Jean-Pierre Brisset     Plan          
             

De : monnier michel

Envoyé : jeudi 12 mai 2005 17:08
Objet : Un acte culturel

         
 

 
             

Invité par un organisme culturel à imaginer une performance,
dans le cadre de la communication Paris-province,
j' ai décidé , en mon âme et conscience, un retour aux sources.
La ville d' Angers, où je suis né, s'est immédiatement imposée à moi.
Mais que faire à Angers (quelle performance ?) qui puisse harmoniser de façon synthétique,
la promotion de l' art contemporain et la mémoire de ce haut lieu de l' Histoire de France ?
Le hasard de mes lectures me fit découvrir un texte susceptible de convenir à ce projet.
Muni de ce précieux viatique, dans la blancheur cassée de l' aube parisienne, je me rendis à la gare Montparnasse .
C' était jeudi dernier, le 5 Mai 2005.
Quittant la gare Montparnasse à 06h30, le train me déposa à la gare St Laud d' Angers à 08h02.
Je ne pus m' empêcher de coasser une pensée émue pour celui que le temps avait tellement usé ici, ignoré de tous, à mûrir, écrire et éditer des textes éternels.
Disposant d' assez peu de temps moi-même, je me rendis très vite au lieu que j' avais choisi pour cet évènement :
La rue des Zéphirs,
située entre la rue Maillé et la rue Boisnet.
En guise de performance, j' avais décidé de déclamer dans cet endroit mythique,
( les élus et tous ceux qui connaissent l' histoire du nom de cette rue me comprendront )
seul, sans aucun auditeur, dans une intimité quasi-fusionnelle avec le lieu,
le texte ci-dessous ;
ce que je fis en face du n° 1 de la rue de Zéphirs,
endroit où réside actuellement M. Luis Fuentes Ogaz  (tel : 02 41 88 18 76)

Pet du haricot
" On a longtemps tenu le haricot en piètre estime.
 C'était un manger de vilains (Pisanelli, 1596), on l'accusait d'enfler l'estomac,
 de " faire songer de terribles et fâcheux songes " (Daleschamps, XVIe siècle)
et de rendre le sang épais et grossier, lequel " étant porté à la tête, l'appesantit considérablement ".
 C' est d'ailleurs un légume que Brillat-Savarin exécrait à cause de ses propriétés obésigènes.
" Anathème aux haricots ! anathème aux fèves des marais ! "
 s'écrie-t-il dans sa Physiologie du goût (1825).
Mais surtout, le haricot eut à souffrir, comme le pois ou la fève, des dissensions intestines,
 des tumultueux orages qu'il provoquait dans l'organisme,
même si Eugène Chavette pouvait estimer
 qu'il " égaie la solitude du pauvre par ses bavardages et ses saillies ".
Car le haricot est venteux.
Au point qu'on l'appela le pétard (dans l'argot du XIXème siècle) ou le piano du pauvre.
 Du reste le flageolet serait, dit Guiraud,
un mot issu du croisement de flageolle (petite fève) avec flageole (flûte),
en raison de sa réputation musicale.
Et si on utilise souvent la sarriette pour assaisonner le haricot ou la fève,
 c'est bien pour prévenir un tel désastre.
 Car le pet du haricot est un véritable cataclysme.
Comme on peut juger à la lecture d' Evguenie Sokolov, de Serge Gainsbourg.
Il peut donner lieu à des soupirs parasitaires comme à des relâchements sournois du sphincter,
 à des vapeurs nocives susceptibles de devenir des vents fougueux et infects,
 des gaz malencontrueux et tonitruants (expulsés par grappes entières),
donc pires que de simples teuf-teuf et prout oléfiants,
des gaz contestataires, des gaz hilarants, des pétards, des étoiles de douleur,
des bulles oblongues et des ballons explosifs (sortis d'héroïques fondements),
 des déflagrations, des pets tonnants, des pets aromates héroïques et vengeurs,
des détonations en cascade, des salves de mitrailleuse lourde, des éclats de grenades offensives,
 des flatulences formidables :
" Vlan, s'écriaient certains lâchant du lest, la merde n'est pas loin et l'air irrespirable."

La rue des zéphirs resta coite à cette lecture.
Aucune bise, aucun souffle devant ni derrière moi ne vint troubler ma lecture.
J' étais seul .
Je ne vis même pas l' épouse de M. Luis Fuentes Ogaz écarter discrètement le rideau
de sa fenêtre du rez de chaussée, au n° 1 de la rue des Zéphirs.
Je repliai la feuille où j' avais copié mon texte, la mis dans ma poche gauche et regagnai la gare.
 
Je pris le train de 09h07, TGV 8816,
( Adieu Brisset!)
 et à 10h40, j' étais de retour à Paris.
 
Mission accomplie ...
 

Jean-Pierre Brisset

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