasse, travaille bien à l'école,
 

Ernestine Chassebœuf

Ernestine écrit partout Vol 2 page 51
 

Clic !

Chère Crésence,
 
Le sang du cochon, quand c'est cuit en boudin ou en gogues et que c'est bien préparé, c'est très bon et comme c'est noir, on dirait pas du sang.
Dans beaucoup de pays on mange pas de cochon à cause de la religion musulmane, mais on fait les saucisses avec du mouton, c'est bon aussi.
D'après ta poésie, tu n'as pas l'air d'aimer l'école, mais d'après ton orthographe on dirait que tu réussis bien quand même.
Essaie quand même d'y prendre un peu de plaisir, ça passe plus vite que quand on fait la tronche. Ça se dit encore Faire la tronche ?

Grosses bises d'une nonagénaire,

Ernestine Chassebœuf

 

Poésie

Ernestine Chassebœuf Vol.2, page62
 

Confitures de pissenlits


(...) La recette la voilà : C'est le miel de pissenlit, il faut des fleurs fraîchement écloses, pas des fanées, c'est pas bon. Vous enlevez les tiges, vous en remplissez une terrine et vous recouvrez avec juste ce qui faut d'eau, pas plus haut que le bord. Faut que ça macère comme ça une nuit. Le lendemain, faut récupérer le plus de jus qu'on peut en appuyant dessus et en tamisant bien. Si ça en fait un litre, c'est bien, parce que ça tombe juste avec ma recette, sinon faut faire des calculs et souvent on peut se tromper. On fait cuire ça pendant 3 quarts d'heure avec le jus de 2 citrons et 1 kilo 200 de sucre.
Pendant la guerre, le plus dur c'était de trouver le sucre, mais comme on avait des poules on faisait des échanges avec ceux qui faisaient de la confiture de jaune d'œuf, je vous explique pas la recette, c'est pas bon et en plus ça fait roter mauvais, c'est pas sain.
Voilà, maintenant c'est cuit, on met en pots. Faut pas en manger trop à la fois, et quand on en mange même une cuillerée, faut pas s'éloigner des ouatères. (...)


à  Monsieur Houmeau à la Fromagerie des Halles à Angers 
 

Monsieur,
 
Si je me permets de vous déranger dans votre commerce, vous comprenez bien que c’est pour une affaire grave. C’est rapport à mes voisins qui m’ont offert un fromage de chez vous. Il sent tellement fort que ça fait longtemps que j’ai pas senti du comme ça. Le Chaussée aux Moines à côté c’est de la rigolade, comme tous ceux qu’on peut acheter à Hyper U ou au Relais des Mousquetaires, quand ça pue c’est que la date est dépassée, autrement rien.
Ce que je voudrais être sûre, c’est qu’il a pas la mystériose comme on a vu à la télé. C’est vrai que mes voisins c’est des bons voisins avec moi, mais comme ils ont ma maison en viager, c’est quand même plus prudent de se renseigner sur le fromage avant, après ça serait trop tard, surtout pour une vieille personne comme moi. Vous allez le reconnaître facilement, c’est un fromage bien coulant, jaune doré, un peu moins lourd qu’une demi-livre de beurre, mais rond. J’ai peur si vous tardez à me répondre qu’il soit tout coulé vu que je le mets pas au frigo en cas qu’il donne l’odeur à tout. J’ai un livre de Bellemare sur les crimes parfaits, y a rien sur le fromage-killer mais si ça se mettait à exister je voudrais pas être la première victime, surtout que ça ferait pas de réclame à la commune et à vous non plus.

J’attends votre réponse, j’espère que ça sera négatif, parce qu’il a l’air bon le fromage, merci d’avance.

 Ernestine Chassebœuf
 
PS : J’envoie un double de la lettre au notaire qu’a fait le viager, comme je fais toujours quand y a un doute. Si des fois c’est un crime, ça leur profitera pas.
 
Lue le 10 mai à l'émission Pot-au-feu sur France Culture


A Monsieur et Madame Bardet

 
Monsieur et Madame,

Je suis bien obligée de vous le dire, j'ai jamais mangé dans un grand restaurant comme le vôtre, pourtant c'est pas très loin d'ici et on a encore un train à Saint-Mathurin qui va vers Tours. Mais j'ai que le minimum vieillesse, alors faire des frais comme ça, je peux que si on m'invite. En plus quand je vais au restaurant, c'est toujours moins bon que chez moi, alors si je fais une excursion, je préfère emmener mes tartines. Ça me fait penser, à propos de tartines vous allez sûrement pouvoir me renseigner. C'est à cause de l'autre soir, j'ai été voir la télé chez la voisine, c'était Marius et Jeannette, mais sans Roger Hanin. Quand c'est des beaux films comme ça, je vais chez la voisine à cause de la couleur. Le lendemain matin le téléphone a sonné pendant que j'étais en train de boire mon café, depuis les histoires j'ai arrêté de manger des rillettes le matin, je mange des confitures comme les anglais. Au téléphone c'était la voisine qui voulait savoir la fin du film, et vu qu’elle s’était endormie au début, ça m’a pris un peu de temps pour lui raconter et c’est qu'après avoir fini ma tartine que j’ai vu l’heure sur le pot de confiture : à consommer avant le 2 mai 2000 ,10 heures 45 , il était 11 heures et c’était foutu. Elle m'aurait pas téléphoné, ça passait juste, mais là c’est sûr, j’ai dépassé. Je voudrais savoir si je peux pas tomber malade, ça me tracasse à cause de la mystériose, il paraît que ça s’attrape avec des produits pas frais et que c'est méchant comme maladie, surtout pour les vieux. Donc rassurez-moi ou dites-moi si je dois aller me faire analyser.
J'ai écouté Alain Rey sur Inter, faut pas dire date de pér - emption, parce que ça vient de l'anglais empty, ça veut dire vide, et pré ça veut dire avant, alors faut dire date de pré-emption, c'est la date qu'il faut vider le pot avant, et ça, j'avais pas fait assez attention.
Tâchez de me renseigner pour cette histoire de confiture, et si des fois vous voulez acheter du bon vin, ici le cabernet ça vaut dans les 25 F la bouteille et au restaurant vous pouvez le vendre 30 ou 40 sans qu'on vous fasse d'histoires.
 
Répondez-moi vite, pour les confitures, parce que je suis assez inquiète et j'espère que ma lettre vous trouvera de même,
 
Ernestine Chassebœuf
  
Préparée pour le 10 mai, pas passée par manque de temps à l'émission Pot-au-feu sur France Culture.


(...)Je vous rassure, je n’étais pas seule le jour de noël et j’ai repris trois fois de la bûche, c’était du pâtissier et pas sous plastique de l’hyper U.(...)


 

 

 

 

 

Menu de fêtes


Le 30 janvier an deux mille et un

au Musée des Marais salants


Cher Monsieur ou Madame,

J'ai été bien surprise de recevoir vos bons vœux, mais je me demande bien d'où vous me connaissez puisque j'achète pas mon sel de Guérande chez vous, je me le fais apporter de Hyper U, on en trouve pas ici à l'épicerie chez Pommeau. J'utilise que ça comme gros sel, pour le fin, je le passe dans le moulin à café, ça le fait juste de la grosseur qu' il faut et en plus ça lui donne un petit goût de café, c'est pas plus mal.
C'est peut-être parce que j'ai écrit des lettres contre la gabelle sur les livres que vous me connaissez, c'est possible, je vois que ça, ou alors c'est quand ils ont mis un article dans le Ouest-France. Si c'est ça je vous avertis, la personne en photo c'était pas moi, je me serais fait photographier de face, j'ai pas honte de mes opinions.

J'espère pour vous que vous êtes tranquilles maintenant avec la marée noire. Je vous recopie les lettres que j'ai envoyées à la radio et à Desmarest, le responsable, je vous souhaite que ça recommence pas en 2001 et j'espère que ma lettre vous trouvera de même

Ernestine Chassebœuf


(...)C’est vrai votre histoire de poulets crevés qui seraient partis pour être mangés ? Ça c’est dégoûtant, mais j’ai du mal à le croire. Avant ils en faisaient de la farine animale, c’est sûr que maintenant ils doivent être bien embêtés.(...)

Le  13 août an deux mille et trois

à  M. V., globe-trotteur à Angers                              

 

Monsieur,

J’ai lu votre histoire sur le Courrier de dimanche. D’habitude je l’achète pas mais les voisins qui me le passent sont en vacances et comme dimanche dernier ça parlait de moi, je l’ai pris aussi  hier pour voir si des fois ils auraient pas recommencé.  Malheureusement y’avait rien d’intéressant, juste vous en première page. La buraliste était un peu déçue aussi à cause de mon livre qu’elle a dans sa boutique et à chaque fois qu’on parle de moi, c’est au moins trois de plus de vendus. 

Je vous écris à cause d’un renseignement que vous allez pouvoir me donner : au club on me soutient que la recette des tomates farcies vient de l’Iran et qu’il faut écrire tomates farsi.  Puisque que c’est une langue que vous parlez vous serez bien à même de me répondre. Moi ça m’étonne parce que j’ai lu dans mon Quid que ça vient d’Amérique du  Sud comme les cochons d’inde qui viennent pas de l’Inde et qu’on peut manger en ragoût ou  farcis aussi, mais mélangeons pas tout.

J’irai voir votre exposition quand on m’aura dit la date, en attendant votre réponse rapide, je vous félicite pour vos voyages, moi je suis sédentaire pour cause d’âge avancé et j’espère que ma lettre vous trouvera de même, mais plus jeune,

Ernestine Chassebœuf

PS : Heureusement que vous étiez dans l’annuaire du téléphone


(...)C’était la fête des artichauts dimanche dernier, j’en ai mangé deux pour marquer le coup, avec du grolleau ça passe bien, je fais une petite sauce avec du yaourt pour éviter la crème, m’en faut pas.(...)

Le  29 août an deux mille et trois

à  M. et  Mme Claude C. à Angers 

 

Monsieur et Madame,

Mon voisin  m’a dit que vous aviez appelé au téléphone pour m’inviter à manger du pâté aux prunes et boire un coup. C’est très gentil de votre part et je vous remercie, mais je ne sors plus depuis la canicule et je n’invite pas non plus chez moi à cause du ménage qui n’est pas fait. Deux heures par semaine d’aide ménagère ça fait un peu juste surtout que les dernières semaines je lui ai fait faire les confitures et les conserves. J’ai 22 pots de rhubarbe et 56 bocaux de tomates pour les soupes de cet hiver qui sera très froid puisque l’été a été très chaud.

Pour les Chassebœuf, inutile de chercher de mon côté, on n’est pas parents même par alliance, sauf si vous avez des Dondedieu  ou des Troispoux dans vos parents, alors peut-être qu’on pourrait revoir la chose. Je garde votre adresse, si je suis encore là en 2010 je vous inviterai à mon centenaire pour m’aider à souffler les bougies et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

 Ernestine Troispoux, Veuve Chassebœuf 

 Je vous mets les pages du Télérama, c’est un peu petit, faudra les lunettes. Vous comprendrez mieux qui je suis.


(...)Moi j’ai un fromager admirateur qui me fait que des cadeaux depuis qu’il s’est retrouvé dans le livre d’Ernestine écrit partout. Il me met de côté tous les fromages qui puent le plus et des fois c’est dur.(...)

Le 11 janvier 2004

à M. Bernard C., Maître charcutier

Cher Bernard C.,

J’ai bien reçu la saucisse par les amis B., je pense qu’elle était entière, je leur fais confiance. On y a goûté ensemble, elle est fameuse. On n’en fait pas de la comme ça par ici. Vous êtes vraiment les rois de la saucisse dans votre région.
Dommage que votre commis se soit mis à boire. Il paraît qu’il faut mettre de la queue d’artichaut dans le vin, qu’avec l’amertume ça les dégoûte à force. Moi je l’avais fait avec Chassebœuf, mais c’était le contraire il avait pris goût à l’amer et la Suze ça coûte plus cher que le cabernet ordinaire, j’y ai rien gagné.
J’espère bien vous voir un jour. Si le spectacle de mes lettres vient à Toulouse un jour, je demanderai à profiter du camion, ils peuvent pas me refuser ça. Je vous souhaite une bonne année 2004, beaucoup de ventes, des bonnes charcuteries, tachez de trouver encore du bon cochon et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf

J’ai plus d’encre violette, j’ai écrit en bleu


 

 

Ernestine écrit partout Vol.1, page104 (...)les poules je les mange pas, je peux pas les tuer, je m’attache trop. Pour les œufs, c’est pareil, m’en faut pas à cause de mon cholestérol.(...)
 



Le  12 février 2004

à Mademoiselle Cécile B. à Rennes

 

Chère Mademoiselle,

 Je n’ai pas trop vite répondu à votre lettre, j’avais plein de travail à trier des brouillons pour un volume deux qui paraîtra en mai, et si vous connaissez une recette pour empêcher les matous de pisser sur mes papiers, je vous l’échange contre ma recette de gâteau. Je suis désolée il est pas au chocolat, mais vous allez voir il est extra, c’est une recette que j’ai recopiée dans un livre du bibliobus, je me souviens plus lequel, c’est pour six, faudra inviter des amis.

Votre ville est très belle, j’y suis passée en allant au  Mont  Saint-Michel, mais j’ai pas vu les maisons du  Moyen-âge comme votre maison de Louis quatorze.  En Gironde du  Sud j’ai vu des maisons comme ça avec du bois, mais à la campagne. C’est très joli.

Voilà, je vous embrasse ainsi que votre compagnon. Sortez-le souvent de son informatique,  faut pas trop rester devant les écrans, ça bouffe les neurones, je l’ai entendu à la radio, et j’espère que ma lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


 

 

 

 

Ernestine écrit partout Vol.1, page106 (...)Et puis en dernier, je veux vous dire que le feuilleton de Ginette Briant, c’est minable, que des coucheries et plein d’erreurs : à la fin ils prennent le café dans le boudoir, alors que c’est le boudoir dans le café qu’il fallait écrire.(...)
 


Le 27 août  2004

à Monsieur Bernard C.

 

Cher  Monsieur,

J’ai été un peu longue à répondre pour vous remercier de vos cadeaux, c’est à cause du jardin , j’ai la maladie partout et comme je mets pas de produits chimiques faut laver toutes les feuilles à l’eau savonneuse et ramasser les limaces à la main, c’est dur à mon âge et en plus ça sert à rien, tout est minable cette année. Tant pis si j’ai pas trop de légumes, j’aurais toujours bien de la bonne saucisse de Toulouse à manger.  Je vous remercie aussi pour la grosse médaille en doré, je l’ai donnée à un ami qui a un poste à soudure pour qu’il me la monte en broche, j’ai un corsage du dimanche en grosse toile avec un décor de feuilles de choux qui devrait bien aller avec.

Voilà encore merci, j’ai goûté la saucisse, elle est fameuse et pas grasse comme celle d’ici , je me suis régalée et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


(...)Vous remercierez madame S. pour son livre sur les abats. Rassurez-vous, j’en mange souvent. C’est pas trop cher et à Saint-Mathurin on peut avoir confiance, c’est pas du bœuf carnivore.(...)


Quelque part, décembre 2005
 

Cher Bruno,

Je vous appelle par votre prénom, faut pas m’en vouloir pour ça. J’avais l’habitude d’être un peu familière avec tout le monde du temps que j’écrivais partout. Pour l’instant j’ai un peu arrêté. Il paraît que vous croyez aux oracles, moi j’y crois pas mais pourtant quand j’avais trente-cinq on m’avait dit que je me mettrais en quatre sur une scène, et c’est arrivé. Vous souhaiterez le bonjour à Dominique, l’instituteur de Saint-Jean, je l’ai connu autrefois.
On m’a dit aussi que vous aimiez les gâteaux secs, prenez pas les moins chers, ils sont pleins d’Ogéhèmes et ça pourrait être mauvais pour vos enfants, en attendant prenez bien soin d’eux et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Le  14 décembre 2005

à  Hervé R.

 

Cher Hervé,

Merci de votre lettre, excusez-moi d’avoir pas répondu plus vite mais depuis ma disparition j’ai jamais été aussi occupée. Vous savez peut-être qu’ils ont publié le troisième volume de mes lettres. C’est tout le reste de ma production, faudra être indulgent vu mon âge et mon état général.

Pour le spectacle,  faudra maintenant vous déplacer à Angers, ça vous fera une sortie, c’est pas très loin de chez vous.  Si vous voulez venir faudra réserver à partir du 24 mai, parce que ça passe du 6 au 10 juin au nord d’Angers, à Pellouailles dans un théâtre tout neuf au 02 41 88 99 22. Ça vous fait un bout, 40 km pour aller à Durtal, mais après c’est l’autoroute jusqu’à Pellouailles. Ça coûte un peu mais ça va vite. Réservez bien dès le 24 au matin, l’année dernière tout était plein en une heure, mes héritiers vont toucher des droits d’auteur, j’en reviens pas.

Votre lettre au fripier est très bien, je suis contente de savoir que la relève est assurée, faut pas hésiter à râler et aussi sur les Sarkozy et consorts qui n’arrêtent pas de nous prendre pour des cons et quand je dis des gros mots c’est que vraiment ça déborde.

J’espère que vous faites du bio parce que vous y croyez et pas seulement pour faire plaisir aux villotiers. Dites-moi donc comment s’appelait votre grand-père de Grézillé avec un z, je demanderai si quelqu’un l’a connu. Pour le poulet bio, je  veux bien un gros, avec les restes je fais une sauce aux patates et à l’oignon, c’est très bon même si ça fait un peu péter et j’espère que ma lettre vous trouvera de même, 

Ernestine Chassebœuf

PS : La colle des livres j’y suis pour rien, et j’ai rien contre les chinois qui eux aussi sont exploités dans leurs usines.

Les responsables c’est l’ O M C, je l’ai entendu dire à José Bové qui reçoit mes lettres mais répond jamais.


Knokke-le-Zoute, décembre 2005

Chère Lydia

 On m’a fait passer votre recette de vin chaud aux aromates, elle est fameuse, mais un peu traîtresse. J’étais un peu pompette, j’ai pas dû faire bouillir assez longtemps, l’alcool est resté trop fort.  Quand je reviendrai j’essaierai de faire des échanges de recettes avec vous et vous me préparerez quelques visites de jardins. J’ai déjà visité les jardins de Chaumont avec le club. Ce que j’ai préféré c’est le restaurant italien, buffet à volonté avec toutes sortes de sauces, c’est très bon.

Ici on a un peu de tempête mais ça m’empêchera pas de continuer ma route  et j’espère que cette lettre vous trouvera de même, je vous embrasse,  

Ernestine Chassebœuf


(...)J’ai entendu à la radio que les vieux devaient manger plus parce qu’on est comme des vieilles  voitures  à mesure qu’on  se détériore  on ccnsomme plus. Depuis je reprends de tout deux fois et pour l’instant il n’y a pas d’effet visible sauf  que je m’endors avant d’avoir le temps de commencer la vaisselle.(...)

Le  25 février 2007

à  Mme  Marie-Cécile  G.

 

Chère   Madame,

J’ai eu par mes anciens voisins la lettre avec le chèque que vous m’avez envoyée en décembre, ça a mis le temps parce qu’ils peuvent pas s’absenter longtemps à cause de leurs lapins.  En ce moment ils ont fait leurs pâtés et ils sont plus tranquilles. Ils voulaient me remettre mon courrier en main propres, à cause des chèques. On n’a plus confiance dans les postes. Les facteurs sont plus assermentés et bien des affaires se perdent. Ils m’ont envoyé un poulet qui a mis trois semaines, il sentait pas bon à l’arrivée, j’ai été obligé de le faire bouillir.  Tout ça pour vous dire que je ne peux pas toucher le chèque. Depuis que j’ai disparu j’ai fermé mon compte à la poste et je ne peux rien toucher. C’est des amis qui mettent sur leur compte, alors si vous pouvez faire le chèque à leur nom, c’est...

Dites à personne que je suis ici, c’est secret et j’espère que cette lettre vous trouvera de même,

Ernestine Chassebœuf


Ernestine écrit partout Vol.2, page11
(...)L’autre soir en mangeant un reste de pot de rillettes que j’avais acheté pour Noël, j’avais vos cornichons sous le nez et ça me faisait penser à mon mari quand on se fréquentait, il me parlait toujours de ma fleur et de mes fruits, mais il disait ça mieux que vous sur votre étiquette. Remontez la fleur pour en savourer ses fruits. Si le pauvre Chassebœuf m’avait parlé comme ça, je peux vous dire que je me serai pas laissé toucher.(...)

 

Ernestine écrit partout Vol.2, page11
(...)L’autre soir en mangeant un reste de pot de rillettes que j’avais acheté pour Noël, j’avais vos cornichons sous le nez et ça me faisait penser à mon mari quand on se fréquentait, il me parlait toujours de ma fleur et de mes fruits, mais il disait ça mieux que vous sur votre étiquette. Remontez la fleur pour en savourer ses fruits. Si le pauvre Chassebœuf m’avait parlé comme ça, je peux vous dire que je me serai pas laissé toucher.(...)

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